Longtemps laissées à l’abandon, deux habitations de Rosemont aux volumes incongrus ont vu leur destin changer du tout au tout après que de jeunes investisseurs eurent entrepris de les transformer en un projet d’architecture inusité. De taudis, elles sont passées à condos de luxe, dont l’un a déjà été vendu pour près de 1,5 million de dollars.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Dans les années 60, à cet emplacement du quartier Rosemont, on trouvait un logement à vocation commerciale et un modeste duplex. Tous deux s’étiraient jusqu’à la ruelle avec leurs grands garages utilisés comme entrepôts.

Le secteur a bien changé depuis. Sa population aussi. Assez pour qu’un groupe de jeunes promoteurs s’intéresse à ce complexe longtemps boudé, mais situé dans un secteur stratégique, à quelques pas du parc Molson, d’un cinéma de quartier et des petits commerces de la rue Beaubien.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Dans le split level, la lumière naturelle entre par un immense mur vitré qui éclaire les trois niveaux, incluant le sous-sol. Une fois les portes ouvertes, le rez-de-jardin est en parfaite symbiose avec l’extérieur. Le garage vitré permet aussi de repousser visuellement les limites du jardin.

Le nouveau projet Castor des Érables, ainsi nommé en raison de l’emblème canadien qui orne l’une de ses façades et du nom de sa rue, est un projet ambitieux, pour ne pas dire téméraire. « On s’est dit : soit on y fait plusieurs logements, soit on en fait des maisons de ville, raconte Martin Durocher, l’un des associés de Parkhouse, l’entreprise qui a investi dans ce projet et assuré la réalisation des travaux. On a finalement pris le pari d’offrir un produit unique. »

Derrière la porte

Le projet compte trois habitations, dont le « cottage », situé dans l’ancienne shoebox. Ce dernier a déjà été vendu pour 1 490 000 $ : du jamais vu pour une copropriété divise dans Rosemont–La Petite-Patrie, selon le promoteur.

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De l’espace cuisine et salle à manger, on descend quelques marches pour accéder au salon, puis quelques-unes encore pour parvenir au sous-sol. Éclairé par la lumière naturelle et ouvert sur le rez-de-jardin, ce dernier réussit à contourner l’effet de cloisonnement et le manque de luminosité associés aux traditionnels sous-sols, ce qui est l’un des points les plus intéressants de ce projet.

Restent les deux logements construits dans l’ancien duplex qui a gagné un étage pour aller chercher un maximum de superficie habitable. Le « split level » comprend le rez-de-chaussée et un sous-sol répartis sur différents paliers, tandis que le « penthouse », situé aux étages supérieurs, offre un plein palier et une mezzanine.

L’extérieur ne laisse présager en rien le travail réalisé : les façades patrimoniales ont été préservées à la demande de l’arrondissement et se fondent incognito dans le caractère du quartier. La surprise a plutôt lieu à l’intérieur, où se révèlent des volumes originaux, ouverts, et pensés en termes de fonctionnalité par la firme L. McComber – architecture vivante.

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Le salon du rez-de-jardin, vu de la salle familiale du sous-sol

En connexion avec la nature

« Avec Laurent [McComber], on s’est dit qu’en enlevant les anciens garages, tout en gardant un espace de stationnement du côté de la ruelle, on pouvait créer des maisons de ville qui donnent sur des cours anglaises », explique l’investisseur qui a réalisé son premier « flip » en 2013 dans Hochelaga-Maisonneuve.

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Martin Durocher, de Parkhouse

Cet aménagement de l’espace assure une intimité, tout en faisant entrer un maximum de lumière par des murs presque entièrement vitrés à l’arrière.

« L’idée était de créer des espaces où il n’est pas toujours nécessaire d’être à l’intérieur. » C’est dans cet esprit que la cuisine et la salle à manger du penthouse ont été placées sur la mezzanine, afin de permettre un accès direct à la terrasse, tandis que les chambres et le salon double a été aménagés à l’étage inférieur.

C’est dans cette optique aussi que le mur arrière a été remplacé par d’immenses portes vitrées dans le split level, qui reçoit ainsi un maximum d’éclairage naturel sur trois paliers – la cuisine et la salle à manger, le rez-de-jardin qui accueille le salon, et le sous-sol qui ne donne pas l’impression d’en être un. Les pièces ne sont pas là où on les attend intuitivement, mais elles offrent un habitat étonnamment fluide et lumineux.

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L’espace cuisine est particulièrement vaste et pourvu d’un immense îlot. Dans les deux cas, une arrière-cuisine s’ajoute à un rangement déjà abondant côté cabinets. On a misé, ici encore, sur un style épuré où la blancheur du dosseret et du comptoir de quartz contraste élégamment avec le noir des armoires.

Revenir en ville

Le complexe a été acheté par Parkhouse en 2016, en pleine ébullition du marché de l’immobilier. Les travaux, amorcés en 2017, se sont ensuite étalés sur deux ans. « Parce que c’était un projet fou qui impliquait une reconstruction totale, des fondations jusqu’à la toiture », souligne l’entrepreneur.

Par ailleurs, si l’équipe avait senti la mouvance pour la vie de quartier, elle n’avait pas anticipé l’impact de la surchauffe de l’immobilier. « Le résidentiel reste l’enfant pauvre des corps de métier, et on voulait un produit parfait. À certains moments, on a dû attendre pour s’assurer d’avoir de bons artisans. »

Au bout du compte, Martin Durocher s’estime toutefois chanceux. L’engouement pour le quartier et le dynamisme de l’immobilier sont également accompagnés d’un prix de vente élevé.

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La façade arrière du Castor des Érables, vue de la terrasse du split level

« Je connais beaucoup de jeunes professionnels qui ont quitté la ville pour la banlieue. Leurs enfants ont maintenant 10 ou 12 ans et ils veulent revenir pour avoir accès à une certaine qualité de vie : des commerces de proximité, des parcs, un cinéma de quartier, des écoles où on peut se rendre à pied », fait-il valoir. Ce n’est pas parce que tu as des sous que tu veux du clinquant. » Le projet Castor des Érables offre cette vie de quartier et un luxe tout en sobriété.

Les propriétés en bref

Prix demandés : 1 299 000 $ (penthouse), 1 399 000 $ (split level)

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Chaque logement donne accès à une grande terrasse qui offre en panorama un paysage typique des ruelles montréalaises. Ici, la mezzanine du penthouse et son revêtement de type industriel, vus de sa terrasse.

Année de construction : 1926

Superficie des logements : 2498 pi2 (penthouse), 3173 pi2 (split level)

Superficie du terrain : Non disponible. Certificats de localisation à venir.

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Choix audacieux, l’équipe a opté pour un plan inversé en plaçant la cuisine et la salle à manger du penthouse sur les toits. Entièrement vitré sur deux faces, l’espace est baigné de lumière durant le jour et permet un accès direct à la terrasse.

Taxes municipales et scolaires : Elles seront réévaluées pour être émises au moment de la vente.

Description : Projet d’architecture unique situé près du parc Molson, le Castor des Érables compte trois propriétés divises, dont deux encore sur le marché. Le penthouse est constitué d’un étage et d’une mezzanine, offrant trois chambres à coucher, une vaste cuisine avec accès direct à la terrasse, deux salles de bains et une salle d’eau. Le split level propose un rez-de-chaussée sur deux paliers ainsi qu’un sous-sol où deux des quatre chambres sont aménagées. Le salon avec plancher de béton chauffant s’ouvre sur le jardin. Les deux logements ont un garage à accès exclusif.

Consultez la fiche du penthouse : https://neuves.duproprio.com/fr/montreal/rosemont-la-petite-patrie/condo-a-vendre/hab-6452-avenue-des-erables-par-co-863365#la-capitale

Consultez la fiche du split level : https://www.centris.ca/fr/condo~a-vendre~rosemont-la-petite-patrie-montreal/22896708