Hausse des transactions et des prix des propriétés, baisse marquée de l’inventaire pour un 48e mois d’affilée en septembre : le marché immobilier continue de rouler à plein régime. Mais ils sont de plus en plus nombreux à se poser la question à 355 000 $ (prix médian d’une unifamiliale dans la région de Montréal) : à quand la fin de la surchauffe dans ce marché hyperactif ?

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Ce ne serait pas honnête de prétendre que le marché n’est pas en surchauffe, constate Charles Brant, directeur, analyse de marché, à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec. On en voit clairement les signes dans certains quartiers [montréalais]. »

Il ajoute : « On peut s’attendre à un ralentissement en 2020, une certaine décélération dans les prochains mois. Mais on ne parle pas d’essoufflement. »

Chiffres en mains, l’économiste est à même d’affirmer qu’il y a « effectivement surchauffe, avec des hausses de prix de plus ou moins 5 % par mois » et un stock de propriétés à vendre qui régresse, mois après mois. Ce qui est le cas dans la région de Montréal, mais pas forcément dans le marché de Québec, où l’inventaire demeure stable.

Nous venons de connaître un été exceptionnel du côté des ventes et une chute importante de l’inventaire.

Charles Brant, de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec

Les indicateurs au vert

L’économiste Joanie Fontaine, chez JLR Solutions foncières, partage son point de vue. « Pour le moment, tout pointe vers le vert et je ne vois pas de signes d’essoufflement à court terme. L’économie se porte bien et le chômage est à son plus bas », résume-t-elle.

Selon elle, plusieurs facteurs expliquent cette vigueur du marché qui profite autant aux vendeurs qui font affaire avec un courtier immobilier qu’à ceux qui décident de vendre en affichant leurs propres pancartes, considérant que près du quart des transactions se font sans intermédiaire.

« On doit savoir qu’il ne se construit plus beaucoup de maisons unifamiliales sur l’île de Montréal, analyse-t-elle. Dans la copropriété, les promoteurs ont mis du temps à mettre en marche leurs gros projets [de construction de tours au centre-ville]. Or, la demande pour des propriétés, unifamiliales ou en copropriété, est bien réelle, avec l’arrivée des immigrants qui s’installent dans les grands centres. L’offre de logements ne cesse de diminuer et ça fait monter les prix. »

PHOTO PATRICK WOODBURY ARCHIVES LE DROIT

Il ne se construit pas beaucoup de maisons unifamiliales sur l’île de Montréal même si la demande est bien présente. Les promoteurs ont plutôt misé, ces dernières années, sur les copropriétés.

« Il faut toutefois mettre les choses en perspective, souligne l’économiste Joanie Fontaine. La baisse d’inventaire est beaucoup plus marquée dans la région de Montréal. En région, le déséquilibre est beaucoup moins important. »

La pression s’accentue

Jean-Marc Léger, courtier d’expérience chez Via Capitale, ne cache pas que la baisse d’inventaire, favorable aux vendeurs, crée une pression supplémentaire chez les acheteurs inquiets de ne pas trouver la propriété souhaitée, à un prix convenable.

À vrai dire, je n’ai jamais vu autant de multioffres depuis que j’exerce ce métier, et ça vaut autant dans la région de Montréal que dans la couronne nord, comme à Blainville.

Jean-Marc Léger, courtier chez Via Capitale

Il ajoute : « Puisqu’il y a moins de maisons sur le marché de la revente, les acheteurs sont prêts à payer une surprime élevée pour s’assurer de mettre la main dessus. »

Le courtier demeure convaincu que le marché restera solide « pendant encore un bon bout de temps », et cela, il l’attribue à la présence de jeunes acheteurs qui ont « un bon dossier financier » leur permettant de financer l’acquisition de propriétés toujours plus chères.

« Ça peut vous surprendre, dit-il, mais plusieurs de mes clients font preuve de prudence quand vient le moment de financer un prêt hypothécaire. Ils pourraient obtenir davantage de la banque, mais ils se gardent une marge de manœuvre. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Dans la région de Montréal, le luxe a la cote. Près d’un condo sur cinq vendus au printemps dernier valait 500 000 $ ou plus.

Les condos à un demi-million

Les propriétaires de condos haut de gamme, dans les quartiers bien en vue dans la région de Montréal, tirent avantage de la vigueur du marché. À preuve : au cours du printemps 2019, près de 20 % des ventes de logements en copropriété l’ont été pour des condos de 500 000 $ et plus. Un an auparavant, durant la même période, cette proportion atteignait seulement 12,8 %. « Ça démontre que ce segment de marché est en croissance constante, soulève Charles Brant, directeur, analyse de marché, à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec. Il y a un regain d’intérêt, avec une offre plus grande de copropriétés. Il faut comprendre que les nouvelles constructions de tours de condos [avec une forte concentration dans le centre-ville, le Plateau, Outremont et Westmount] ont contribué à hausser l’inventaire, et les prix ont suivi. »

Nombre d’inscriptions au Québec

> 16 830 : en septembre 2019

> 21 175 : en septembre 2018

Prix médian dans la Région métropolitaine de Montréal (variation par rapport à septembre 2018)

> Unifamiliale : 355 000 $ (+ 6 %)

> Condo : 290 000 $ (+ 10 %)

> Plex : 555 750 $ (+ 10 %)

Prix médian au Québec

> Unifamiliale : 259 000 $ (+ 4 %)

> Condo : 262 000 $ (+ 7 %)

> Plex : 444 287 $ (+ 8 %)

Source : Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec, septembre 2019