Entassé avec ses quatre frères dans une petite chambre du Plateau Mont-Royal dans les années 40, Jean-Pierre Ferland n’aurait jamais pu rêver que le modeste triplex familial vaudrait un jour plus de 1 million de dollars.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Cet automne, le petit roi de la chanson québécoise a visité avec La Presse l’appartement dans lequel il est né et a grandi avec ses parents dans la rue Chambord, tout près du parc Laurier. Prix affiché au moment de la visite : 1,25 million, pour un bâtiment acheté 635 000 $ en 2017.

Comme des milliers d’autres anciens résidants du Plateau, M. Ferland observe avec stupeur la surchauffe du marché immobilier montréalais et ses impacts dans son ancien quartier ouvrier.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

« Je me souviens, ça nous coûtait 32 $ par mois », a relaté Jean-Pierre Ferland, soit un peu moins de 500 $ en dollars de 2020.

Le jeune Ferland n’aurait jamais pu croire que le bâtiment de briques — relativement récent à l’époque — afficherait un jour un tel prix. C’était « inimaginable », a-t-il confié en rigolant, tout en revisitant les lieux de son enfance. Mais « ça ne vaut pas ça », ajoute-t-il, à une certaine distance des vendeurs.

Le triplex et son voisin appartenaient à son grand-père maternel. « Je me souviens, ça nous coûtait 32 $ par mois », a-t-il relaté, soit un peu moins de 500 $ en dollars de 2020. De quoi faire pâlir de jalousie les deux jeunes femmes qui y habitent à présent. Moins enviable : les Ferland étaient neuf dans le même espace. « Ça sentait les pieds !, s’est remémoré l’artiste. On se mettait en ligne pour se laver. »

De quartier populaire à quartier prisé

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À l’époque, les Ferland étaient neuf à habiter les lieux, se souvient-il.

Les quartiers centraux de Montréal se sont complètement transformés en 60 ans.

Le Plateau Mont-Royal des années 40 et 50, « ce n’était pas un quartier vraiment pauvre, mais c’était pas vraiment un quartier vraiment riche ». Un quartier « populaire », dira-t-il quelques minutes plus tard.

« En bas, c’était ma tante, en haut, c’était mon oncle, s’est-il souvenu. Tous mes frères, moi inclus, on a marié des filles du quartier. » Son père, Armand « Ti-Rouge » Ferland, exploitait une station-service à l’intersection de l’avenue du Mont-Royal et de la rue Mentana. Le futur interprète a vu le jour dans l’appartement, comme c’était la pratique à l’époque.

Vincent Bilodeau, le courtier immobilier local qui représente les vendeurs du triplex, confirme que les hausses des prix n’ont pas ralenti sur le Plateau avec la pandémie de COVID-19. Cet automne, toutefois, il a dit remarquer une certaine prudence de la part des potentiels acheteurs.

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Le Plateau Mont-Royal des années 40 et 50, « ce n’était pas un quartier vraiment pauvre, mais c’était pas vraiment un quartier vraiment riche ».

Les prix ont augmenté, augmenté, augmenté, mais là, c’est sûr qu’avec toutes les incertitudes du marché, les gens sont intéressés à acheter, mais ils sont plus prudents.

Vincent Bilodeau, courtier immobilier

M. Bilodeau assure néanmoins qu’un investissement dans la brique et le mortier demeure sûr.

L’incertitude globale a aussi mené plusieurs propriétaires à remettre en question leurs plans de déménagement. « C’est un peu ça qui a créé la surenchère, il y a moins d’offres », a continué M. Bilodeau.

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Le triplex et son voisin appartenaient à son grand-père maternel.

Au moment de publier ce texte, le triplex de la rue Chambord avait été retiré du marché.

Le marché du Grand Montréal depuis 12 mois

+ 21 % : Hausse du prix de vente moyen d’une maison unifamiliale. Il a atteint 430 000 $ en septembre 2020.

+ 10 % : Hausse du prix de vente moyen d’un condo. Il a atteint 318 000 $ en septembre 2020.