À Montréal seulement, les déménagements qui se déroulent autour du 1er juillet génèrent environ 50 000 tonnes de déchets, selon la Ville. Comme vider son appartement sans remplir le dépotoir ? Une consultante zéro déchet et une adepte du mouvement, qui ont déménagé récemment, nous donnent leurs conseils.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Mélissa de La Fontaine, consultante, conférencière zéro déchet et cofondatrice de la coopérative Incita, et Hind Fathallah, conférencière pour l’Association québécoise zéro déchet (AQZD), ont toutes deux vécu un déménagement au cours des dernières semaines. Étant entre deux appartements, Mélissa de La Fontaine y baigne encore. Les déchets ne se sont pourtant pas empilés devant leur demeure. Avec une minutieuse planification, un peu de patience et un brin de débrouillardise, il est possible, croient-elles, de réduire considérablement la quantité de déchets produits en quittant une maison pour emménager dans une autre.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Mélissa de La Fontaine, consultante, conférencière zéro déchet et cofondatrice de la coopérative Incita

Confrontée à la difficulté de trouver un logement, Hind Fathallah concède qu’il puisse être difficile de penser réduction de déchets quand on cherche désespérément à se loger. Et que dire d’une pandémie qui s’invite dans son déménagement, avec un protocole à respecter lorsqu’on fait appel à des proches comme à des professionnels. « Ça prend de la planification en amont », résume celle qui a animé, la semaine dernière, le webinaire Réussir un déménagement zéro déchet, organisé par l’AQZD.

Et une dose de lâcher-prise. « Quand on voit le déménageur recouvrir nos meubles d’une couverture et l’entourer de ruban à coller pour ne pas que ça bouge, il faut lâcher prise, affirme Mélissa de La Fontaine, autrice du livre Tendre vers le zéro déchet. Si on brise nos meubles, on n’a pas plus d’avance. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Hind Fathallah, conférencière pour l’Association
québécoise zéro déchet

Faire le tri

La première étape d’un déménagement plus vert : faire le tri. Pourquoi dépenser énergie et emballage pour trimballer d’un appartement à un autre cette robe que vous n’avez pas portée depuis votre bal des finissants ? Ou cette machine à quesadillas qui n’a servi qu’une fois depuis qu’on vous l’a offerte ? Les objets en bon état peuvent être revendus sur des sites comme Kijiji ou Marketplace, des groupes Facebook locaux, ou donnés à des organismes de bienfaisance.

Certains organismes comme Renaissance, qui avaient cessé d’accepter les dons en raison de la COVID-19, les recueillent de nouveau. Avant de jeter, pensez aussi aux écocentres présents dans différents arrondissements et municipalités. L’outil de recherche Ça va où, créé par Recyc-Québec, permet de savoir rapidement comment disposer d’une foule d’objets et matériaux.

> Consultez le site de Recyc-Québec

En carton ou en plastique ?

Les boîtes en carton, symbole rassurant d’un déménagement bien planifié, doivent-elles être considérées comme l’ennemi juré ? Pas nécessairement.

Ce sont les mêmes règles que le zéro déchet de base : refuser ce dont on n’a pas besoin, réduire et réutiliser. Que ce soit boîtes de carton ou bacs de plastique, réutiliser ce qui existe déjà, c’est la meilleure façon.

Mélissa de La Fontaine

De nombreux commerces offrent leurs boîtes en carton à qui en fait la demande. Plusieurs succursales de la SAQ, qui avaient arrêté cette pratique en raison de la crise sanitaire, acceptent de nouveau de donner leurs boîtes si prisées des futurs déménageurs.

Et les risques de contamination ? « On peut les mettre en quarantaine, suggère Hind Fathallah. Qu’elles soient neuves ou pas, dans ce cas, la question du virus ne change pas grand-chose. » Une fois le déménagement terminé, on passe au suivant.

En plus des boîtes en carton, Hind Fathallah a aussi utilisé des bacs de plastique, empruntés à une amie et à une personne inconnue trouvée à la suite d’un appel sur un groupe Facebook. Mélissa de La Fontaine a elle aussi préféré opter pour ces bacs réutilisables, puisque ses effets étaient destinés à être entreposés dans le sous-sol d’une amie.

PHOTO FOURNIE PAR MÉLISSA DE LA FONTAINE

Mélissa de La Fontaine a utilisé des bacs en plastique qu’elle prêtera ensuite à une amie qui s’apprête elle aussi à déménager.

Des entreprises offrent également la location de bacs de déménagement. L’une des plus connues, Polar Box, a fermé temporairement en raison de la COVID-19, mais GoBac et U-Haul proposent toujours le service. Tous les bacs sont nettoyés après chaque utilisation.

Utiliser des bacs permet d’éviter d’avoir recours à du ruban adhésif, le principal déchet généré par Hind Fathallah lors de son déménagement. « Ça ne se recycle pas, ça ne se composte pas. Ça a été un gros déchet », admet-elle.

Pour protéger les objets fragiles, toutes deux suggèrent de privilégier les tissus qui sont à portée de main plutôt que du papier journal et du papier bulle.

Mes choses fragiles sont dans mon manteau d’hiver ! On peut utiliser tous les tissus qu’on a dans notre maison, des vêtements, des linges, des rideaux. Ce serait niaiseux de les mettre à part dans une boîte, alors qu’ils peuvent servir à emballer.

Mélissa de La Fontaine

À vélo ou en camion ?

La question du transport est également importante, bien que les « déchets » qu’il génère ne soient pas destinés au site d’enfouissement. À Montréal, Déménagement Myette a recours aux vélos ou à un camion électrique. Ceux qui font appel à une entreprise de déménagement traditionnelle devraient choisir un camion adapté à leurs besoins, conseille Mélissa de La Fontaine. « Si on a un camion trop gros, on brûle du gaz. Si on a un camion trop petit, il faut faire des allers-retours. »

Enfin, un dernier conseil avant de courir chez un marchand suédois pour meubler son nouvel appartement : explorer les sites de revente d’abord, oui, mais aussi prendre le temps d’habiter l’espace pour bien cerner ses besoins. « Même si on fait beaucoup d’efforts, on est humains, dit Hind Fathallah. On vit dans une société très portée sur la consommation, c’est difficile de se détacher de tout ça. J’ai essayé de résister, je n’ai acheté que le frigo et un canapé, mais en arrivant dans l’espace, c’est encore plus dur parce qu’on voit tout le potentiel. »

Le confinement aura certainement permis, selon elle, de développer la culture de la patience. Et peut-être même de réaliser qu’il y a certaines choses dont nous n’avons pas vraiment besoin.

Voyez un webinaire de l’Association Zéro Déchet

Le vinaigre contre la COVID-19 ?

Les adeptes du zéro déchet prônent l’utilisation de produits ménagers écoresponsables et tout simples comme le bicarbonate de soude et le vinaigre. Bien qu’il puisse tuer certains microbes, il en laisse trop pour que Santé Canada le considère comme un désinfectant. Mieux vaut donc utiliser un produit désinfectant reconnu si les lieux ont à être nettoyés afin d’éliminer une possible contamination.