Pandémie ou pas, la campagne attire chaque année de nombreux urbains. Au cours des prochaines semaines, nous vous présenterons des exilés qui ont succombé à l’appel de la nature.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Patrice Lavoie a concrétisé ce à quoi plusieurs ont rêvé à un moment ou à un autre depuis le printemps dernier : travailler au bord du fleuve, à 350 kilomètres de son « vrai » bureau. Depuis quelques mois, il répond à ses courriels, anime des réunions virtuelles et gère son équipe basée à Montréal depuis sa nouvelle résidence de Charlevoix.

« Quand je m’installe sur ma table de cuisine, d’un côté, j’ai le fleuve, et de l’autre, le fleuve encore. » Le contraste ne pourrait pas être plus frappant. Jusqu’à récemment, Patrice Lavoie, qui est directeur des affaires publiques pour une société d’État, habitait un condominium neuf au centre-ville de Montréal avec son conjoint. À la fin de l’été, il a emménagé dans une modeste maison à Baie-Saint-Paul avec vue sur le fleuve.

Charlevoix est sa région d’origine. Il l’a quittée pour ses études il y a plus de 20 ans, alors qu’il en avait 19. Cette région, « une des plus belles du Québec », décrète-t-il, il avait l’intention de la retrouver un jour, à la retraite peut-être. Puis, il y a eu la pandémie. « Je me suis retrouvé en télétravail. J’étais dans mon condo au centre-ville de Montréal, à proximité du bureau. Et on s’est vite rendu compte que, pour ceux qui avaient fait ce choix-là pour ne pas avoir à voyager soir et matin, ça ne s’avérait plus pertinent. On ne pouvait plus aller dans les restaurants, il n’y avait plus de festivals… »

Il y avait aussi le bruit causé par la construction d’une nouvelle tour à proximité de son condo, qui a été l’élément déclencheur de son départ. Alors que, dans Charlevoix, il y avait le fleuve, les grands espaces, sa famille.

C’est simplement une réalisation que le centre-ville de Montréal, son côté effervescent, c’était bien pour une certaine époque de ma vie.

Patrice Lavoie

« Maintenant, j’ai 42 ans. Je ne veux pas être trop ésotérique, mais la pandémie nous a permis de renouer avec nous-mêmes, de nous demander quelles sont nos vraies valeurs. Je me suis rendu compte qu’un style de vie plus calme, à proximité de ma famille, me convenait mieux. »

PHOTO FOURNIE PAR PATRICE LAVOIE

Patrice Lavoie apprécie la vue sur le fleuve.

Quelques inconvénients

Habiter en région n’a pas que des avantages, il le sait : les hivers, notamment, y sont rudes, et la vie pendant la saison morte, plutôt tranquille. « J’ai vécu ici, alors j’ai pris cette décision en connaissance de cause », dit-il.

Après avoir loué un chalet près du centre-ville de Baie-Saint-Paul pendant un mois en juillet dernier, il a décidé de faire le saut. « J’ai vu dans la même rue un chalet qui était à vendre, modeste [où résidait le propriétaire depuis près de 40 ans], et qui, visiblement, avait besoin de rénovation, raconte-t-il. Il a fallu changer la fosse septique, la thermopompe, l’électricité, rénover la salle de bains et un peu la cuisine. Ça fait des mois que je travaille avec des ressources locales pour le rénover. »

« Mon premier réflexe, c’était : on arrive et on refait tout, poursuit-il. J’ai dû me calmer. Le toit doit être fait, mais il n’est pas en train de tomber. Ça peut attendre à l’année prochaine. »

Pour pouvoir s’offrir cette propriété, son conjoint et lui ont vendu leur condo de 850 pi2 au centre-ville où ils habitaient depuis moins d’un an. Ils ont cependant dû prendre un petit pied-à-terre en location, puisque le conjoint de Patrice, qui n’a pas fait le grand saut avec lui à temps plein, travaille actuellement à Saint-Jean-sur-Richelieu.

La distance n’a pas d’importance

Patrice est aussi appelé à revenir dans la métropole à l’occasion, mais l’essentiel de son travail peut présentement se faire à distance. « Ça ne fait aucune différence parce qu’on est tous à distance, remarque-t-il. C’est sûr qu’à titre de gestionnaire, il faut faire un effort supplémentaire, la gestion à distance, c’est un autre grand sujet, mais est-ce que je peux le faire de Charlevoix ou de Montréal ? Il n’y a aucune différence. Je fais juste un peu de jaloux ! »

Et que se passera-t-il quand le télétravail prendra fin ? Pour l’instant, il est prévu que les employés de sa société d’État demeurent en télétravail jusqu’au 31 mars 2021, et que le retour dans les bureaux se fasse progressivement pendant une certaine période, explique-t-il.

« Est-ce que ça va être une journée ou deux par semaine au bureau pendant plusieurs mois, on ne sait pas. Si on se projette dans un an, la pandémie terminée, on va probablement tous retourner au bureau. Mais ce pour quoi j’ai acheté le chalet et les valeurs qui m’ont animé à ce moment-là vont demeurer. »

Il espère ainsi trouver une façon de conserver un équilibre entre son travail en ville et sa vie à la campagne.