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« Casser maison », tout un défi

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Comme bien des gens, Jean-Marie a accumulé beaucoup de choses au cours des années. Danielle Jasmin va faire le tour de chaque pièce avec lui, pour faire un tri.

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Christiane Desjardins
Christiane Desjardins

Collaboration spéciale

La Presse

C'est quand vient le temps de déménager dans plus petit qu'on mesure à quel point on accumule des choses. On doit réduire ses possessions, mais si l'on se retrouve seul à tout faire, la tâche peut paraître insurmontable. Avant de paniquer, il faudrait peut-être regarder du côté de l'aide au relogement. Coup d'oeil sur ce type de service qui aide les gens à gérer leur surplus de possessions.

C'est mathématique. Le contenu bien tassé d'un six-pièces ne rentrera jamais dans ce nouveau chez-soi de 350 pieds carrés. Trier, garder, vendre, donner, jeter... on la connaît, la formule. Mais elle est plus facile à dire qu'à faire.

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Plusieurs meubles et objets ont déjà servi de décors. Jean-Marie les a gardés, au cas où il en aurait besoin, et aussi parfois comme souvenirs. Il a entre autres conservé les « rideaux du presbytère » du film Les Plouffe.

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Prenez Jean-Marie Francoeur, qui a été décorateur pour le cinéma et écrivain. Le duplex où il habite depuis 20 ans à Montréal a été vendu, et les nouveaux propriétaires reprennent son logement. À 69 ans, il doit quitter un grand cinq-pièces pour aller dans un logement plus petit. Combien plus petit ? Il n'a pas encore trouvé, ce qui l'angoisse terriblement. Il sait cependant que ça ira avec ses moyens financiers. Il n'y aura assurément pas de place pour les décors, les tissus, les souvenirs et la plupart de ses meubles. Il n'y en aura pas non plus pour les centaines de livres cordés dans sa bibliothèque. C'est ce qui lui fait le plus de peine, ses livres. « Des livres de référence », précise-t-il.

Oui, mais Jean-Marie, aujourd'hui avec l'internet...

C'est ce que les libraires qu'il a contactés pour connaître leur intérêt pour sa collection lui ont dit.

« Mais ces livres-là, on ne les trouve pas sur l'internet », se désole notre homme.

Constatant un besoin chez les aînés, Danielle Jasmin... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 3.0

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Constatant un besoin chez les aînés, Danielle Jasmin a lancé son entreprise il y a neuf ans et travaille avec la même équipe depuis le début. « On est référés par des travailleurs sociaux, des résidences, d'autres clients et on a un site internet... »

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Jean-Marie est un intellectuel. Il est bon pour aligner les mots, il l'est moins pour aligner les boîtes. D'autant plus qu'il a quelques ennuis de santé et qu'il ne veut pas déranger son fils. Désemparé, Jean-Marie est allé fouiller sur l'internet. Il est tombé sur le site de Jasmin Transition, qui fait du relogement pour aînés. Il a appelé.

À la portée de toutes les bourses

Nous voilà dans la cuisine de Jean-Marie, assis autour de la table de formica jaune, relique des années 50. On discute de cette entreprise que Danielle Jasmin a fondée il y a neuf ans, et de ce qu'elle peut faire pour Jean-Marie. « On prend la personne où elle est, et on l'accompagne dans le processus de transition jusqu'à son point d'arrivée », résume Mme Jasmin.

L'entrepreneure estime avoir réalisé plus de 600 transitions depuis le début de son entreprise. La plupart du temps, les gens cassent maison pour aller dans un logement plus petit, en chambre ou en résidence. « Il y a beaucoup de glamour autour des résidences, constate Mme Jasmin, mais ce n'est pas à la portée de toutes les bourses. Il faut trouver des solutions pour tout le monde. » Ce qu'elle voit beaucoup, elle, ce sont des gens qui vivent l'isolement, la maladie, la mort d'un conjoint, les enfants qui sont pris de leur côté, les voisins qui s'en vont... « Les gens ne savent pas quoi faire. Je me suis donné comme mission d'aider ces personnes-là », dit-elle.

Comme il va déménager dans plus petit, Jean-Marie... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 4.0

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Comme il va déménager dans plus petit, Jean-Marie ne doit garder que l'essentiel.

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Il s'agit d'un service privé qui a un coût, et qui varie selon l'ampleur de la tâche. S'il faut absolument donner une échelle de prix pour une transition, mettons entre 500 $ et 5000 $, évalue Mme Jasmin. Dans le cas de Jean-Marie, puisqu'il est évincé, les propriétaires doivent lui payer une somme, qui devrait couvrir sa transition.

L'attachement aux objets

On s'en doute, il faut être fin psychologue pour faire ce travail, entre autres parce qu'il y a l'attachement émotif à certains objets.

« Oui, il faut laisser aller beaucoup de choses, mais il faut trouver des façons de satisfaire la personne dans son attachement à certains objets », explique Danielle Jasmin, de Jasmin Transition.

L'ensemble de cuisine de Jean-Marie ne le suivra... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 5.0

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L'ensemble de cuisine de Jean-Marie ne le suivra pas dans son déménagement. La majorité de la vaisselle et des outils de cuisine non plus.

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Elle donne l'exemple de cette femme qui ne voulait pas se séparer de son porte-poussière vieux d'au moins 35 ans, qui tenait de peine et de misère avec des « plasters ». Parce qu'il avait ramassé tellement de dégâts, disait la femme. « On l'a lavé, et elle l'a gardé », tranche Mme Jasmin.

Une autre tenait à son immense commode, qui ne rentrait pas dans son nouveau chez-soi. « On l'a sciée en deux, on a mis un panneau sur le côté, et on l'a accotée au mur dans le nouvel endroit. C'est du cas par cas », résume-t-elle.

Avec Jean-Marie, Mme Jasmin compte faire le tour de chaque pièce avec lui, pour faire le tri et disposer des choses. Vendre sur un site comme Kijiji serait trop exigeant pour son client. Elle prévoit plutôt contacter des associations pour voir s'il y a de l'intérêt, et faire une vente d'appartement d'un jour. Avec l'idée de gonfler un peu le pécule de Jean-Marie.

Entreposer : la moins bonne idée

Se départir de ses livres, c'est ce qui... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 6.0

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Se départir de ses livres, c'est ce qui fait le plus de peine à Jean-Marie. Il a d'ailleurs écrit deux livres, dont une encyclopédie de la cuisine de la Nouvelle-France.

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À la fameuse formule « trier, vendre, donner, jeter, recycler », on pourrait ajouter « entreposer ». C'est une option pour ceux qui n'arrivent pas à se départir émotionnellement de leurs choses, ou qui espèrent obtenir un meilleur prix dans l'avenir que ce qu'on leur offre actuellement. Mais l'entreposage est rarement une bonne idée, estime Barbara Baudinet, courtière immobilière chez Sotheby's.

« Chaque fois que j'entends quelqu'un me dire qu'il va louer un petit entrepôt, je me dis : "Oh, mon Dieu !" Ce n'est pas une avenue que je recommande. Ils vont payer 200 $ par mois pour l'entreposage. La plupart du temps, ils laissent les choses là beaucoup plus longtemps que ce qu'ils pensaient. Des fois, ils finissent par abandonner carrément leurs choses dans l'entrepôt », signale Mme Baudinet.

Les courtiers immobiliers sont aux premières loges pour constater le casse-tête que peut représenter le fait de casser maison. Vider la maison, le sous-sol, le garage, le cabanon... Mme Baudinet a vu toutes sortes de situations, et participe au besoin pour orienter les clients vers les services appropriés. Il peut s'agir d'expertises pour oeuvres d'art ou bijoux, de revente de meubles sur l'internet ou auprès d'acheteurs spécialisés, de vente-débarras ou de paroisse... « Souvent, les gens ne savent pas quoi faire et ne connaissent pas toutes les ressources disponibles. Je les aide à se retrouver un peu dans tout ça », dit-elle. Il lui est même arrivé d'avoir à trouver un nouveau foyer pour des petites bêtes qui ne pouvaient déménager avec leur maître. C'est d'ailleurs comme ça qu'un jour, Mme Baudinet est revenue chez elle avec un jeune chat. « Ma fille était bien contente », lance-t-elle en riant.




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