Rue Peel, au sud de la rue Sherbrooke Ouest, dans le centre-ville de Montréal, la construction d’un immeuble de 19 étages attire peu l’attention. Elle se fait pourtant sans grue, et les étages déjà bâtis sont chapeautés par une structure inusitée, qui déborde sur les côtés. Bienvenue dans l’univers d’entrepreneurs qui n’ont pas peur d’innover en utilisant la technologie Upbrella, mise au point par une entreprise de la Rive-Sud.

Publié le 22 déc. 2021
Danielle Bonneau
Danielle Bonneau La Presse

Le nom Werkliv apparaît en grosses lettres sur un des murs de protection, derrière lesquels s’activent les ouvriers, annonçant qu’il s’agit d’une future résidence pour étudiants. Daniel Goodfellow, fondateur et président de l’entreprise, a fait du logement étudiant sa spécialité depuis ses premiers pas en affaires, alors qu’il étudiait à l’Université McGill.

Sa famille est originaire du Maroc, mais il a grandi à Toronto, où il a étudié en français. S’installant à Montréal pour ses études universitaires, il a acheté son premier condo, en 2003. Sa mère l’a cautionné et il s’est servi de ses prêts étudiants comme mise de fonds. L’appartement étant spacieux, il a ajouté une troisième chambre pour habiter avec deux amis et partager les frais.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Daniel Goodfellow, fondateur et président de Werkliv, a fait du logement étudiant sa spécialité depuis ses premiers pas en affaires.

« En densifiant, c’était plus agréable et j’ai réussi à faire baisser ce que cela me coûtait chaque mois, explique-t-il. C’est encore ce principe qui prévaut. Dans le Mildoré, il n’y aura que des appartements de trois ou quatre chambres. Ceux avec quatre chambres comprendront deux salles de bains et une cuisine. »

Les chambres sont vraiment optimisées pour contenir un lit double et un espace de travail. Le mobilier sur mesure est conçu pour ranger tout ce que possèdent les étudiants.

Daniel Goodfellow, fondateur et président de Werkliv

De fil en aiguille, son entreprise a acheté, rénové et revendu des bâtiments d’envergure de plus en plus importante, pour continuer de croître, tant à Montréal qu’à Halifax. Il ne s’était encore jamais lancé dans un projet de construction jusqu’à ce que le terrain avantageusement situé rue Peel, à proximité de la station de métro du même nom, capte son attention. Ce n’est qu’après l’avoir acheté qu’il s’est demandé comment il allait s’y prendre pour bâtir un immeuble de 19 étages dans un espace restreint enclavé entre des immeubles. Le terrain ne pouvant accueillir une grue, il fallait innover.

« Si tu es à Montréal et que tu cherches une solution pour remplacer une grue, il faut au moins considérer la méthode de construction Upbrella, explique l’entrepreneur de 38 ans. Dès qu’on a rencontré Joey Larouche, qui est l’ingénieur concepteur, on a été vendus à l’idée de travailler avec lui. C’est vraiment une démarche avec lui et son équipe. Tout le projet a été conçu autour du système de levage, qui offre plusieurs avantages. »

Un étage à la fois

De l’extérieur, l’immeuble en construction au 2025, rue Peel détonne avec son imposante structure, qui le surmonte. À l’intérieur, les ouvriers s’affairent à l’abri des intempéries, en toute sécurité.

La construction s’effectue étage par étage. La toiture, installée dès que le premier plancher répétitif a été terminé sur la fondation, est soulevée avec chaque nouveau plancher en une seule opération, grâce à un système de vérins. Une nouvelle zone de construction entourée d’un mur de protection est alors créée. Par la suite, pendant que certains assembleront la structure du prochain plancher, d’autres travailleront aux étages en dessous. L’immeuble sera ainsi terminé de façon progressive.

  • La construction se fait un étage à la fois, à l’abri des intempéries. Les travailleurs coulent et nivellent le béton sans être importunés par le vent ou par le froid.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La construction se fait un étage à la fois, à l’abri des intempéries. Les travailleurs coulent et nivellent le béton sans être importunés par le vent ou par le froid.

  • La construction se fait un étage à la fois, à l’abri du froid et des intempéries. Une structure extérieure permet en effet de chauffer le chantier.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La construction se fait un étage à la fois, à l’abri du froid et des intempéries. Une structure extérieure permet en effet de chauffer le chantier.

  • La construction s’effectue sans avoir recours à une grue traditionnelle. On voit la grue sur rail jaune au plafond, la structure extérieure enveloppant le chantier et la pompe qui apporte le béton jusqu’au 10e étage.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La construction s’effectue sans avoir recours à une grue traditionnelle. On voit la grue sur rail jaune au plafond, la structure extérieure enveloppant le chantier et la pompe qui apporte le béton jusqu’au 10e étage.

  • On voit, à gauche, un des multiples vérins hydrauliques qui servent à soulever le plancher.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    On voit, à gauche, un des multiples vérins hydrauliques qui servent à soulever le plancher.

  • Les travailleurs coulent le plancher de béton. On peut voir qu’il y a un système (jaune) conçu pour transporter les équipements.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Les travailleurs coulent le plancher de béton. On peut voir qu’il y a un système (jaune) conçu pour transporter les équipements.

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Le Mildoré est le troisième édifice au centre-ville de Montréal mettant à profit la technologie Upbrella, commercialisée par l’entreprise 3L Innogenie, fondée par l’ingénieur mécanique Joey Larouche, son père, Gilles, et son cousin, Justin Larouche.

Le Rubic, un immeuble locatif de 10 étages construit boulevard René-Lévesque Est, entre les rues Atateken et Wolfe, a ouvert la voie, en 2015. Pendant l’hiver 2019, 6 étages ont été ajoutés au-dessus de l’hôtel Le Germain Montréal, qui en compte dorénavant 23. La construction d’un immeuble qui abritera des logements sociaux est en cours, dans sa phase préliminaire, dans la principauté de Monaco. D’autres projets seront dévoilés sous peu.

PHOTO FOURNIE PAR JOEY LAROUCHE

L’ingénieur mécanique Joey Larouche (au centre). À gauche, son cousin, Justin Larouche. À droite, son père, Gilles. Tous trois ont fondé l’entreprise 3L Innogenie, qui commercialise la technologie Upbrella.

« On développe des solutions de construction abritée pour tous les cycles de vie des bâtiments, indique Joey Larouche. On fait de la construction neuve, on surélève les bâtiments existants et, en 2022, on va avoir un premier projet de réhabilitation de façade, au centre-ville de Montréal. On se servira de notre abri pour refaire les murs extérieurs de bâtiments existants. »

Créer de nouveaux sentiers

Selon le cofondateur de 3L Innogenie, innover exige une attitude particulière.

« Quand on innove, on entre dans une démarche dont les résultats sont très prometteurs, mais ils sont aussi, jusqu’à un certain point, incertains, explique Joey Larouche. Cela prend des clients et des partenaires comme Werkliv, le Groupe Germain et la principauté de Monaco, qui sont visionnaires et qui sont à l’aise avec cette démarche innovante. Peut-être que ça va aller un peu mieux que prévu, peut-être que ça va se dérouler comme prévu, mais peut-être qu’on va rencontrer des problèmes et qu’on va devoir trouver certaines solutions, dont le résultat va être un peu moins bon que celui qu’on vise. »

Innover, c’est créer de nouveaux sentiers.

Joey Larouche, cofondateur de 3L Innogenie

La construction du Mildoré était rendue au 10e étage, à la fin de novembre. Divers avantages, outre le non-usage d’une grue, ont pesé dans la décision de Daniel Goodfellow de faire affaire avec 3L Innogenie.

« Un des grands défis, au Québec, c’est le climat, explique ce dernier. Quand tout au long de l’année, les monteurs d’acier, les coffreurs et tous les autres travaillent à l’abri, il n’y a pas de raison d’avoir une baisse de productivité. Ce n’est pas vrai que le travail se fait au même rythme et que c’est aussi sécuritaire, l’hiver, quand il fait - 40 oC, à ciel ouvert, que l’été. »

ILLUSTRATION ZHIYAO CHEN, FOURNIE PAR WERKLIV

Le Mildoré s’intègre dans un espace restreint au centre-ville de Montréal. Nativ architecture a cherché à créer un lieu de vie stimulant, accordant un grand soin à la géométrie du bâtiment pour effectuer des liens entre l’ancien et le nouveau.

Le fait que beaucoup des éléments soient usinés, réduisant les pertes, et que la majeure partie de la construction soit en acier plaît aussi beaucoup à l’entrepreneur. Werkliv détenant la certification B Corp, il est soucieux de réduire l’empreinte écologique de la construction du Mildoré, qui accueillera 279 locataires dans 69 appartements de 4 chambres et un de 3 chambres.

« La façon dont on conçoit nos appartements est vraiment très importante pour moi, précise-t-il. La colocation est une forme de densification. On crée des appartements où plusieurs personnes peuvent vivre. Il y a vraiment une réduction de ce qui est consommé par personne, tant sur le plan de la construction que sur le plan de l’entretien à long terme de l’immeuble, puisque l’espace chauffé est utilisé par quatre personnes. »

Les logements pour étudiants seront prêts pour le printemps 2022. Meublée, chaque chambre sera offerte à 885 $, chauffage inclus.

Consultez le site de Werkliv
Consultez le site d’Upbrella