(Washington) Munie de gants en plastique, Dana Scanlon, agente immobilière, ouvre les volets de la maison, allume les lumières, s’assure que tout est en ordre avant de se connecter sur FaceTime avec son client pour une visite — virtuelle, pour cause de coronavirus — de cette propriété de Washington.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

« Tout est tellement étrange. Tout est tellement différent », dit-elle. « Nous avons dû nous réinventer complètement, changer nos méthodes de travail en peu de temps ».

Dans la profession depuis quatorze ans, elle est nostalgique du temps d’avant la pandémie.

« Acheter une maison, c’est très personnel », raconte-t-elle, soulignant que le coup de cœur se produit le plus souvent dès que l’on entre physiquement dans les lieux.

La nouvelle réalité a bouleversé les pratiques, imposant la distanciation sociale.

Plus de la moitié des acheteurs, 58 %, ont participé à des visites immobilières virtuelles, selon un sondage réalisé les 19 et 20 avril par la Fédération nationale des agents immobiliers américains (NAR).

Pas de panique

PHOTO NICHOLAS KAMM, AGENCE FRANCE-PRESSE

L’aspect virtuel ne semble pas gêner Frank Wu, un client de Dana Scanlon. « C’est toujours mieux que des photos et nous avons une vue à 360 degrés », argue-t-il, n’hésitant pas à faire revenir sur ses pas l’agent immobilier.

Pour l’heure, le marché immobilier ne décroche pas complètement aux États-Unis même si les ventes de maisons neuves ont chuté de plus de 15 % en mars et que le déclin devrait se poursuivre en avril.

Selon la NAR, 74 % des agents immobiliers rapportent que leurs clients ne baissent pas leurs prix pour attirer plus d’acheteurs, signe que le secteur n’est pas en proie à un vent de panique.

« Il semble que la baisse actuelle de l’activité des acheteurs et des vendeurs ne soit que temporaire », estime en outre Lawrence Yun, économiste en chef de la fédération.

Mais en attendant, finie la tradition américaine des portes ouvertes quand les samedis et dimanches, les acheteurs potentiels pouvaient se bousculer dans des maisons nouvellement mises sur le marché.

« Il y a quelques semaines à Bethesda (banlieue chic de Washington, NDLR) j’ai organisé un tour d’une maison pour 12 personnes... via mon compte Zoom », explique Dana Scanlon.

Depuis, la maison a été vendue. Mais sans le « big hug », la grande embrassade finale. « C’est triste », dit-elle tout en admettant qu’il faut bien faire preuve de créativité et de pugnacité face à cette nouvelle crise.

Dans la maison du quartier de Petworth qu’elle fait visiter virtuellement à Frank Wu, elle veille à montrer tous les aspects, les bons comme les mauvais.

Ces visites virtuelles « nous font porter une plus grande responsabilité », confie-t-elle. En ouvrant la fenêtre du salon, elle signale clairement un chantier qui gâche la vue du joli porche.

PHOTO NICHOLAS KAMM, AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces visites virtuelles « nous font porter une plus grande responsabilité », confie Dana Scanlon. En ouvrant la fenêtre du salon, elle signale clairement un chantier qui gâche la vue du joli porche.

Vue à 360 degrés

L’aspect virtuel ne semble pas gêner Frank Wu. « C’est toujours mieux que des photos et nous avons une vue à 360 degrés », argue-t-il, n’hésitant pas à faire revenir sur ses pas l’agent immobilier.

« Y a-t-il un endroit pour installer une grande télévision ? », demande-t-il. « Comment est le frigo ? », interroge-t-il également.

« C’est pour les matchs de football ? », s’amuse Dana Scanlon. « Il n’y a plus d’évènements sportifs télévisés ! », rétorque le client.

À l’étage, M. Wu s’enquiert de la pression de l’eau dans la salle de bains. « Pouvez-vous ouvrir le robinet d’eau s’il vous plaît ? »

« Ça me donne une bonne idée de comment est la maison », explique le potentiel acheteur à l’AFP tout en assurant que la pandémie du coronavirus ne va pas contrarier ses projets immobiliers.

Syndrome « Zoom fatigue »

PHOTO NICHOLAS KAMM, AFP

Dana Scanlon est confiante face à la vigueur du marché immobilier. Elle note qu’à la différence de la récession de 2008, il n’y pas de crise de l’immobilier. « Il faut garder ça à l’esprit », dit-elle.

« Si je peux faire une bonne affaire, si je trouve une maison qui me plaît, je l’achèterai », dit-il sans hésiter, expliquant vouloir en finir avec la vie de locataire. « J’ai l’argent disponible », dit-il.

« Le nombre de biens en vente est la clé » pour l’avenir du secteur, indique à l’AFP Lawrence Yun. Les professionnels s’attendent à ce que davantage de maisons apparaissent sur le marché à mesure que l’économie redémarre.

« Les acheteurs bénéficiant de taux hypothécaires historiquement bas et plus de 70 % des Américains occupant un emploi sûr, les ventes de maisons augmenteront naturellement avec davantage de biens à vendre », explique-t-il.

Dana Scanlon est elle aussi confiante. Elle note qu’à la différence de la récession de 2008, il n’y pas de crise de l’immobilier. « Il faut garder ça à l’esprit », dit-elle.

« Oh mon bras ! », s’exclame-t-elle en reposant son téléphone porté à bout de bras pendant plus de 20 minutes. Et d’évoquer « la Zoom fatigue », la lassitude de devoir tout faire en virtuel.