Si Montréal continue de présenter le marché immobilier le plus dynamique au pays, la métropole québécoise demeure à l’abri de la surenchère, croient les observateurs. Toutefois, elle devrait voir son profil résidentiel se tourner résolument vers le marché de la copropriété. Ce sont les principales conclusions que l’on peut tirer des plus récentes statistiques dévoilées par Royal LePage, fournisseur de services aux agences immobilières.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Le prix des maisons dans le Grand Montréal a enregistré une 12e hausse trimestrielle d’affilée au-delà de 4 % et devrait croître de nouveau de 4,5 % d’ici à la fin de l’année. C’est plus que Toronto et Vancouver, mais on est loin de rattraper ces deux marchés qui ont enregistré des hausses fulgurantes au cours des dernières années. Ainsi, si la croissance était nulle à Toronto comme à Vancouver, Montréal mettrait au rythme actuel 14 ans pour rejoindre la Ville Reine et 19 ans pour égaler le niveau de la métropole de la Colombie-Britannique. 

« Le marché de Montréal est comme un long fleuve tranquille, a illustré Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général de Royal LePage pour la région du Québec. Le débit est certes plus rapide actuellement, mais on est loin du problème de bulle immobilière qui a touché Toronto et Vancouver. » 

« Il faut d’ailleurs comprendre ce qu’est une bulle ; ça survient quand les augmentations sont tellement fortes que ça crée un marché spéculatif. Ça survient avec des augmentations trimestrielles de 10 à 15 %, et on est très loin de ça. »

Dominic St-Pierre, de Royal LePage

Au cours des trois ou quatre dernières années, la plus forte augmentation annuelle a été de 6 % dans la région de Montréal. Par ailleurs, l’inventaire immobilier à Montréal est encore de loin supérieur à ce qu’il était, par exemple, à Toronto au moment où l’on s’arrachait les propriétés. « À Montréal, on parle de quatre à cinq mois d’inventaire – c’est-à-dire la période nécessaire pour écouler tout l’inventaire immobilier, nous a expliqué M. St-Pierre. À Toronto, on parlait d’un ou deux mois au plus fort du marché, et c’est à ce moment-là que les prix augmentent incroyablement, car ça attire les spéculateurs. Les gouvernements et la Ville de Montréal ont donc tout avantage à encourager les nouvelles constructions de propriétés pour éviter une chute de l’inventaire immobilier qui entraînerait une surenchère des prix. »

Encore plus de condos

L’inventaire immobilier montréalais pourrait en effet s’étioler si l’offre ne s’ajuste pas à la surprenante demande – Royal LePage a d’ailleurs été forcé de revoir à la hausse ses prévisions de prix des maisons. « L’inventaire commençait à se stabiliser à la fin 2018, mais il a recommencé à chuter au début de l’année, si bien qu’il est maintenant de 19 % inférieur à celui de l’an dernier, a indiqué Dominic St-Pierre. Il y a cinq ou six ans, il y avait un surplus de condos, les entrepreneurs ont donc arrêté d’en construire. Mais le marché a assimilé ça en l’espace de deux ans, il y a donc un manque de propriétés résidentielles à Montréal. »

La demande est soutenue par les jeunes professionnels, mais aussi par les spéculateurs étrangers, qui représenteront bientôt près de 4 % des acheteurs – une part considérable, mais qui ne viendra toutefois pas déséquilibrer le marché, selon Royal LePage. « On pense donc que les entrepreneurs vont se relancer dans le condo au cours des prochaines années », a soutenu Dominic St-Pierre. 

« Contrairement à ce qu’on avait pensé, les baby-boomers n’ont pas vendu leurs propriétés, alors que les jeunes professionnels sont encore très attirés par les quartiers centraux. La proximité du travail et l’environnement de vie sont très importants pour les millénariaux, plus encore que pour la génération X. »

Dominic St-Pierre, de Royal LePage

« Toutefois, on parle davantage d’un changement au niveau du marché qu’au niveau du comportement des consommateurs, a nuancé le vice-président de Royal LePage. Les jeunes ne peuvent plus se permettre d’acheter une maison en ville, alors ils s’exilent ou achètent un condo. Présentement, c’est le type de propriété qui se vend le plus et ça va continuer d’augmenter ; Montréal s’en va plus que jamais vers un marché de condos. »

Malgré cette effervescence, le Grand Montréal restera un marché accessible et devrait échapper à la surenchère. « Même si c’est très actif à Montréal, ça demeure probablement l’une des meilleures aubaines dans le monde, a estimé Dominic St-Pierre. Ça reste encore l’un des endroits où l’on peut acheter des maisons unifamiliales pour le moins cher. »

En chiffres

410 828 $

Prix médian d’une propriété résidentielle dans la grande région de Montréal au deuxième trimestre de 2019, unifamiliales et copropriétés confondues. Cela représente une augmentation de 5,8 % par rapport à la même période en 2018.

742 802 $

Prix médian d’une résidence unifamiliale à deux étages dans le secteur Montréal centre, en hausse de 10,8 % par rapport au deuxième trimestre de 2018.