Le prix des propriétés continue d’augmenter, les vendeurs font de très bonnes affaires en misant sur l’effet de surenchère, et tout indique que le marché immobilier montréalais demeurera solide en 2020. Pour éviter une bulle, l’heure est venue de favoriser les nouvelles constructions, croit Royal LePage.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Le marché immobilier va très bien. Faut-il s’en réjouir ? « Il ne faudrait pas que la baisse des stocks, qui va en s’accélérant, devienne un problème », tempère Dominic St-Pierre, directeur général et vice-président de Royal LePage.

C’est-à-dire ? « On devrait agir avant que Montréal soit confronté aux mêmes problèmes que ceux qui ont affecté les marchés de Toronto et de Vancouver, il y a quelques années, alors que les prix avaient explosé et que ça avait donné lieu à un fort mouvement de spéculation. »

Il ajoute : « Pour cette raison, il serait grandement temps que les gouvernements mettent en place des programmes facilitant la construction de projets domiciliaires pour répondre à la demande des nouveaux acheteurs. »

Dans la même veine, Dominic St-Pierre ne croit pas que la solution (pour aider les jeunes ménages à accéder à la propriété) consiste à « rallonger l’amortissement hypothécaire sur 30 ans, comme auparavant ».

« On entend des politiciens avancer cela comme une solution, relève-t-il, mais le problème n’est pas là. Ça risquerait au contraire d’augmenter le nombre d’acheteurs dans un marché déjà sous pression, et les prix continueraient d’augmenter. On le répète : il faut encourager les entrepreneurs à construire des maisons, et pas seulement du logement locatif. »

L’urgence d’acheter

Chose certaine, dans plusieurs secteurs de la région de Montréal, et même en banlieue, les acheteurs sont prêts à payer des primes élevées pour faire l’acquisition d’une propriété souvent convoitée par une dizaine de « prétendants ».

« Le marché est complètement fou, concède le courtier Junior Léopold Ouellet, de Royal LePage. Une maison de ville à Saint-Bruno-de-Montarville qui valait 360 000 $ il y a deux ans se vend maintenant 540 000 $ ! »

Il ne cache pas que les prix explosent en raison de cette surenchère sur les propriétés. « Dans le marché d’Outremont, soumet-il, il n’y a que 40 propriétés à vendre. On peut comprendre que cette rareté a un effet direct sur les prix demandés. »

Dans sa récente analyse du marché, la firme Royal LePage estime que « les acheteurs qui ont repoussé d’un an leur projet d’achat doivent maintenant payer 35 000 $ de plus pour devenir propriétaires dans le centre de Montréal ».

Prix médian d’une maison unifamiliale

• Grand Montréal : 418 731 $

• Montréal centre : 532 026 $

• Laval : 374 782 $

• Rive-Sud : 381 952 $

Source : Royal LePage, 3e trimestre 2019

Le secteur de « Montréal Est » aurait même affiché « le plus haut taux d’appréciation des prix » (+ 8,5 %) parmi les plus grands centres urbains au pays, avec un prix médian de 439 499 $ au troisième trimestre de 2019.

Une statistique qui fait sourciller le courtier Georges Mercier, de RE/MAX. « Je ne sais pas où ils ont pris ça ! réagit-il. C’est vrai que le marché se porte bien, et que le nombre d’inscriptions est en baisse de plus de 20 %, mais on ne voit pas de telles augmentations sur le terrain. »

Le courtier vient d’inscrire une maison de plain-pied à 319 800 $ à Pointe-aux-Trembles. « On voit arriver de jeunes acheteurs, des familles, qui achètent des maisons mises en vente par des personnes plus âgées, constate-t-il. Ce sont des acheteurs qui font le choix [en respectant leur budget] de vivre à Pointe-aux-Trembles et Montréal-Est, où les propriétés sont plus abordables qu’à Anjou, à titre d’exemple. »