(Cap-Rouge) Dans la banlieue ouest de Québec, la maison de Maïté Juveneton et de Thomas Jeanne ne passe pas inaperçue. Construite en 1969, elle présente une forme inhabituelle : elle est ronde. Malgré son âge et son style singulier, elle intègre parfaitement le look actuel grâce à de judicieuses rénovations.

Karyne Duplessis Piché
Collaboration spéciale

Après avoir vécu 10 ans au Québec, le couple d’origine française s’est mis à la recherche d’une maison. Même si le secteur lui plaisait, il a hésité avant de visiter la maison ronde. C’est qu’il fallait beaucoup de vision et d’imagination pour en saisir le potentiel : l’extérieur était couvert de vinyle blanc et les larges fenêtres étaient peintes en rouge.

Au bout du compte, c’est l’histoire de la demeure à la forme singulière qui a convaincu la famille de s’y installer.

Inspiration californienne

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Les plans ont été dessinés dans les années 60 par le précédent propriétaire, Gaétan Brisson. C’est également lui qui a construit la maison. On pourrait croire qu’il était architecte ou entrepreneur, mais il n’en est rien. « Il était touche-à-tout », relate Maïté Juveneton.

Les plans dessinés dans les années 60 par Gaétan Brisson, le propriétaire précédent, laissent croire qu’il était architecte. Pourtant, non.

« Il s’est inspiré d’une maison dessinée par un architecte californien. Elle avait un arbre au milieu », explique Maïté Juveneton.

Sur les dessins très détaillés de M. Brisson, l’arbre a été remplacé par un escalier en colimaçon qui mène au sous-sol, surmonté d’un puits de lumière. L’escalier circulaire était un ajout novateur. À l’époque, aucune autre maison de la petite municipalité de Cap-Rouge ne présentait un tel élément.

Autre particularité : la moitié de la maison est à aire ouverte. Aucun mur ne sépare la cuisine, la salle à manger et le salon, qui forment ensemble une demi-lune de fenêtres. Une inspiration mid-century, un style qui a favorisé le décloisonnement des pièces et pour lequel les fenêtres prenaient davantage d’importance. Cet espace, orienté vers le sud, est lumineux du matin au soir.

Des travaux pas comme les autres

Même si la maison ronde a tout de suite plu au couple, elle avait besoin d’être mise au goût du jour. Il fallait refaire le toit plat et terminer l’aménagement du sous-sol. Un défi pour les nouveaux propriétaires, car tous les matériaux et les pièces doivent être ajustés sur mesure.

« Certains constructeurs émettent des réserves pour faire des travaux et les soumissions sont souvent plus élevées quand je leur dis que la maison est ronde, explique M. Jeanne. Même pour installer le câble, c’est compliqué. »

Actif dans le domaine de la recherche en microbiologie, Thomas Jeanne a dû apprendre à se débrouiller, entre autres, pour réduire les coûts. Comme le propriétaire précédent, il a donc fait lui-même la majorité des travaux.

« Personne à la quincaillerie ne t’explique que certains matériaux peuvent être courbés. J’ai fait plusieurs essais », se souvient Thomas Jeanne.

À l’intérieur, les murs de bois ont été peints gris clair de manière à épurer l’espace. Le vinyle blanc a été enlevé sur la façade extérieure et les fenêtres rouges sont maintenant de couleur charbon.

Les plans d’origine prévoyaient l’ajout d’un deuxième étage. Une idée à laquelle les nouveaux propriétaires n’ont pas renoncé.

Le défi de l’arrondi

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Toutes les pièces possèdent deux murs droits et un mur arrondi. Ce détail représente un défi pour la décoration. Dans la chambre de Noah, le lit a été placé sur le côté afin de minimiser la perte d’espace.

Avant de s’installer dans la maison, Maïté Juveneton a d’abord craint qu’elle soit difficile à meubler.

« Dans chaque pièce, il y a deux murs droits et un mur arrondi, dit-elle. Il faut s’approprier l’espace. »

Par moments, les propriétaires ont dû faire preuve d’ingéniosité. Dans la chambre des invités, au sous-sol, l’étroitesse de la pièce ne permettait pas l’installation d’un lit à deux places. Thomas Jeanne a résolu le problème en coupant la base du lit afin qu’elle épouse la forme arrondie du mur.

« Quand j’ai coupé le matelas, je me suis vraiment demandé si je faisais une connerie ! lance-t-il en riant. Mais non, ça a fonctionné. »

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Beaucoup d’ingéniosité et un peu d’audace. Afin d’installer un lit à deux places dans la chambre des invités, au sous-sol, le propriétaire Thomas Jeanne a coupé la base et le matelas pour épouser la forme du mur arrondi.

Lors de la division des chambres et de la salle de bains, la forme circulaire a créé plusieurs recoins. Un avantage, selon les propriétaires, puisque tous ont été convertis en rangement.

Touche rétro

Malgré les rénovations, plusieurs éléments du décor donnent des indices de l’âge de la maison. Inséré dans un mur de brique, le four encastré date des années 60, tout comme les armoires de couleur jaune et le comptoir en mélamine verte.

« Les couleurs ne sont pas actuelles, convient Maïté Juveneton. Mais la cuisine n’est pas démodée. »

Dans le couloir, près des chambres, le carillon décoré d’une fleur de lys rappelle aussi un autre temps.

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Le carillon décoré d’une fleur de lys rappelle un autre temps.

Un jardin de béton

Lors de la prise de possession en 2014, la cour arrière datait aussi. « C’était un jardin de béton », relate Maïté Juveneton.

Le couple a enlevé la terrasse de bois et le treillis, puis le béton. Il a ensuite rénové le pourtour de la piscine.

S’il est impossible de le remarquer en façade, on constate à l’arrière que la circonférence du sous-sol est plus étroite. Gaétan Brisson s’était servi de cet espace pour insérer les prises électriques nécessaires pour la piscine et l’extérieur.

« Il avait pensé à tout », conclut Thomas Jeanne.