La journée est chaude et une baignade serait bienvenue. Moyennant un tarif horaire, invitez-vous dans la cour de parfaits inconnus le temps d’une saucette. Cocasse ? Pas pour les milliers d’utilisateurs de l’application Swimply qui ont choisi de plonger dans la vague des piscines locatives.

Isabelle Morin
Isabelle Morin La Presse

Magasinez votre piscine, réservez vos dates sur le calendrier. Une fois la demande approuvée par votre hôte, et moyennant une somme qui oscille généralement entre 35 $ et 75 $ l’heure, offrez-vous un rafraîchissement en famille, entre amis ou en solo, chez votre hôte. L’eau était bonne et le contexte agréable ? Commentez ensuite votre expérience pour de futurs utilisateurs.

C’est le principe de Swimply, qui calque les plateformes locatives comme Airbnb pour mettre en contact des propriétaires de piscines privées et des baigneurs occasionnels, moyennant un pourcentage de la transaction. Lancée au début de 2020 aux États-Unis, la formule gagne rapidement du terrain sur le territoire américain et se fraye un chemin au Canada et en Australie. Créée en 2017, l’application jumelle, l’européenne Swimmy, rivalise avec l’offre américaine depuis l’été, et compte déjà 130 000 utilisateurs, principalement en Europe.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Sans enfants, Surinder Chugh souhaite maximiser l’utilisation de sa piscine creusée, peu utilisée.

Un revenu et plus

L’idée connaît un départ timide au Québec depuis le début de l’été. L’application compte sept propositions dans la région montréalaise, dont celle de Surinder Chugh, de Beaconsfield, qui s’est inscrit il y a quelques jours. Sans enfants, l’hôte souhaite maximiser l’utilisation de sa piscine creusée, peu utilisée. « Pour le trouble et l’entretien qui accompagnent le fait d’avoir une piscine, autant en faire profiter d’autres, explique-t-il, et tant qu’à y être, obtenir un revenu supplémentaire. »

Ils seraient plus de 13 000, comme M. Chugh, à vouloir tirer profit de leur bassin d’eau ou à chercher un peu de fraîcheur, indiquent les fondateurs de Swimply. Depuis ses débuts, en pleine pandémie, l’application aurait enregistré plus de 122 000 réservations, et connu un essor important au plus fort de la crise sanitaire, alors que les piscines publiques fermaient leurs portes.

IMAGE TIRÉE DU SITE DE SWIMPLY

L’inscription de Surinder Chugh, de Beaconsfield

Depuis septembre 2020, des hôtes de Portland, en Oregon, ont déjà accueilli plus de 2700 invités dans leurs eaux chlorées, rapportait le Wall Street Journal en juillet. Le couple, dont les enfants ont quitté le nid en laissant une piscine vacante derrière eux, projette de collecter ainsi 111 000 $ US d’ici la fin de l’été.

Une saison écourtée

Long N., seul propriétaire de la région montréalaise à avoir affiché un commentaire de visiteur sur sa fiche, affirme lui aussi vouloir faire profiter le plus de gens possible de sa piscine et des beaux jours d’été. « L’été est court », note l’hôte de Laval par écrit.

IMAGE TIRÉE DU SITE DE SWIMPLY

Inscription de Julie Thomassin, de Longueuil

Contrairement au Texas ou à la Californie, où l’application est populaire, l’été est effectivement éphémère au Québec, relève Julie Thomassin, de Longueuil, qui a affiché sa piscine sur Swimply il y a deux semaines et a été contactée à deux reprises depuis. Possédant un immeuble à revenus et un chalet locatif, l’investisseuse connaît bien le principe de la location de biens.

PHOTO FOURNIE PAR JULIE THOMASSIN

Julie Thomassin et ses enfants dans leur piscine de Longueuil

Je pense que c’est une bonne alternative aux piscines publiques. Tout le monde n’a pas cette occasion d’aller se baigner chez des amis.

Julie Thomassin, de Longueuil

La mère de deux enfants de 3 et 4 ans ne se fait toutefois pas d’illusions sur le revenu que pourrait engendrer cette initiative. Comme la famille utilise souvent la piscine, les disponibilités sont limitées à la semaine, durant le jour, et la salle de bains n’est pas offerte en option, par souci de préserver l’intimité.

Se faire au partage

IMAGE TIRÉE DU SITE DE SWIMPLY

L’inscription de Pauline et Curtis Shane, à Saint-Jacques-Le-Mineur

Au-delà de l’aspect lucratif, ce nouveau type d’échange locatif est aussi un moyen de faire des rencontres. Après s’être fait conseiller d’afficher leur piscine hors terre sur Swimply par des membres de leur famille habitant Toronto, où l’application compte 71 inscriptions, Pauline et Curtis Shane, de Saint-Jacques-le-Mineur, près de Candiac, ont décidé de plonger dans l’aventure il y a deux mois. « À la blague et par curiosité », précise Pauline, qui attend toujours ses premiers baigneurs. Le jeune couple, qui a quitté Griffintown pour la campagne en 2019, y voyait par ailleurs une façon de rencontrer des gens dans les environs.

« On s’est demandé à quel genre de situation ça donnerait lieu, si on ne devait pas intimiser davantage notre maison en posant des rideaux aux fenêtres, et ce qu’on ferait pendant ce temps… On ne peut pas vraiment laisser les invités seuls, au cas où quelque chose se produirait », réfléchit-elle encore. Les Shane ont toutefois une caméra de surveillances sur le toit de leur domicile pour les vérifications à rebours.

L’aspect sécurité a également soulevé des questions chez Julie Thomassin.

On ne veut pas que ça vire en party quand on n’est pas là et qu’on ne soit pas en mesure de monitorer les visites.

Julie Thomassin, de Longueuil

Swimply offre d’emblée une assurance responsabilité de 1 million de dollars aux utilisateurs de sa plateforme. « Oui, il y a une assurance, mais s’il arrivait quelque chose chez moi, je serais dévastée. On entend souvent des histoires de noyades. Le fait que ce soit des gens qu’on ne connaisse pas, c’est évidemment une inquiétude », souligne la propriétaire.

Le succès d’un tel concept reste encore à démontrer chez nous. L’équipe de Swimply semble toutefois avoir le vent dans les voiles et planche déjà sur une nouvelle offre qui devrait bientôt voir le jour. Joyspace permettra à des propriétaires de partager plus encore : terrains de basketball ou de tennis, salles d’exercice, terrasses, studio ou bateaux… poussant ainsi encore plus loin le principe du partage de biens.

Consultez le site de Swimply (en anglais) Consultez le site de Joyspace (en anglais)