Transformer son chez-soi pour le partager

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De puis que Diane, la grande tante d'Éric (le père), habite sous le même toit que toute la famille, Mélanie (la mère), Xavier (12 ans), Audrey (10 ans) et Chloé (7 ans) filent le parfait bonheur.

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Charles-Édouard Carrier

Collaboration spéciale

La Presse

Cohabiter avec ses enfants et ses parents, c'est une occasion de profiter de la vitalité des uns comme de l'expérience des autres, tout en renforçant les liens entre générations. Or, c'est un projet complexe et coûteux, qui mérite préparation et réflexion.

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De gauche à droite: Audrey, Diane, Xavier et Chloé préparent leur collation.

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«Ce projet, je crois que c'est la plus importante et la plus intelligente décision que nous avons prise en tant que famille. La qualité de vie a été améliorée d'un côté comme de l'autre, et la cohabitation se fait à merveille.»

Mélanie Rocco n'hésite pas une seconde lorsqu'on lui demande de décrire le quotidien tel qu'il est vécu dans cette maison unifamiliale transformée en résidence intergénérationnelle: «Un succès!» Depuis juin 2012, elle et sa famille partagent l'espace avec Diane, la tante de son conjoint Éric.

Le couple a été couronné grand gagnant 2012 de Mon plan Rona. C'est par l'entremise de cette émission que le pompier et la technicienne en loisir de Châteauguay ont réalisé ce grand projet de rénovation. Aujourd'hui, leurs enfants Xavier (12 ans), Audrey (10 ans) et Chloé (7 ans) profitent grandement de la présence de leur grand-tante Diane. «Elle prend soin des enfants, ils dînent avec elle, elle me donne un coup de main pour les repas, le ménage et les leçons. Et c'est une excellente gardienne!», explique Mélanie.

Un projet d'envergure

Ils ont trouvé la bonne maison, dans le bon quartier. «Nous aimons tout de cette maison: le voisinage est excellent, l'emplacement dans la ville est parfait, les pièces sont grandes, nous avons beaucoup de rangement.» Mélanie Rocco est catégorique: «Quand nous avons décidé de recevoir la tante d'Éric chez nous, il était hors de question de déménager.»

La famille Roy/Rocco dans son quotidien.... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 2.0

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La famille Roy/Rocco dans son quotidien.

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Pour y arriver, des travaux majeurs s'imposaient. «Nous avons fait creuser une fondation derrière le garage, à la même profondeur que notre sous-sol existant. Par la suite, nous avons arraché le toit au-dessus du garage, pour y faire un deuxième étage destiné aux appartements de Diane. Nous avons maintenant un grand espace où se retrouvent chambre à coucher, salle de bains et walk-in, puis un petit coin cuisinette avec lavabo, comptoir et frigo.» Ils ont choisi de ne pas y installer de cuisinière et partagent ainsi la cuisine de la maison. «C'était plus simple comme ça à cause de la règlementation municipale, justifie Mélanie, et nous voulions que les repas soient des moments que l'on passe en famille.» Elle insiste par contre sur le fait qu'il fallait établir des règles claires. «Au départ, on se pilait un peu sur les pieds, mais en se parlant, on a trouvé un terrain d'entente tout à fait convenable.»

L'envers de la médaille

Vivre dans une maison intergénérationnelle n'est pas toujours aussi simple. Chez Sylvie (non fictif), on a aussi ajouté une pièce au-dessus du garage double de la résidence cossue de la banlieue nord de Montréal pour y accueillir la grand-mère. Au moment des travaux, il y a cinq ans, les pertes de mémoire passaient inaperçues. «Quelques mois après qu'elle a emménagé, les médecins lui ont diagnostiqué la maladie d'Alzheimer. Heureusement, la maladie progressait très lentement.»

Dans la dernière année, la démence de la colocataire a toutefois pris de plus en plus de place, et la dame se déplace maintenant avec une canne. «Elle dort peu et demande de plus en plus de surveillance. Comme son logement est au-dessus du garage, les escaliers nous inquiètent beaucoup, confie la travailleuse sociale de 47 ans. Nos adolescents adorent avoir leur grand-mère à la maison, mais on doit tous s'impliquer auprès d'elle.»

Au moment des rénovations, ils hésitaient entre transformer le garage ou construire au-dessus. «Nous avons décidé de conserver le garage, mais nous n'avions pas du tout considéré le risque que présenterait une installation au deuxième étage pour une personne âgée. Si c'était à recommencer, nous ferions les choses différemment», confie Sylvie.

Consulter les experts

Sylvain Charette, designer et propriétaire des Agences Longueuil, St-Jean, Suroît et Gatineau pour le compte de Dessins Drummond inc. a réalisé plusieurs projets de transformation de maison intergénérationnelle. D'un point de vue technique, deux éléments importants de ce type de travaux sont l'intimité et l'esthétisme du produit.

«La priorité, c'est l'insonorisation. Il faut préserver l'intimité de tout un chacun. Il faut penser à éloigner les terrasses et portes d'accès l'une de l'autre, lorsque c'est possible. L'apparence finale est le critère numéro un. Il ne faut surtout pas que ça ait l'air d'un duplex.»

La sécurité doit également être prise en considération. Le parent vieillissant doit pouvoir vivre dans un environnement qui lui est adapté et qui le restera pour plusieurs années, même dans un contexte de perte d'autonomie. Il ne faut pas hésiter à inclure le parent dans le processus de réflexion de l'aménagement et de la configuration des lieux, comme le suggère M. Charette: «Dans tous mes projets, j'insiste pour que l'on demande au locataire de participer.» Ce sont des projets dispendieux, et tout le monde doit y trouver son compte.

L'évaluation des coûts

Pour un résultat fonctionnel et confortable, on estime le coût des travaux à environ 150 $ le pied carré. Ainsi, côté budget, il faut être réaliste: la note peut être salée. «Un agrandissement de 700 pi2, c'est plus ou moins 100 000 $. Pour le réaménagement d'un espace existant, comme un garage, on prévoit 40 000 $», calcule-t-il.

Selon lui, il n'est pas rare que ce soit les parents qui paient les travaux avec l'argent provenant de la vente de leur maison. Mais qui dit famille et argent, dit parfois aussi conflit. «J'ai vu des projets avorter parce que le frère était jaloux de voir les parents investir dans la maison de sa soeur. Il faut que toute la famille soit en accord avec l'idée de conversion en intergénérationnelle pour que tout se déroule bien.»

Penser à l'après

«Une fois les parents partis, le logement doit pouvoir être reconverti en espace unifamilial», ajoute le designer. Inévitablement, le parent quittera un jour la maison et M. Charette propose de réfléchir à la seconde vocation de l'espace dès le début: «J'ai des projets qui sont structurés pour être transformés en garage ou reconvertis en grande salle familiale.»

Dans bien des municipalités, la maison intergénérationnelle ne peut pas être convertie en duplex, et ce, peu importe l'étendue des travaux réalisés. On exige habituellement que le logement ne serve qu'à héberger un membre de la famille immédiate des proprios. Cette contrainte empêche la location à des étrangers.

Avant d'en arriver là, les familles pourront profiter de plusieurs belles années de cohabitation. En allant de l'avant avec l'idée d'un projet intergénérationnel, il faut rappeler que les enfants, les parents et les grands-parents regroupés sous un même toit ont tous des goûts et des besoins différents. La clé du succès? S'assurer que les trois générations y trouvent leur compte et, surtout, que tous s'y sentent à la maison.




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