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En ville au bord de l'eau: la suite

Reine Lemerise à sa terrasse, à Pointe-aux-Trembles.... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Reine Lemerise à sa terrasse, à Pointe-aux-Trembles.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Vivre en ville comme au bord de l'eau à la campagne, c'est possible à Montréal. Quatre exemples à faire rêver... la suite.

Marie Trudeau et Daniel Constantineau sur leur balcon-terrasse,... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 1.0

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Marie Trudeau et Daniel Constantineau sur leur balcon-terrasse, à Ahuntsic.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Au pays des parcs linéaires

Dès qu'ils ont mis le pied sur le grand balcon et saisi la vaste perspective offerte à leurs yeux, Marie Trudeau et Daniel Constantineau ont su qu'ils allaient signer ce bail.

Depuis un an maintenant, à l'étage d'un lumineux duplex d'Ahuntsic, ils partagent leur vie avec les hauts arbres du parc Louis-Jolliet, l'un des nombreux espaces verts du quartier à longer la rivière des Prairies, que l'on devine à travers les branches.

Au niveau du sol, la scène ne manque pas d'intérêt: le boulevard Gouin est bordé au nord par un ruban de piste cyclable grouillant de vélos, ruban lui-même limitrophe des parcs linéaires longeant la rivière. Sur les sentiers du parc: des joggeurs et des promeneurs, flanqués ou non de leurs meilleurs amis canins, et de jeunes mamans qui marient la poussette avec la marche rapide. Pour compléter l'ambiance, des vents balaient le parc d'un bon air aquatique, «un air qui sent le poisson», observent les deux amants de la nature.

«Nous avons été conquis par l'environnement autant que par la clarté de l'appartement, explique Marie Trudeau. On a beau dire que l'eau de la rivière n'est pas toujours propre, ça fait du bien de la voir couler.»

Aussi vivent-ils beaucoup sur le balcon-terrasse et dans le salon adjacent: pour lire, prendre une tisane, observer les cyclistes, cuisiner des grillades, prendre soin des fines herbes et des fleurs comestibles en pot...

Les deux amoureux font des promenades jusqu'au Bistro des moulins, au parc-nature de l'Île-de-la-Visitation. C'est le lieu de spectacles en plein air et le siège de la Société d'histoire Sault-au-Récollet.

Les nouveaux riverains ne se lassent pas de la diversité des oiseaux: cardinaux, carouges, merles, geais bleus, canards, bernaches, et aussi ce petit héron énigmatique, au long bec fin, toujours fidèle au poste, que Daniel a retrouvé dans un livre: le bihoreau à couronne noire. Dans les parcs, on voit également des écureuils noirs, plutôt introuvables au centre-ville...

Nature pour joggeur

Daniel Constantineau souligne qu'il a toujours choisi ses logements près d'espaces naturels, pour jogger dans un bel environnement. (Il a couru sur le mont Royal pendant 19 ans.) Trois fois par semaine, il refait l'un de ses itinéraires au bord de l'eau. S'il prend vers l'est, il galope jusqu'au pont Papineau-Leblanc, là où quelques pêcheurs lancent leurs lignes dans des criques, puis continue derrière l'église de la Visitation (datant de 1749!), franchit la digue menant à l'île de la Visitation et, d'un parc à l'autre, se rend jusqu'à Montréal-Nord, un peu avant le pont Pie-IX. Les jours où il choisit la direction ouest, il passe derrière l'école Sophie-Barat, emprunte le parc Stanley, s'engage sous le pont Lajeunesse, atteint le parc Nicolas-Viel, et ainsi de suite jusqu'au parc de la Merci, en face de la prison de Bordeaux.

Le corridor de vent qui suit la rivière, s'il renouvelle l'air, comporte aussi un revers de médaille: un froid mordant, en hiver, pour les joggeurs et les cyclistes. «Je me suis parfois ennuyé de ma montagne», dit le joggeur.

Mais la saison froide présente de nombreux charmes, les feuillus dépouillés laissant voir le cours d'eau plus ou moins gelé. L'hiver dernier, des embâcles ont cédé, et on apercevait, par la fenêtre du salon, d'énormes blocs de glace monter sur la rive, défonçant plusieurs clôtures de parcs et de propriétés privées.

En hiver, affirme Marie, il faut nager dans la piscine intérieure de l'école Sophie-Barat et contempler, par les généreuses fenêtres, le coucher de soleil sur la rivière.

Un autre atout du quartier: il est très bien desservi par les transports en commun. Des autobus s'arrêtent toutes les 10 minutes près de la maison, et se rendent au métro (station Henri-Bourassa) en cinq minutes.

Bémols

En corollaire de cette belle circulation: le bruit. Pour cette musicothécaire (à Radio-Canada) et ce compositeur-chef d'orchestre qui travaille beaucoup à la maison, voilà le défaut de leur nid ahuntsicois, perché entre les boulevards Gouin et Henri-Bourassa. «Nous fermons les portes, raconte Daniel, entre 5h30 et 9h30, ainsi qu'entre 15h et 20h.»

À noter: les désagréments sonores ne touchent pas tous les résidants du secteur, certains affirmant ne presque pas entendre la circulation.

Autre inconvénient à prendre en compte: il arrive qu'un gang de rue occupe l'un ou l'autre parc, le soir ou la nuit, et de simples passants se sont fait agresser. «Il faut juste faire attention», dit M. Constantineau.

>>> En ville au bord de l'eau: première partie

Une beauté méconnue

Reine Lemerise a eu un coup de coeur, il y a sept ans, pour ce bungalow des années 60, au fond d'une avenue tranquille, à Pointe-aux-Trembles.

Jamais rénovée mais généreusement baignée de lumière, la maison offrait une vue époustouflante sur les îles de Boucherville, sur la Voie maritime, sur la majesté du fleuve.

Un an plus tard, son frère Jean lui a fait une offre qu'elle ne pouvait pas refuser: transformer le bâtiment en copropriété divise, et partager non seulement la vue, grandiose, mais aussi les frais d'architecte, de réfection du mur de soutènement et autres rénos appréciables.

Les deux nouveaux Pointeliers - nom donné aux habitants de Pointe-aux-Trembles - se sont attelés à la tâche. «Ç'a été beaucoup de travail, mais comment renoncer à un tel paradis?», demande la copropriétaire.

Au bas du mur de 6 mètres qui retient le terrain, une soixantaine de bernaches du Canada jacassent aimablement sur un bout de plage, la propriété étant légèrement en retrait, dans une petite baie paisible. D'autres oiseaux traversent régulièrement le paysage: gélinotte huppée, échassier en chasse, sterne piquant du bec comme une torpille aérienne. Loulou, la chatte de la maison, les observe attentivement... sans jamais les attraper.

Une riche histoire

Plusieurs riverains de la «pointe aux trembles», ainsi nommée par Jacques Cartier lors de son deuxième voyage au Canada, en 1535, ont témoigné à La Presse de leur profond sentiment d'appartenance, certains y résidant depuis quatre générations. On trouve à «PAT» la deuxième paroisse à s'être établie dans l'île de Montréal, en 1674, et la première école publique mixte, ouverte en 1678 par Marguerite Bourgeoys.

«Les gens méconnaissent l'est de l'île, déplore Reine Lemerise. Ils ignorent ses nombreux parcs sur le fleuve, ses descentes de bateau, son histoire.»

Les soirs de feux d'artifice, un défilé de petits bateaux remontent le courant, pour le redescendre après le spectacle pyrotechnique, longue procession de lumignons rouges retournant à leur marina. Le week-end, c'est la ronde des pique-niqueurs, des pêcheurs et des navigateurs de plaisance. Chaque automne ramène les féeriques bateaux de croisière des Crystal Cruises et Holland America de ce monde.

Vraquiers

Quotidiennement, des vraquiers mouillent en face de chez les riverains, dans l'attente d'une réparation ou de leur entrée dans la Voie maritime. Ils sont en général discrets sur le plan sonore. «Lorsqu'ils avancent sur la Voie, la nuit, toutes lumières éteintes à l'exception d'un pâle fanal à l'avant et à l'arrière, on sent leur vrombissement», rapporte Mme Lemerise.

Il arrive occasionnellement qu'un de ces grands bateaux actionne de vieilles pompes, et produise ainsi un bruit qui dépasse les 50 décibels chez les riverains. «Ça brise le charme champêtre», commente sobrement Maurice Vanier, secrétaire-trésorier de l'Association des riverains du Vieux Pointe-aux-Trembles, qui compte 39 membres.

Préoccupations pétrolières

La seule véritable ombre au tableau demeure l'industrie pétrolière. «Nous aurions aimé dire non au projet Enbridge, confie Mme Lemerise. Ça va augmenter la circulation de pétroliers sur le fleuve.»

Le quai de Suncor, à quelques avenues de son terrain et visible de chez elle, a connu un déversement il y a quatre ans. «Il a été immédiatement pompé et éliminé», relate-t-elle. Suncor reçoit, par train, et bientôt par l'oléoduc d'Enbridge (en 2015), du pétrole de schiste, qu'elle achemine à sa raffinerie, au nord de la rue Sherbrooke. Elle reçoit aussi du pétrole brut conventionnel, par le pipeline Portland-Montréal. De plus, Suncor exporte, par bateau, des produits raffinés. Sur le quai voisin, à Montréal-Est, Valero Energy reçoit par pipeline, de Lévis, des produits raffinés qu'elle redistribue aux détaillants d'essence. Lorsqu'elle recevra le pétrole de l'Ouest par l'oléoduc d'Enbridge, Valero l'acheminera par bateau à sa raffinerie de Lévis.

«Une raffinerie comme Suncor souscrit à des protocoles de sécurité stricts [normes ISO], explique Maurice Vanier. Si les pipeliniers comme Enbridge ou Oléoduc Énergie Est [de TransCanada] en faisaient autant, en adoptant une gestion responsable telle que décrite par l'Association canadienne de la chimie, une bonne partie de nos inquiétudes disparaîtrait!»

«Nous voulons protéger notre caractère champêtre, reprend M. Vanier. Notre défi consiste à pousser l'industrie du pétrole (40% de notre force économique locale) à utiliser des technologies propres, à adopter ce qu'on appelle "l'écologie industrielle".»




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