Devenir un magnat de l’immobilier… virtuel. C’est ce que propose l’entreprise Reality Games, qui vient de lancer Landlord Go !, un jeu qui se joue en ligne avec son téléphone intelligent et qui permet d’acheter des parts virtuelles dans de véritables commerces et bâtiments de son voisinage.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Nous avons mis à jour l’idée du Monopoly en lui greffant quelques concepts tirés du jeu Pokemon Go !, nous a expliqué le propriétaire de Reality Games, John Z. Woznowski. Les gens achètent le jeu Monopoly depuis 1912, nous voulons donc amener un concept familier à un autre niveau. »

Reality Games a déjà exploité l’idée de jouer à faire l’achat virtuel de véritables bâtiments dans la première version du jeu Landlord, lancée il y a cinq ans, mais aussi dans le jeu Donut Trumpet Tycoon. Avec Landlord Go !, on pousse le réalisme un peu plus loin notamment avec une option de réalité augmentée qui permet de visualiser les commerces à vendre à travers l’écran de son téléphone ou, mieux, à l’aide de lunettes de réalité augmentée, une technologie sur le point d’être lancée par Apple et Google. « Ces projets sont encore plutôt secrets, leur lancement a déjà été repoussé à quelques reprises pour différentes raisons, nous a dit M. Woznowski, qui était avocat en Pologne avant de se tourner vers le développement de logiciels. Mais on a bon espoir d’assister à leur lancement à l’automne ou au printemps prochain. On va alors se retrouver avec de l’équipement en quête de logiciels adaptés. Nous voulons être prêts. »

L’essentiel du jeu repose toutefois sur sa capacité de créer un marché immobilier virtuel basé sur des données véritables et vérifiables. « Nos données sont notamment recueillies auprès de la firme Foursquare alors que nos cartes sont constituées grâce à OpenStreetMap, mais aussi à partir des cartes de pollution lumineuse de la NASA, nous a expliqué John Z. Woznowski. Nous avons aussi des robots d’indexation qui cherchent constamment sur l’internet pour faire le plein d’informations à partir de sources publiques. » C’est ainsi que les banques valent davantage que les restaurants et que ceux-ci coûtent plus cher qu’un simple arrêt de bus.

Comme dans la vraie vie, les loyers des bâtiments plus coûteux vont rapporter davantage, mais il faut avoir les reins solides pour mettre la main sur plusieurs parts et ainsi agrandir son empire immobilier. Par exemple, n’achète pas qui veut des parts du Stade olympique ou de Place Ville Marie !

Le jeu offre aussi la possibilité d’apporter des améliorations à ses propriétés, de les vendre à d’autres ou encore de participer à des enchères où il est possible d’acheter des parts de bâtiments ou monuments célèbres. « Nous avons aussi quatre opérateurs qui travaillent avec des outils d’intelligence artificielle afin d’obtenir des informations précises sur ce qui se déroule en direct dans 200 villes dans le monde, dont Montréal, a expliqué le propriétaire de Reality Games. Ces opérateurs peuvent ainsi choisir de modifier la valeur de certains bâtiments selon les circonstances. Par exemple, une manifestation devant le bureau du premier ministre à Montréal pourrait temporairement faire chuter les loyers des édifices gouvernementaux. »

Scénarios spéciaux

Les développeurs ont aussi l’intention de concevoir des scénarios spéciaux pour encourager les joueurs à visiter certains véritables commerces, une initiative déjà testée avec succès dans la version originale de Landlord. « Walmart nous avait approchés pour que l’on encourage les joueurs à se rendre physiquement dans un magasin de la chaîne, a illustré M. Woznowski. Une preuve de location permettait de récolter des pièces de la monnaie utilisée dans le jeu. Les gens adorent ces expériences de jeu qui se déroulent dans la vraie vie. »

Quand il sera de nouveau possible de voyager, on évalue aussi l’idée d’inviter des associations touristiques à proposer une liste de suggestions d’attraits à visiter, en retour de laquelle les joueurs pourraient enregistrer des accomplissements utiles pour faire croître davantage leur empire immobilier.

Si la valeur des commerces semble en phase avec la réalité, le jeu a toutefois encore besoin de raffiner l’exactitude de ses cartes, qui ne sont pas à jour et comportent quelques erreurs d’emplacements. C’est pourquoi on invite les joueurs à faire part de leurs commentaires de façon à améliorer le jeu. Aussi, comme dans la plupart des jeux gratuits, les développeurs financent leurs activités en offrant quelques options payantes, si bien que l’on peut « acheter » sa progression. Toutefois, selon John Z. Woznowski, 97 % des joueurs choisissent de jouer gratuitement.

Lancé à la mi-juillet, le jeu a été téléchargé par plus de 1,2 million d’utilisateurs au cours de la première semaine, un succès inattendu par Reality Games. « La popularité du jeu est telle que nos serveurs ne suffisent pas à la tâche, a reconnu M. Woznowski. Nous n’étions pas préparés pour un tel succès, nous devons nous battre pour garder nos serveurs actifs. Si ça plante, notre courbe de progression va tomber à l’eau, mais nous sommes confiants. »

> Consultez le site du jeu (en anglais)