Depuis 1919, cette belle bâtisse bourgeoise a appartenu à un député fédéral, à un chirurgien-dentiste, à un notaire, puis à un comptable. Tous y ont coulé de longues et heureuses années, chacun apportant de nouvelles pierres à l’immeuble. Ses propriétaires actuels, Michel Cyr et Linda Vézina, ne font pas exception, l’occupant depuis 23 ans, enchaînant des rénovations respectueuses de l’âme et du style de la doyenne. Mais alors que cette maison vient de fêter son centenaire, le temps d’un nouveau cycle est venu, puisque le couple s’est résolu à passer le flambeau à la génération suivante.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Quand le couple a franchi le seuil de cette demeure du quartier Ahuntsic, en 1997, le coup de cœur fut immédiat, même si « elle avait quand même besoin d’amour », se rappellent ceux qui ne manquèrent pas de lui en fournir. « Le temps et l’argent que certains consacrent aux voyages, nous, nous les avons investis dans la maison », souligne Mme Vézina.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

L’un des salons et la salle à manger, à gauche

Ainsi, du sous-sol au grenier, par phases successives, d’importants travaux ont été réalisés au fil des années. Mais attention, pas question d’affubler la maison de nouveaux habits bariolés, infidèles à son identité historique. Qui aurait pu mieux avoir cette sensibilité qu’un architecte, mettant à profit son savoir et sa vision ? C’est justement la profession de M. Cyr. « Chaque fois que l’on rajoutait des éléments, on ne voulait pas dénaturer la maison. On voulait absolument conserver son esprit, lui redonner ses lettres de noblesse », insiste M. Cyr. Et c’est la totalité de la propriété, du jardin au grenier, qui fut l’objet d’admirables projets.

Un exemple probant : les deux cloisons du couloir d’entrée furent abattues, afin de rallier deux pièces de séjour, désormais plus spacieuses, lumineuses et conviviales. Le propriétaire pointe les moulures et corniches de bois fabriquées dans le style d’origine et parfaitement intégrées à l’ensemble. Par ailleurs, un très beau foyer au gaz a remplacé son homologue au bois l’an passé, pour se conformer à la nouvelle réglementation municipale.

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La deuxième partie du salon. Les deux colonnes et la boiserie au plafond marquent l’ancien emplacement d’un couloir, éliminé pour augmenter l’espace et la convivialité.

Dans la cuisine, on a appliqué la même recette. L’aspect et l’essence des boiseries (cerisier naturel) des armoires reproduisent modèles et matières originaux. Quant à l’évier et aux plans de travail, ils ont été refaits en serpentine, une pierre non poreuse extraite à Thetford Mines. La lumière, autre élément important, provient désormais d’une baie vitrée, dont la forme épouse l’identité de la maison, y compris de l’extérieur.

Je savais exactement quoi faire pour que cela respecte l’aspect d’époque et soit ainsi approuvé par le conseil municipal.

Michel Cyr

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La cuisine, totalement rénovée peu après l’arrivée du couple. La serpentine est du plus bel effet, en plus de ses propriétés avantageuses.

La pièce communique avec une véranda trois saisons, ajoutée par le propriétaire précédent, mais alors peu pimpante. Après avoir considéré son élimination, M. Cyr a changé ses plans et opté pour un nouveau au printemps, faisant fleurir caissons au plafond, planchers et fenêtres. Comme ailleurs, il a retracé les éléments originaux de la maison et en a reproduit les formes et matières, dans un souci de continuité.

Reprendre du lustre

En déambulant entre les étages, on réalise que de nombreuses voies de communication relient les différentes sections de l’immeuble, que ce soit par le réseau d’escaliers ou par les diverses portes donnant sur l’extérieur — un beau terrain d’aventures pour les enfants.

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À l’étage, un trouve un boudoir et un accès vers un balcon.

À l’étage, on retrouve la chambre principale, ainsi que deux autres chambres de belles dimensions. La salle de bains attenante a cédé sa place à une vaste penderie (walk-in), avant d’être recréée dans une pièce voisine — drapée de marbre blanc et d’un sol en céramique assorti, lumineux et de bon goût. Un boudoir et un petit bureau convertible (une autre adjonction) complètent l’étage.

Au-dessus, le grenier a repris un sacré lustre en 2009, ne méritant quasiment plus cette dénomination. « On l’a isolé, on a rajouté des lucarnes et on a refait la toiture. J’en ai fait mon bureau tout en installant un atelier de dessin. Il peut être utilisé pour toute autre occupation ou comme chambre d’ado », précise M. Cyr. Et s’il en est un qui a connu le même sort, c’est bien le sous-sol, pas aussi terré que son nom le laisse penser, et transfiguré en salle de vie très conviviale. Salle de lavage, cinéma maison, atelier de bricolage, espace gymnase, cave à vin et chambre froide naturelles y ont également pris leurs aises.

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La chambre principale, largement capable d’accueillir un très grand lit (King)

Une victorienne sans fioritures

Et l’extérieur ? « Tout, tout, tout ce qu’on y voit, à part le garage, a été aménagé par nos soins », fait savoir le couple. C’est-à-dire une belle gloriette, des aménagements jardiniers, des clôtures de bois de bel effet, communiant autour d’un imposant érable dont l’âge avoisine probablement celui du bâtiment.

Les façades de ce dernier ont également eu droit à leur cure de jouvence en 2014, que l’on parle des volets, fenêtres, jointures des briques ou chapeaux — toujours conformes à l’esprit d’époque, mais pourvus de l’éclat du rénové. « C’est une victorienne épurée où tout, intérieur comme extérieur, est inspiré du mouvement Arts and Crafts. Tout y est plus carré, il n’y a pas de fioritures comme on voit dans les maisons victoriennes », explique l’architecte.

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La salle de bains a été déplacée et reconstruite en marbre et en céramique blanche.

Qui héritera de cette maison témoin d’un siècle d’histoire ? Lorsque la pancarte « À vendre » a été plantée dans l’allée, elle a également transpercé le cœur du couple, lequel espère que ses successeurs sauront lui apporter autant de soins que lui.

Tellement de souvenirs subsistent en ces lieux, comme celui de cette femme venue un jour sonner chez eux. « Les gens qui habitaient ici ont été très heureux », leur a confié celle qui s’est présentée comme la petite-fille du notaire, ancien propriétaire du bâtiment. S’ils devaient un jour cogner à cette même porte, sans doute Michel Cyr et Linda Vézina tiendraient-ils le même discours aux nouveaux occupants.

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Le grenier a été totalement repensé et isolé. Il accueille un bureau et un atelier de dessin. Un autre espace est disponible sur la gauche, non visible sur la photo.

La propriété en bref

Prix demandé : 1 649 000 $

Année de construction : 1919

Superficie habitable : 3026 pi² (+ 1100 pi² au sous-sol, également habitable)

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Un petit bureau a été aménagé dans un espace qui était autrefois à l’extérieur de la maison. On aperçoit une photographie d’époque, sur la gauche.

Superficie du terrain : 6840 pi²

Évaluation municipale 2020 : 955 700 $

Impôt foncier : 7284 $

PHOTO FOURNIE PAR MICHEL CYR

La maison a été construite par Alphonse Verville, un député fédéral, au début du XXe siècle. Sur la photo, transmise par les anciens précédents propriétaires aux actuels, on la voit dans les années 1940.

Taxe scolaire : 888 $

Courtier : Mathieu Lagarde, Équipe Christine Gauthier Immobilier

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