En mandarin, feng-shui signifie littéralement « vent et eau ». C’est précisément à la croisée de ces deux éléments que l’un des tout premiers occupants d’Habitat 67 a aménagé et personnalisé sa remarquable résidence. Il a ainsi combiné les règles de cet art chinois millénaire avec une position idéale au milieu du fleuve.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Le DClyde Kwok, ingénieur en aérodynamique, et son fils Hugh Kwok sont des passionnés d’automobile ayant mis en route Wingho, entreprise de création et de modification de voitures hors normes. En voyant leurs réalisations motorisées, profilées pour la vitesse et le tape-à-l’œil, on pourrait s’attendre à visiter un logis au style étourdissant et futuriste, faisant écho à leurs bolides. Mais quand on franchit le seuil de cette double unité d’Habitat 67, c’est l’effet parfaitement inverse qui se produit. Tout y est blanc, lumineux, ouvert, calme, épuré. « C’est peut-être pour contrebalancer notre passion pour les voitures », avance Hugh Kwok, souriant derrière son masque.

PHOTO FOURNIE PAR SOTHEBY’S

Des miroirs ont été placés pour donner une impression d’espace encore plus grande.

Ici, des aménagements de pierres et de bambous, sertis de lanternes chinoises. Là, de vastes aquariums devenus des jardins de verre. Vases, plantes, poteries et statues chinoises sont disséminées avec élégance. Le seul ronronnement de moteur autorisé en ces murs est celui de sa propre respiration, le carburant nécessaire s’écoulant juste derrière les baies vitrées ; il est signé Saint-Laurent. « Ici, tout a été conçu selon les règles du feng-shui », précise Hugh Kwok, faisant allusion à cet art traditionnel chinois consistant à disposer les éléments d’un logement pour favoriser la « circulation d’énergies positives » et le bien-être des occupants et visiteurs.

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Le salon donne sur un agréable solarium. Il a été creusé pour augmenter la hauteur de la pièce.

Son père a été l’un des tout premiers acheteurs des unités d’Habitat 67 et il est aujourd’hui le résidant ayant passé le plus grand nombre d’années dans le complexe. En 1988, après y avoir occupé des appartements simples, il a acquis deux modules pour les fusionner et les modeler à sa sauce. Une sauce au goût asiatique qui a d’abord laissé perplexes les architectes des lieux, mais les a confondus une fois les aménagements réalisés.

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Le solarium donne sur le fleuve.

« J’ai une certaine conception de l’automobile comme j’en ai une de l’habitation. L’architecte Ieoh Ming Pei, qui a signé la place Ville-Marie, disait : “La beauté de l’architecture réside dans la libération des espaces.” Nous avons beaucoup ouvert ici… Regardez, il n’y a aucune porte ! », fait remarquer le DClyde Kwok, qui a réalisé de nombreux travaux comme la fusion des pièces au dernier étage pour obtenir une chambre spacieuse, ou le déplacement des escaliers pour créer une cheminée de lumière abondante ; un arbre à maturité y a même déjà été installé ! « Tout est pensé pour que les occupants ressentent du bien-être, ne se sentent pas oppressés ou cloîtrés », précise l’octogénaire, pour qui les nombreux escaliers représentent désormais un défi quotidien.

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La cuisine offre un grand plan de travail.

Après mûre réflexion

Une ambiance plantée dès le rez-de-chaussée, avec une salle de séjour qui a été renfoncée dans le sol, afin de gagner de la hauteur. Elle donne sur un agréable solarium/terrasse, bordant le fleuve. Les baies vitrées auraient besoin d’un rafraîchissement, mais le reste de l’appartement est brillant comme un sou neuf. Sur la gauche, une salle à manger et la cuisine attenante, bordées par un jardin zen intérieur. « Nous aurions aimé abattre le mur entre le séjour et la cuisine pour ouvrir complètement, mais il est porteur », note Hugh Kwok. Après réflexion, la solution fut dans la réflexion : de larges miroirs couvrent le mur, optimisant l’impression d’espace, rehaussée par un carrelage blanc épuré.

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Le premier étage offre des petites galeries et une terrasse.

Au premier étage, un bureau pouvant aussi servir de salle de vie a été installé, d’où partent des petites galeries parfaites pour des étagères garnies d’art ou de livres, mais aussi pour installer une chaise longue et profiter de la vue plongeante sur les eaux du fleuve ; de l’intérieur comme de l’extérieur, puisqu’on y trouve une deuxième terrasse ensoleillée.

« Ce n’est pas seulement l’aménagement intérieur, mais aussi la localisation des lieux, qui répond à un principe important du feng-shui : tout est ouvert à l’avant avec le fleuve, tandis que l’arrière est protégé » grâce à la barrière formée par les autres unités du fameux complexe, tournées vers la ville, explique le DKwok.

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Boudoir, bureau, ou lieu de détente : cette pièce du deuxième étage est polyvalente.

« D’un point de vue pratique, nous considérons aussi que c’est l’une des meilleures unités d’Habitat 67 : il n’y a pas besoin d’ascenseur pour y accéder, mais on profite quand même de la hauteur, des vues sur le fleuve et des terrasses sur le toit », renchérit son fils.

Le deuxième étage nous sert en effet une sublime troisième terrasse, avec une belle intimité, longeant la chambre principale, parée de panneaux coulissants blancs et noirs japonisants, qui abritent notamment une garde-robe. Une salle de bains attenante, dépourvue de portes pour répondre au schéma d’ouverture, a été placée juste en arrière d’un mur.

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La chambre a été décloisonnée pour être spacieuse. On aperçoit la troisième terrasse, sur la gauche.

Style unique

La libération des espaces et l’instauration d’une ambiance apaisante tirant pleinement profit de la proximité du fleuve sont les atouts indéniables de ce condo pareil à nul autre — pour une personne seule ou un couple appréciant le style, il peut s’avérer très séduisant. En cas d’occupants plus nombreux, il faudra cependant prévoir quelques aménagements, notamment pour la résurrection d’une deuxième chambre. Quant aux magnifiques jardins chinois disposés çà et là, s’évaporeront-ils comme par magie lors de la vente ? Pas nécessairement, puisque leur maintien en l’état est négociable, précisent les vendeurs.

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L’une des trois terrasses qui permettent d’avoir une vue plongeante sur le fleuve.

Impossible de repartir sans évoquer le spacieux garage, puisque c’est là où, en fin de compte et en toute logique, les occupants actuels ont pu exprimer leur passion pour la mécanique. On peut y loger trois véhicules qui permettront, si l’on peine à atteindre les voies de l’harmonie, de trouver au moins celles menant au centre-ville.

La propriété en bref

Prix demandé : 1 295 000 $

Année de construction : 1967

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Le garage, qui est partagé, permet d’installer au moins trois véhicules.

Air habitable : 2716 pi2

Frais mensuels de copropriété : 3499 $ (inclut les taxes municipales et scolaire, le chauffage, l’électricité, la climatisation et tous les services de l’immeuble)

Courtière : Karen Karpman, Sotheby’s

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