Qui ne conserve pas de précieux souvenirs de la maison où il a grandi ? Au cours des prochains mois, La Presse aidera des lecteurs — qui ont répondu à notre appel à tous — à retourner sur les lieux de leur enfance. Aujourd’hui : Claudette St-Amour remet les pieds dans la demeure qu’elle a quittée en 1961, dans le secteur Coteau-Station de la municipalité des Coteaux.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

L’émotion est vive lorsque Claudette St-Amour pénètre dans la jolie maison aux volets bleus, qui s’élève à proximité de la gare de Coteau, non loin de Salaberry-de-Valleyfield. Elle n’y a vécu que six ans, jusqu’à l’âge de 11 ans, mais ses souvenirs sont vifs. Rapidement, en jasant avec son hôtesse, Véronique Garand, il devient clair que les deux femmes ont plus en commun que la demeure centenaire. Elles sont fort probablement liées par le sang.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le solarium à l’avant de la maison a fait place à une galerie, qui a les mêmes dimensions. Le papier brique a aussi disparu à la faveur d’un revêtement en aluminium.

Claudette St-Amour rêvait depuis longtemps à ce jour. Il y a deux ans, elle est retournée sur place pour montrer à son fils, François Poirier, les endroits marquants du village de son enfance. Son ancienne école, dirigée par les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, n’existe plus. L’église où elle a fait sa première communion a dorénavant une vocation résidentielle. Elle a sonné où elle a grandi, mais personne n’a répondu.

« Visiter l’intérieur de la maison est un rêve que je chéris depuis très longtemps, confie-t-elle. Cela me ferait revivre tant de beaux souvenirs ! »

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Véronique Garand tente de joindre sa mère pour établir si Mme St-Amour et elle sont parentes.

L’habitation de deux niveaux, explique-t-elle, aurait été construite par son grand-père, Azarias St-Amour, peu après son mariage avec Virginia Dicaire, en septembre 1903. Son père, Auguste, y est né le 12 janvier 1905. Puis, une quinzaine d’années plus tard, le logis est passé entre d’autres mains, lorsque Azarias est parti travailler à Montréal et a emmené sa famille avec lui. De retour à Coteau-Station avec sa femme, à sa retraite, il s’est établi près de la rivière Delisle. Il a avisé son fils Auguste lorsque leur ancien domicile a été mis en vente. C’était en 1945. Claudette St-Amour avait 5 ans.

Moment de grande émotion

PHOTO FOURNIE PAR CLAUDETTE ST-AMOUR

Claudette St-Amour a de merveilleux souvenirs de cette maison, à Coteau-Station, qu’elle a quittée à l’âge de 11 ans.

Celle-ci est submergée par l’émotion lorsqu’elle est chaleureusement accueillie par Véronique Garand et entre dans la maison. Son fils François, heureux de l’accompagner, la suit.

« Je vais faire une femme de moi », dit-elle en s’essuyant les yeux.

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Claudette St-Amour rêvait depuis longtemps au jour où elle pourrait revoir l’intérieur de la maison où elle a vécu lorsqu’elle avait de 5 à 11 ans. Son fils François Poirier l’a accompagnée.

« C’est différent, c’est sûr », poursuit-elle en regardant autour d’elle.

Tout, de fait, a changé. L’ancien escalier, à la gauche de la porte d’entrée, a disparu. Un escalier a été construit de l’autre côté de la maison, où se trouvaient une salle à manger et un salon, bordé de petites armoires qui n’ont pas trouvé grâce aux yeux d’anciens propriétaires. L’ouverture qui donnait accès à la cuisine a été agrandie.

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L’intérieur est complètement différent, explique Claudette St-Amour. L’escalier n’étant plus du même côté, le salon ne se trouve plus au même endroit. L’ouverture qui donnait accès à la cuisine a été agrandie.

« Il y avait une petite porte pour aller à la cuisine, se rappelle la septuagénaire. Le métier à tisser de ma mère se trouvait dans ce coin. »

Dans la cuisine, qui lui semble bien petite, elle constate d’autres changements. « Il y avait une fenêtre, là où sont les armoires, décrit-elle. La machine à coudre, le lavabo et la glacière [il n’y avait pas de frigo] se trouvaient là, là et là. Il n’y avait pas de porte-fenêtre, à l’arrière. La porte était plus petite. Il y avait à côté la chaise berçante de mon père, où il lisait les journaux. Chaque dimanche, après la messe, il achetait La Patrie. Je m’assoyais sur ses genoux pour lire les comiques. »

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Chaque printemps, la rivière Delisle débordait et l’eau entrait dans la cave.

Du gros poêle à bois, il ne reste plus de trace non plus, à part quelques vestiges, que Véronique Garand a découverts dans la cave, au sol de terre battue.

Âgée de 36 ans, cette dernière n’est propriétaire de la maison que depuis deux ans. Mais ses racines à Coteau-Station, fusionnée avec Coteau-Landing pour devenir Les Coteaux, sont profondes.

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Claudette St-Amour et Véronique Garand découvrent qu’elles ont beaucoup en commun, dans la cuisine, qui a elle aussi beaucoup changé.

Ma mère est arrivée ici à 16 ans. Je suis née à Coteau-Station et j’ai été baptisée à l’église juste en face. J’ai grandi à Valleyfield, mais je suis revenue il y a sept ans. J’ai toujours été attirée par la place. Toute la famille est ici.

Véronique Garand, actuelle propriétaire

La jeune femme a en main un précieux livre à la couverture rigide, intitulé Coteau-Station 1887-1987, que lui a confié sa mère, Danielle Proulx. Chaque page est consacrée à une branche des nombreuses familles qui ont façonné la municipalité pendant un siècle. Au fil de la conversation, la propriétaire et son invitée découvrent qu’elles ont toutes deux des ancêtres appelés Boyer.

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Claudette St-Amour observe la cour, où elle avait son petit potager. Des wagons sont visibles à l’extrémité du terrain.

« Les chances sont bonnes que nous soyons parentes », estime Véronique Garand, qui tente sans succès de joindre sa mère au téléphone pour confirmer leur hypothèse.

Claudette St-Amour regarde dans la cour. Un cabanon a remplacé l’ancien poulailler que son père avait transformé en maisonnette pour elle. Que d’heures y a-t-elle passées avec ses poupées et ses amies ! D’autres souvenirs refont surface.

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Claudette St-Amour était très émue.

« Cela me fait penser aux inondations, s’exclame-t-elle. Chaque printemps, la rivière débordait et l’eau entrait dans la cave. J’allais pêcher des barbottes sur la galerie à l’arrière. Les sœurs restaient au dernier étage de l’école, près de l’église. Des paroissiens allaient les chercher en radeau avec des chaises clouées dessus et les emmenaient à la messe ! »

À l’étage, où se trouvent trois chambres et une salle de bains, Mme St-Amour a de la difficulté à trouver ses repères. L’escalier ayant changé de côté, elle ne reconnaît pas tout de suite son ancienne chambre, qui est celle de Louann, fille de la propriétaire. C’est en regardant par la fenêtre, en voyant le côté de la maison voisine, qu’elle parvient à se situer.

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Claudette St-Amour explique que, quand elle était enfant, les toilettes empiétaient sur une partie de sa chambre, près de la porte. Cela rapetissait la pièce.

« Ah, c’est petit ! s’exclame-t-elle. Dans mes souvenirs, c’était immense ! Mais je n’avais pas beaucoup de meubles. Il y avait un bureau et une petite table de toilette que ma mère m’avait faite. Il n’y avait ni baignoire, ni douche, ni eau chaude. Les toilettes empiétaient sur une partie de ma chambre, près de la porte, ce qui la rapetissait encore plus. »

Un lien de parenté

La seule pièce qui n’a pas changé est la chambre de Véronique, qui était celle des parents de Claudette St-Amour. Des planches couvrent toujours les murs et le plafond. Une petite partie du plancher de bois original est également visible en haut de l’escalier en train d’être rénové.

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Véronique Garand montre sa chambre à Claudette St-Amour. C’était autrefois la chambre des parents de cette dernière.

« C’est ma première maison, explique Véronique. Il y a toujours des travaux à faire. »

« Tu mets beaucoup d’amour, tu es là pour longtemps », répond Mme St-Amour.

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Claudette St-Amour reconnaît son ancienne chambre, qui lui semblait plus grande quand elle était enfant. Elle partage un beau moment avec Véronique Garand.

Elle sort quelques photos de la maison, qui datent de 1946. « L’extérieur a beaucoup changé, fait-elle remarquer. La maison était couverte de papier brique. Il y avait aussi un solarium à l’avant. »

Elles en viennent à parler de Coteau-Station, qui ne compte plus autant de commerces, et de la gare, qui n’a plus la même importance. Mais des voies ferrées bordent toujours la propriété à l’avant et à l’arrière.

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Claudette St-Amour feuillette le livre intitulé Coteau-Station 1887-1987. Chaque page est consacrée à une branche des nombreuses familles qui ont façonné la municipalité pendant un siècle. Son fils François suit avec intérêt la conversation.

« Le bruit des trains ne me dérange pas, précise Mme Garand. Je ne les entends pas. »

« Je reviendrais vivre ici, déclare Mme St-Amour. Je me sens bien. Me garderais-tu en foyer d’accueil, dans ma petite cabane ? »

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L’église où Claudette St-Amour a fait sa première communion et où Véronique Garand a été baptisée est visible de la maison, de l’autre côté des voies ferrées. Elle a dorénavant une vocation résidentielle.

Véronique joint finalement sa mère, qui confirme ce dont elles se doutaient : le grand-père maternel de Claudette St-Amour, Alfred Boyer, était le frère d’Albert Boyer, l’arrière-grand-père maternel de Véronique Garand.

Le sourire des deux femmes en dit long sur leur expérience. « Cela me fait autant plaisir de vous recevoir qu’à vous d’être venue ici, estime l’hôtesse. Quand j’ai lu votre message, je ne pouvais pas dire non. »

En l’accueillant, la jeune femme lui a fait le plus beau des cadeaux pour ses 80 ans, qui seront célébrés le 7 mars.