(Québec) Voilà qui n’est pas banal. Un appartement en vente à Québec peut se targuer d’avoir hébergé, il y a près de 300 ans, le général Montcalm quelques mois avant sa mort lors de la bataille des plaines d’Abraham.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« C’est un lieu unique, lâche le propriétaire, Jean-Denis Boulet. C’est vraiment ici qu’a vécu Montcalm, même si la maison a passablement changé depuis. »

Le logement chargé d’histoire est situé rue des Remparts, artère qui surplombe le Saint-Laurent. Là, trois maisons ont été construites à partir de 1725. Le marquis de Montcalm a vécu neuf mois au 49, rue des Remparts. Son logement a depuis été subdivisé en deux condos, dont celui de M. Boulet.

« Cette maison-là, je l’ai regardée pendant 30 ans, raconte ce féru d’histoire qui possède une importante entreprise de production de pelouse. Quand j’ai perdu ma deuxième épouse d’un cancer, je voulais déménager. Ma bru m’a envoyé par courriel des inscriptions, et la première, c’était celle-là. J’ai fait une offre le lendemain ! »

Le célèbre militaire a passé trois ans et demi dans la colonie. Il a vécu la plupart de son temps à Montréal, souligne l’historien Dave Noël, auteur du livre Montcalm, général américain. Mais il emménage au 49, rue des Remparts en décembre 1758, notamment pour se préparer à une offensive des Anglais. « Il reste dans la maison jusqu’au 28 juin 1759. On le sait parce que les journaux de l’époque étaient très précis, note Dave Noël, qui est journaliste au Devoir. Le 27 juin, soit la veille, Wolfe débarque à l’île d’Orléans. C’est le premier débarquement britannique du siège de Québec. »

Alors le 27 juin, Montcalm est ici, rue des Remparts, et Wolfe est de l’autre côté, sur l’île d’Orléans.

Dave Noël, historien et journaliste

Une maison, une mission

Montcalm quitte alors la rue des Remparts pour Beauport, que les Français veulent absolument fortifier. Il mourra le 14 septembre 1759, blessé mortellement lors de la bataille des plaines d’Abraham.

PHOTO DAVID FAFARD, FOURNIE PAR ROYAL LEPAGE INTER-QUÉBEC

L’appartement historique a été rénové par le propriétaire actuel.

En vivant plus de 10 ans ici, Jean-Denis Boulet a eu l’impression d’habiter l’histoire. Ses murs sont tapissés de cartes d’époque, ses bibliothèques remplies d’ouvrages de référence.

Aimer l’histoire, c’est obligatoire pour habiter ici.

Jean-Denis Boulet, propriétaire d’un des deux condos qui formèrent jadis le logement du général Montcalm

Les 10 copropriétaires des lieux ont plusieurs charges. « Ça coûte un peu plus cher, habiter ici. On a une toiture en tôle à entretenir, on a 135 fenêtres de bois, les escaliers sont de deux couleurs parce que l’architecte a demandé ça, observe-t-il. Alors l’acheteur potentiel voudra l’habiter, mais il aura aussi un intérêt pour l’histoire. Et peut-être même une mission pour la conserver. »

M. Boulet a rénové l’appartement. Il a notamment refait le sol dans la voûte, dont il est passablement fier. Cette voûte avait été aménagée sous le sol en 1725 par le premier propriétaire de la première maison, le 47, rue des Remparts.

« C’était un marchand de poissons. Il avait acheté le 47, puis avait construit deux voûtes pour entreposer des poissons. Il allait couper la glace de la rivière Saint-Charles l’hiver et la montait jusque-là. »

PHOTO DAVID FAFARD, FOURNIE PAR ROYAL LEPAGE INTER-QUÉBEC

Les trois maisons qui forment la Maison Louis-Joseph-De Montcalm ont été divisées en 10 copropriétés.

Les trois maisons qui forment la Maison Louis-Joseph-De Montcalm ont été divisées en 10 copropriétés. Elles ont été recouvertes de bois, mais leurs murs sont bel et bien de pierre. Le vendeur précise que des maisons de cette valeur historique sont presque toutes dans le domaine public.

Il demande 395 000 $ pour l’appartement, qui compte deux chambres si on inclut la voûte. Le salon lumineux, avec son foyer, est la pièce maîtresse.

Jean-Denis Boulet note qu’il a reçu quelques visites d’acheteurs potentiels. Mais il n’a pas encore trouvé preneur. Posséder une maison historique comme celle-ci entraîne des frais que seuls quelques passionnés sont prêts à assumer, dit l’homme. « Il faut aimer l’histoire, avoir envie de garder un patrimoine qui a une valeur. Si on n’a pas la vocation de conservation du patrimoine bâti, ça ne peut pas marcher, croit-il. Si c’est juste l’argent qui prime, il n’y a plus d’âme. »

Le vendeur de 77 ans n’est pas pressé. Il a tout son temps pour trouver la perle rare. « Oui, elle est à vendre. Mais je ne la donne pas. Ça ne me dérange pas, je peux la garder 20 ans s’il faut. C’est l’avantage d’être un peu indépendant. »

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