Les propriétaires de cette demeure officient certes dans le monde du cinéma et de la télévision, mais c’est au tour de leur maison d’architecte d’être placée sous les feux de la rampe ; un concept à six paliers faisant la part belle à la lumière. Un seul mot : éblouissant.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Retour en arrière : tout commence, il y a 10 ans, dans une boîte à chaussures, une de ces fameuses shoeboxes du quartier Villeray. Scène dramatique : son délabrement est tel que tout espoir de sauvetage s’avère vain. Table rase pour un nouveau projet. Les nouveaux propriétaires de la parcelle tâtent le terrain. « On a fait passer des “auditions”, lancent avec humour Isabelle Vincent et Claude Desrosiers. Nous avons rencontré quatre architectes, en cherchant des affinités, tout en respectant leur démarche créative. On voulait quelque chose d’assez simple, des espaces épurés. »

Le déclic se produit avec Natalie Dionne et son concept E3, dont le nom illustre graphiquement l’ossature du bâtiment : deux ailes à paliers multiples s’imbriquant l’une dans l’autre, solidarisées par un superbe escalier central, véritable colonne vertébrale des lieux, autour duquel gravitent les diverses pièces.

ILLUSTRATION TIRÉE DU SITE INTERNET DE NATALIE DIONNE ARCHITECTE

Le plan en coupe permet de mieux comprendre le concept E3 : deux ailes s’épousant l’une l’autre.

Air et lumière y circulent ainsi avec de moindres entraves dans ces grands espaces connectés entre eux. A priori axée sur un projet à aire ouverte, la maison E3 révèle toutefois rapidement ses deux visages. Un système de portes et parois coulissantes, inspiré des fusuma nippons, permet de changer les configurations en un clin d’œil, comme un décor de théâtre, ce qui répondait aux désirs de multifonctionnalité exprimés par les propriétaires.

Nous voulions un lieu qui serve à la fois de lieu de réception pour les invités, de bureau, de maison de campagne et de demeure familiale. Il fallait qu’il y ait cette ouverture pour qu’elle soit accueillante, mais qu’on puisse aussi se retirer dans certaines alcôves pour préserver une intimité, travailler, se concentrer.

Les propriétaires

Au rez-de-chaussée, on trouve ainsi une immense cuisine parée d’un large îlot en noyer convivial à souhait et, à une volée de marches de là, une ancienne chambre convertie en salle de travail à multiples vocations (en l’occurrence, de répétition). Au palier suivant, un salon familial opérant comme salle de visionnement (ou de yoga, grâce aux épais tapis), puis on enchaîne avec deux chambres disposées de chaque côté de l’étage supérieur. Le tout est coiffé par un bureau aux faux airs de véranda, cerné par deux belles terrasses ; tous idéalement exposés pour que germent plantes et idées.

Projections

Car c’est peu dire que ces espaces ont vu naître nombre de desseins, discussions ou créations artistiques. Tout ceci en y braquant le meilleur projecteur qui soit : le soleil. Directe ou indirecte, la lumière se fraie un passage en tous lieux, s’y improvisant personnage principal aux humeurs changeantes, au gré des saisons ou des heures de la journée.

Profitant d’une orientation sur une rue est-ouest idéale, l’architecte a tout fait pour puiser air et luminosité à grands seaux : hautes baies vitrées dans la cuisine donnant sur une cour, volontairement dépourvues de rideaux (« Pour les voisins, la nuit, c’est un peu un cinéma », plaisante M. Desrosiers, précisant que les curieux ont dû rapidement trouver le film « un peu plate » et répétitif !), grandes ouvertures côtés nord et sud et, clou du spectacle, un puits de lumière oblique original, aménagé dans le bureau.

« Pour l’anecdote, l’architecte a vu Le dragon bleu, de Robert Lepage, au TNM, et le décor lui a inspiré ce beau puits de lumière en angle. La luminosité pénètre plus longtemps au cours de la journée », précise Mme Vincent. Ces flots rebondissent d’un mur à l’autre, l’escalier central jouant le rôle de redistributeur. « Autour du solstice d’été, on voit la lumière traverser la maison d’un bord à l’autre, la clôture du jardin à l’arrière s’en trouve frappée par l’avant, c’est impressionnant », note M. Desrosiers.

Scène d’action, zen de cœur


Inspirante pour des idées lumineuses, la bâtisse E3 se veut aussi apaisante. Difficile de croire qu’à deux pas de là, le marché Jean-Talon y fourmille de badauds, que deux lignes de métro croisent le fer et qu’on roule sur Lajeunesse et Chateaubriand à train d’enfer. Les vues dégagées permettent plutôt de profiter, d’un côté, de l’aspect village du quartier, dans une rue Dufour peu fréquentée, et de l’autre, d’un tableau où les silhouettes du mont Royal et de clochers se sont invitées.

On note aussi l’influence de la construction de haute volée, avec le concours d’artisans minutieux qui ont harmonisé noyer, acier et béton. « Le charpentier dort avec ses plans ! », avait blagué l’architecte pendant la construction, pour signifier à quel point il aspirait à relever le défi du triple toit. Sans oublier les atouts invisibles, comme la certification Novoclimat.

Nouveau chapitre

Des idées, on en trouve aussi affichées sur le réfrigérateur des occupants : sous forme de plan préliminaire ; celui de la Maison des Marais, leur futur logis dans les Laurentides, signé du jeune architecte Jérôme Codère.

Il ne s’agira ni d’une suite, ni d’un prequel, mais d’un tout autre projet, une demeure originale de plain-pied munie de larges ouvertures circulaires (et de moustiquaires !). « Méditatif, poétique, inspirant, pour trouver de nouvelles idées », lance le couple.

La propriété en bref

Prix demandé : 1 900 000 $
Année de construction : 2010
Pièces : trois chambres, trois salles de bains + une salle d’eau
Superficie du terrain : 185,80 m2
Superficie habitable : environ 300 m2
Évaluation municipale : 1 109 200 $
Impôt foncier : 7913 $
Taxe scolaire : 958 $
Courtière : Pascale Laberge, Royal LePage du Quartier

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