Les neiges hâtives de novembre sont habituellement considérées comme une bénédiction pour la plupart des végétaux au Québec. Même si, en milieu agricole, c’est un désastre pour certains producteurs de maïs et de soya. Explications.

Pierre Gingras Pierre Gingras
Collaboration spéciale

Des conditions idéales pour les plantes

Le sol n’est pas encore gelé en profondeur, arbres, arbustes et plantes vivaces ont connu une période d’aoûtement normale et la neige couvre le sol de son manteau isolant. Voilà autant de conditions favorables aux végétaux, explique Jacques Brisson, professeur d’écologie végétale à l’Université de Montréal. Si les nombreuses feuilles qui persistent aux branches des arbres peuvent susciter l’inquiétude chez certains, leur présence ne nuit d’aucune façon. « Elles vont finir par tomber, car elles sont devenues inutiles », dit-il. De nombreux arbres en milieu urbain mettent parfois un temps fou avant de se délester de leurs feuilles parce qu’ils sont souvent originaires d’un autre continent où les conditions de croissance sont différentes. C’est le cas des lilas ou des érables de Norvège, par exemple.

Le cas du maïs et du soya

Pour les producteurs de maïs et de soya, les chutes de neige abondantes de novembre sont synonymes de cauchemar. Ces plantes annuelles ont atteint la maturité requise, mais la neige empêche la machinerie de procéder aux récoltes. De petite taille, le soya s’est parfois écrasé au sol, ce qui le rend inaccessible, alors qu’ailleurs, seule la partie supérieure des plants de maïs peut être récoltée. Les résidus de blé d’Inde feront le bonheur des bernaches, oies et corneilles au printemps, mais les pertes se chiffreront en millions pour les producteurs. Destinés surtout à l’alimentation animale, le maïs-grain et le soya sont les principales productions céréalières du Québec pour une récolte respective de 3,4 et 1 million de tonnes par année. En comparaison, la récolte de maïs frais consommé en épis durant l’été ne dépasse guère les 25 000 tonnes.

Une protection thermique idéale

L’aoûtement est un phénomène essentiel qui permet aux plantes de s’adapter à l’hiver. Les nuits fraîches qu’on a connues à la fin de l’été et au début de l’automne ont permis aux végétaux de fabriquer leur propre antigel. Le liquide cellulaire est plus résistant aux grands froids, une protection qui a évidemment ses limites. Par ailleurs, la neige reste le meilleur isolant naturel. Elle est l’alliée du jardinier. Si vous n’avez pas eu le temps de protéger vos plantes avec des toiles ou des cônes en polystyrène, rassurez-vous : ils sont la plupart du temps inutiles, à moins, justement, d’être recouverts de neige. En Alaska, on a déjà démontré que la température était de -5 ºC sous 60 cm de neige alors que le mercure indiquait -50 ºC. N’hésitez pas toutefois à protéger arbustes et conifères de la souffleuse. Elle peut briser leurs branches en quelques secondes.

Le problème des fluctuations de température

Les fluctuations de température sont la principale menace pour les végétaux, en hiver et surtout au printemps, quand les bourgeons ont dégelé rapidement et que le processus du débourrement est en cours. Ils vont souvent mourir à la suite d’un gel important. Les périodes de dégel hivernal peuvent aussi être dramatiques. L’an passé, il s’est formé une couche de glace sur le sol qui a ensuite été recouverte de neige, ce qui a provoqué l’asphyxie des plantes et des pertes importantes chez les vivaces. En 1981, à la mi-février, le Québec a connu une période de 14 jours sans gel et des pointes de température jusqu’à 16 ºC. La neige a disparu, la sève a coulé. Puis le mercure est descendu pour un long moment à -15 ºC, entraînant la mort de centaines de milliers d’érables et de pommiers. Gros ménage du printemps en vue.

L’agronome-conseil Claude Gélinas se réjouit aussi de l’épais tapis de neige au sol. « Toutes les conditions sont réunies pour que nos plantes passent un bon hiver, dit-il. Le seul hic : le vent qui a balayé les feuilles, et les arbres qui n’ont pu achever leur déshabillage automnal. Le ménage du terrain et des platebandes au printemps en sera d’autant plus considérable. Il faudra alors éliminer rapidement les accumulations de feuilles sur certains coins de pelouse. Privé de lumière, le gazon est condamné.