Avec le redémarrage des activités immobilières lundi dernier, les visites de propriétés ont repris à plus grande échelle dans la province. Acheteurs, vendeurs et courtiers ont toutefois des règles à respecter. Comment conserver une distance de deux mètres dans un condo de 800 pi2 ? La Presse a accompagné un courtier immobilier dans sa première ronde de visites depuis le début de la pandémie.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Olivier Baussant accueille les visiteurs avec un masque ou une visière. « Je vais vous demander de vous laver les mains en arrivant, ordonne le courtier immobilier à un couple venu visiter les deux appartements, situés dans la même copropriété, qu’il a mis en vente lundi dernier. Gardez votre masque en tout temps et respectez la distanciation sociale. Ce n’est vraiment pas facile, mais ne touchez à rien. Je vous conseille de mettre les mains dans vos poches. Si vous avez besoin d’ouvrir quelque chose, demandez-le-moi. Dernière chose, respectez la durée de votre visite qui est d’environ 20 minutes. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

On demande aux visiteurs de se laver les mains en arrivant.

Les murs de ces appartements en copropriété du Plateau Mont-Royal sont tapissés d’affiches rappelant les consignes à respecter pour les visiteurs. Néanmoins, les écarts de conduite sont fréquents. Linge et nettoyant en main, le courtier, affilié à l’agence Via Capitale du Mont-Royal, ne quitte pas les clients des yeux. « Ah ! Il a touché la rampe. Je dois aller la nettoyer. »

La sonnette retentit. « C’est pourtant écrit devant la porte : “Attendez-moi, ne touchez à rien”, remarque M. Baussant. Il faut que j’aille nettoyer la sonnette. On met des consignes et les gens ne les lisent pas ! » La vigilance du courtier doit être constante.

C’est un peu stressant. Le risque zéro n’existe pas. Mais on le limite au maximum. C’est juste la gestion qui est un peu lourde. Je parle beaucoup moins. J’ai soif. Ça demande une organisation titanesque.

Olivier Baussant

Pour mieux s’assurer que la distance de deux mètres soit respectée, Olivier Baussant ne reçoit qu’un visiteur (ou couple) à la fois. Ce dernier peut être accompagné par son courtier. Dans ces appartements de 800 pi2 où les aires de circulation sont étroites, Olivier Baussant reste donc souvent en retrait.

Les visites sont prévues toutes les 20 minutes. Au préalable, à la demande de Via Capitale, chaque vendeur occupant et visiteur doit signer une déclaration attestant qu’il n’a pas voyagé dans les 14 derniers jours, n’a pas été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19 et n’a pas présenté de symptômes du rhume ou de la grippe.

En début de semaine, des courtiers ont refusé de lui transmettre cette déclaration signée. « J’ai dit : “Pas de déclaration de COVID, pas de visite” », raconte Olivier Baussant.

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Pour mieux s’assurer que la distance de deux mètres soit respectée, Olivier Baussant ne reçoit qu’un visiteur (ou couple) à la fois.

Peu de mesures obligatoires

La signature de ladite attestation n’est pas exigée par l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ). Depuis le 11 mai, les directives qui avaient été édictées par l’OACIQ, le 20 avril dernier, pour la reprise des activités partielles ne tiennent plus. Seuls la distanciation physique de deux mètres, l’application des mesures d’hygiène respiratoire et le lavage de mains sont désormais obligatoires, en vertu des directives gouvernementales. D’autres mesures, comme la signature d’une déclaration de santé, la désinfection des surfaces et la limitation du nombre de visiteurs font partie de la « marche à suivre proposée » par l’OACIQ. Officiellement, les visites libres ne sont pas proscrites, pourvu qu’elles se tiennent dans le respect des mesures d’hygiène. Pour plusieurs courtiers, la tenue de visites libres est toutefois exclue.

Chez DuProprio, une liste de consignes a été transmise à tous les clients dès que la reprise des activités a été annoncée, affirme Frédéric Auger, directeur principal. Quelques exemples tirés du document : vérification de l’état de santé, lavage des mains, distanciation, limitation du nombre de visiteurs et absence pendant la visite d’enfants et de personnes âgées de 70 ans et plus. « Je pense que les gens comprennent l’importance des directives qu’on leur donne et essaient de limiter autant que possible les contacts », indique M. Auger. DuProprio interdit pour l’instant l’affichage de visites libres sur son site internet. Mais comme elle n’est pas une entreprise de courtage immobilier, ce sont ses clients qui sont responsables de la gestion des visites et, donc, du respect des mesures sanitaires établies par la santé publique.

Tant chez DuProprio que du côté des courtiers immobiliers, on déploie des stratégies pour réserver les visites aux acheteurs sérieux, comme le recours aux visites virtuelles d’abord et l’exigence d’une préqualification hypothécaire.

Les acheteurs nombreux

La COVID-19 ne semble pas freiner les acheteurs, même à Montréal, épicentre de la pandémie au pays, où le déconfinement n’est pas encore amorcé. Dans la seule journée de mercredi, Olivier Baussant avait 20 visites à l’agenda pour ses deux propriétés. Plusieurs offres ont été reçues et deux d’entre elles avaient été acceptées au moment d’écrire ces lignes. « En ce moment, on a vraiment beaucoup d’acheteurs, observe Louis-Charles Ménard, propriétaire de l’agence RE/MAX Bonjour, située dans les Laurentides. Ceux qui n’étaient pas en urgence, on leur recommandait d’attendre. » Les mises en marché devraient également se faire plus nombreuses dans les prochains jours, voire les prochaines semaines, puisque plusieurs vendeurs étaient eux aussi en attente.

Edward Kravitz a amorcé sa recherche active d’une propriété dans l’île de Montréal depuis environ trois semaines. Il était alors possible de visiter celles dont la date d’occupation était prévue avant le 31 juillet. « Avant lundi, j’ai fait pas mal de visites, dit-il. C’est comme les règles qu’on connaît, quand on rentre dans les magasins. Je ne suis pas craintif. » Il insiste sur l’importance de pouvoir voir, en personne, une propriété avant de l’acheter.

Même si cela semble aller de soi, plusieurs courtiers immobiliers ont néanmoins rapporté, au cours des dernières semaines, des transactions qui se sont réalisées de façon strictement virtuelle.

On compte une dizaine [de transactions] dans mon équipe de ventes qui ont été faites sans visite et sans inspection. C’était dans des cas spécifiques d’urgence d’acheter, parce que la personne avait vendu et devait trouver une autre propriété. 

Louis-Charles Ménard

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On demande aussi aux visiteurs de ne pas toucher à rien et de respecter la distanciation sociale.

La directrice de l’agence Via Capitale du Mont-Royal, Nathalie Clément, fait elle aussi état de « plusieurs transactions » où les acheteurs n’ont pas visité ni fait inspecter la propriété. « Ce n’est pas souhaitable du tout », précise-t-elle, en ajoutant que la reprise des activités permettra de mieux protéger les droits des consommateurs. Soulignons que les inspecteurs en bâtiment peuvent également reprendre la totalité de leurs activités, mais l’Association des inspecteurs en bâtiment du Québec précise que ceux-ci ne pourront être accompagnés par l’acheteur au moment de l’inspection.

Difficile de prévoir de quoi sera fait l’avenir, mais, à court terme, Frédéric Auger de DuProprio entrevoit une certaine reprise du marché immobilier. « Il y a eu très peu d’action au cours des dernières semaines, reconnaît-il. À court terme, on sait qu’il y a beaucoup de gens qui ont un projet sur la glace. On a reçu énormément d’appels dans les derniers jours. Forcément, il va y avoir des hausses de transactions dans les prochaines semaines. Combien de temps ça va durer ? C’est difficile à dire. »