Des propriétaires nous ouvrent les portes de leur demeure d’exception, offerte sur le marché de la revente.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Dans le quartier Fabreville, certains la surnomment la « maison-cube ». À mauvais escient, car cette demeure d’architecte aussi élégante qu’étonnante joue avec tous les angles possibles et imaginables pour offrir des formes bien plus originales qu’un simple carré.

Tout juste mise sur le marché, cette drôle de maison se démarque au sein même de la rue des Mohicans, où s’alignent ses voisines luxueuses, mais plutôt conformistes. On comprend mieux le concept à vol d’oiseau : une base rectangulaire dans laquelle s’intègre un parallélépipède aux angles improbables. Un projet datant de 2004 signé Benoît Denis, dit Benoît D., et qui a servi de toit à l’architecte avant une revente, quelques années plus tard.

Les propriétaires actuels, qui ont acquis les lieux à la fin de 2015, ont laissé le soin à leur fille Dana de nous présenter les lignes forces de l’habitation. Non sans raison : elle étudie en architecture à l’Université McGill et entamera sous peu une maîtrise à l’école Azrieli de l’Université Carleton. C’est d’ailleurs la jeune femme qui avait déniché cette maison insolite pour ses parents ; après trois visites infructueuses, ceux-ci rechignaient à franchir le seuil de la drôle de bête. Face à l’insistance du courtier, ils ont fait un premier pas… et le charme a opéré.

Dana Mastrangelo énumère le large éventail d’atouts qui a fait chavirer la famille, comme la qualité des matériaux et leur harmonie, avec des bois homogènes répartis sur tous les étages, des pans de béton armé, un florilège de fenêtres aux dimensions aussi grandes que variées ou encore de la brique extérieure très dense.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Dana Mastrangelo, qui poursuit des études en architecture, connaît tous les secrets de cette maison singulière, qu’elle avait repérée pour sa famille.

Le tout étant particulièrement mis en valeur par le mobilier, de bon goût, jouant exactement la même partition que celle de la structure. Là aussi, il y a une explication. « La propriétaire précédente possédait une entreprise d’importation de meubles exotiques. Elle a laissé une grande partie de son mobilier ici », explique Mme Mastrangelo.

Mais ce qui saute le plus aux yeux en déambulant dans la maisonnée, c’est l’insaisissable ballet d’angles qui se forment et mutent selon les points de vue, créant des lignes toujours renouvelées. Une géométrie aux vertus antimonotonie.

Même après plusieurs années, elle nous surprend toujours et on découvre de nouvelles facettes. Elle génère encore beaucoup de commentaires quand je mets des photos sur Instagram.

Dana Mastrangelo, à propos de la maison

La magie de la géométrie

Avec un tel foisonnement d’angles, difficile de savoir par où commencer. Dès l’entrée, l’expression « une volée d’escaliers » prend tout son sens : les marches de bois semblent flotter en l’air, comme par magie ; en fait, ils sont fichés dans le béton armé, dont l’aspect attrayant est visible sur l’autre côté du mur.

À gauche, un vaste séjour baigné de lumière bordé par un mur de briques blanches à la disposition déroutante. Le tout se prolonge vers une salle à manger, puis la cuisine, parée de bambou et de granit, et chiquement décorée de tons noirs, pour déroger à la règle. Un rez-de-chaussée a priori à aire ouverte, si ce n’est que plusieurs pans et structures viennent casser le schéma habituel. Autre flottement étonnant : celui du foyer hyper élégant dans l’accueillante salle de cinéma, aménagée à mi-palier. « La continuité du bois du plancher sur ce mur est intéressante », fait remarquer Mme Mastrangelo.

La fenestration est abondante, ménageant immenses parois de verre verticales et fenêtres horizontales, toutes de haute qualité. L’insonorisation est par ailleurs excellente, peut-être même trop : les occupants doivent parfois se téléphoner quand leurs appels vocaux restent sans réponse !

Mais dans cette étonnante demeure, le rôle des fenêtres ne se cantonne pas à permettre d’observer l’extérieur et laisser entrer la lumière ; on remarque que de larges ouvertures ont été pratiquées dans la plupart des pièces à l’étage, où l’on trouve trois belles chambres spacieuses et deux salles de bains, ainsi que dans la salle de cinéma, orientées… vers l’intérieur de la maison. « Depuis la plupart des pièces à l’étage, on peut voir les pièces communes en bas », note Dana Mastrangelo. Ce qui permet également une très bonne circulation de la lumière.

Là encore, l’imbrication d’angles en tous genres a été savamment calculée. Dans les salles de bains, point besoin de rideau : l’intimité des lieux stratégiques est naturellement préservée par leur disposition par rapport aux fenêtres donnant sur le voisinage, explique l’aspirante architecte.

Le sous-sol s’avère hyper modulable, avec deux pièces pouvant servir de chambre, d’atelier ou de gym, complétées par un grand salon commun, des zones d’entreposage et un système de filtration de l’eau.

Une pierre à l’édifice

L’architecte Benoît D. et l’importatrice de mobilier ayant chacun laissé leur marque, les propriétaires actuels avaient également leur mot à dire. Et c’est à l’extérieur, sur ce qui était autrefois une simple cour herbeuse, qu’ils ont fait construire par un architecte-paysagiste une aire de détente paradisiaque avec piscine creusée, spa, haies d’arbres, barbecue, transats, alouette. Tout en continuité : les grandes marches de bois forment même un rappel de la forme générale de la maison ! De nombreux luminaires disséminés confèrent une atmosphère des plus conviviales en été.

Ce n’est pas sans une larme que Dana Mastrangelo voit ses parents se départir des lieux. Mais ceux-ci tenaient à s’installer sur un terrain agricole vers Saint-Eustache. L’étudiante peut se consoler : elle sera chargée de dessiner les plans de la future maison, inspirée par la lavalloise.

« Elle sera surtout dans le même style. Mais ici, le lot est limité, on a dû construire en hauteur et mes parents ont toujours rêvé d’une maison de type ranch, plus large que longue. C’est ce qui la différenciera. Par contre, on reprendra les mêmes matériaux, comme le bois qui apparaît dans toutes les formes dans la maison, les angles. Cette maison est parfaite, ça se voit que l’architecte l’a construite pour lui-même ! »

> Consultez la fiche de la propriété

La propriété en bref

Prix de vente : 1 445 000 $
Année de construction : 2004
Évaluation municipale 2020 : 850 200 $
Taxes (foncière et scolaire) 2021 : 7820 $
Pièces : 10 pièces, dont 5 chambres, 3 salles de bains et 1 salle d’eau
Superficie des lieux : 4200 pi2
Superficie du terrain : 6325 pi2
Stationnement, un garage, une allée (4 places)
Courtier : Sébastien Sperano, RE/MAX