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La maison la plus verte d'Amérique

Emmanuel Blain-Cosgrove construit des maisons vertes depuis 10... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Emmanuel Blain-Cosgrove construit des maisons vertes depuis 10 ans. Il s'est finalement construit le logis écologique dont il rêvait.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

D'après les critères de LEED, la maison la plus écologique au Canada et aux États-Unis se trouve à Montréal, sur l'avenue du Parc. Le triplex d'Emmanuel Blain-Cosgrove et de sa famille se mérite l'équivalent d'un Oscar de l'habitation verte: une certification Platine. Il s'agit d'une reconnaissance rarissime. Le jeune propriétaire y est arrivé sans y laisser sa chemise.

>> Faites une visite guidée de la maison en photos.

 Parmi les 6000 habitations inscrites au programme américain LEED for homes, le triplex qu'a construit Emmanuel Blain-Cosgrove se classe bon premier. Sur une possibilité de 108 points, il en a obtenu 101,5. Du jamais vu. Le propriétaire entend maintenant partager son expérience avec le public, histoire de prouver que la construction verte n'a rien de grano ni de bien sorcier.

La matinée est grise. Dans l'appartement d'Esther Leblanc, la lumière inonde tout de même l'aire ouverte où sa fille Sophie et sa petite-fille Arielle partagent le petit-déjeuner avec elle.

 Entre deux bouchées volées à sa grand-mère, la fillette de 15 mois trotte sur le plancher de bambou et regarde la ville par les fenêtres qui couvrent tout le mur vers le sud-ouest.

La famille élargie vit dans ce triplex depuis le mois de février. Les deux étages supérieurs appartiennent à Esther et son fils Julien, et le rez-de-chaussée est pour l'instant occupé par Emmanuel, Sophie et leur bébé.

 Dans une première rencontre avec La Presse, l'année dernière, Emmanuel disait vouloir rénover l'édifice avec la plus grande minutie écologique. Il y est parvenu. En prime, il aura prochainement un document certifiant que sa maison obtient le label LEED Platine, un exploit qu'ont réussi seulement quatre autres propriétaires américains, avec des notes moindres.

Grâce à l'aide de l'architecte Angéline Spino et de la designer Carina Rose, il a conçu une maison presque parfaite si on se réfère aux critères LEED. Les seuls maillons faibles de la maison sont les murs mitoyens moins bien isolés et l'absence de panneaux solaires.

 Pratiquement tous les matériaux entrant dans sa composition ont tout de même été récupérés ou recyclés. Les planchers d'ardoise ne sont en fait que l'envers de vieux tableaux d'une commission scolaire. Même la terre du terrain derrière le triplex a servi à aménager le toit vert.

Les moulures proviennent aussi d'un centre de matériaux recyclés. En rigolant, le jeune propriétaire se rappelle avoir fait le tour des ruelles pour parvenir à terminer les cadres de fenêtres. De près, on constate qu'il a dû joindre quatre morceaux les uns aux autres pour compléter le dernier côté.

 Pour obtenir une certification LEED, Mme Spino précise toutefois qu'il n'est pas nécessaire d'en faire autant: «LEED nous indique quoi faire pour construire de façon responsable, avec le moins d'impact possible sur l'environnement. Par contre, une maison Novoclimat obtient presque suffisamment de points en efficacité énergétique pour obtenir une certification. Il suffirait par la suite de s'interroger sur les matériaux qu'on utilise.»

Cofondateur du site internet ecohabitation.com, Emmanuel tient à partager ses ressources, histoire de permettre à d'autres propriétaires de faire comme lui. Il a notamment mis en ligne un annuaire de détaillants et fabricants verts.

Il aura l'occasion d'y avoir lui-même recours sous peu, puisqu'il construira une annexe de trois étages à l'arrière du triplex. «Cette fois, je vise la perfection LEED», lance-t-il, encouragé par ses récents succès.

Des compromis

 La vie est-elle toujours rose dans un triplex vert? La plupart du temps, raconte Esther Leblanc... mais parfois ça vire au gris.

Un réservoir au sous-sol récupère les eaux des douches et de la laveuse. Cette eau est filtrée, traitée, puis renvoyée dans les toilettes. L'ennui, c'est que le système est conçu pour accommoder aussi la future annexe. Les cinq occupants du premier immeuble ne consomment pas suffisamment l'eau du réservoir, qui stagne... et qui ne sent pas toujours bon.

 «Je dois seulement apprendre à doser mes petites bêtes», lance Emmanuel en parlant des bonnes bactéries qui traitent l'eau.

Esther et tous les autres résidants de l'immeuble doivent aussi utiliser des savons entièrement biodégradables, afin d'éviter de dérégler le système.

 «Je comprends maintenant que notre maison est en quelque sorte vivante, et puisqu'elle est en harmonie avec la nature, nous devons l'être aussi, explique-t-elle. Et heureusement, Emmanuel m'a trouvé un nouveau shampoing!»

Des initiatives qui rapportent

 De l'extérieur, le triplex de l'avenue du Parc ne se démarque pas. De l'intérieur non plus, sinon que la finition et les planchers sont particulièrement réussis. Les critères LEED suivis scrupuleusement par Emmanuel Blain-Cosgrove et son équipe ne s'imposent donc pas au premier regard.

Mais ils sont partout. Voici une dizaine d'initiatives vertes qui ont fait de ce triplex un des plus verts en Amérique. Et, surprise, plusieurs de ces actions sont à la portée de n'importe quel propriétaire.

 1. Un jardin borde tout l'avant de la maison. Pour l'aménager, Emmanuel a dû enlever tout l'asphalte recouvrant son terrain. Plutôt que de ruisseler jusque dans des canalisations surchargées, l'eau de pluie est maintenant absorbée par la terre.

2. Environ 80% des matériaux utilisés pour la rénovation du triplex ont été recyclés ou réutilisés. Ne lésinant pas sur la qualité et sur l'esthétisme, la famille a notamment réussi à récupérer des bardeaux pour la tourelle, du bois pour les planchers et des restes d'ardoise pour les salles de bains.

 3. Un toit vert chapeaute tout le triplex. Emmanuel y a planté des tomates cette année. Pour l'aménager, il a utilisé la terre de la cour à l'arrière de la maison. Là encore, l'eau de pluie est absorbée par ce jardin urbain.

4. Un système de récupération des eaux grises provenant des douches et de la laveuse limite le gaspillage de l'eau potable. L'eau se retrouve dans un bassin où elle est filtrée et traitée par de bonnes bactéries, puis retourne dans les toilettes.

 5. Des murs sont isolés à la cellulose, un produit giclé composé à 80% de papier journal recyclé, ou encore avec du polyuréthanne fait à partir d'huile de soya. Ces matériaux ont l'avantage d'être non toxiques.

6. Un système géothermique alimentera sous peu tout le triplex et son annexe. De profonds puits sous la maison refroidiront l'air l'été et le réchaufferont l'hiver.

 7. Les planchers de l'appartement d'Esther sont faits de lattes de bambou à croissance rapide. Cette plante repousse en moins de cinq ans.

8. Emmanuel a porté une attention particulière à l'efficacité énergétique du triplex. L'isolation y compte pour beaucoup, mais les grandes fenêtres à double vitrage homologuées EnergyStar améliorent aussi le rendement de l'édifice. Il s'agit d'une dépense supérieure que la famille récupérera en économies d'énergie.

 9. Le bois neuf qu'Emmanuel a dû acheter pour solidifier la structure est certifié FSC (Forest Stewardship Concil). Il a ainsi l'assurance qu'il provient d'une forêt exploitée de façon responsable.

10. Des tunnels de lumière flexibles (dont l'intérieur est fait d'un matériau ultraréfléchissant) amènent la lumière du soleil jusqu'aux endroits moins éclairés du troisième étage.

 > Lire aussi: LEED: une version en français sous peu




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