L’habitation écologique demeure l’exception. S’ils ont le choix, la plupart des propriétaires préfèrent ainsi un plan de travail en quartz à une certification LEED. Mais, et c’est tant mieux pour l’avenir de la planète, les promoteurs tiennent à l’écoconstruction…

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Seulement 5 % des maisons et des condos mis en chantier visent la certification LEED, révèle Emmanuel Cosgrove, directeur d’Évaluations Écohabitation, qui accompagne au Québec les constructeurs cherchant à obtenir la certification LEED pour habitations. Ce constat ne le décourage nullement. « Ce n’est pas vraiment le nombre d’habitations certifiées qui compte, précise-t-il. C’est davantage l’influence qu’elles ont sur l’industrie. Quand on va à la remise de prix, on voit que la grande majorité des gagnants fait partie de la crème, qui fait certifier 5 % des habitations. Ce sont eux qui montrent le chemin aux autres. »

Lui-même se fait un point d’honneur de donner l’exemple. En 2007, alors qu’il avait 31 ans, sa maison de l’avenue du Parc est devenue la première au Canada à obtenir une certification LEED Platine. En 2016, sa résidence secondaire à Wakefield a été le premier bâtiment au Canada, toutes catégories confondues, à répondre aux critères plus rigoureux de la quatrième version des systèmes d’évaluation LEED. Elle a été certifiée LEED v4 Platine. Et c’est ce niveau qu’il vise avec la maison usinée Eco-Habitat S1600 installée tout récemment sur son terrain en Outaouais.

« Cela me passionne, dit-il. Je tripe fort. »

« Je ne peux pas juste prêcher. Il faut que je démontre ce qui peut être fait et que j’aide les autres à comprendre la valeur des gestes, appliqués en construction, qui sont déterminants pour notre avenir. »

« Cela donne plus de poids à ce que je dis, parce que je ne suis pas juste un grand parleur », dit M. Cosgrove.

5000 $ de plus

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Dans Griffintown, Sotramont s’est distingué en bâtissant Arbora, 
en bois lamellé-croisé (CLT). Les deux premiers immeubles ont été certifiés LEED Platine.

Sotramont a essayé de chiffrer le surcoût qu’entraîne une certification LEED. Le chantier, la paperasse et les inspections occasionnent en effet des frais supplémentaires : « Cela coûte un minimum de 5000 $ de plus aux acheteurs d’une maison en rangée de 650 000 $, indique Marc-André Roy, président de l’entreprise. On a fait un sondage auprès d’acheteurs potentiels à Pointe-Claire et personne, sans exception, n’était intéressé. À cet endroit, on continue à viser la certification LEED pour la copropriété en béton et on a cessé en ce qui concerne les maisons en rangée. L’enveloppe des habitations demeure quand même performante et on respecte beaucoup d’éléments, mais il n’y a pas de certification. »

Divers critères influencent la décision de construire LEED, précise-t-il. « Dans Griffintown, on s’est différencié de la compétition en bâtissant Arbora, en bois lamellé-croisé (CLT). Les deux premiers immeubles ont été certifiés LEED Platine. À Bois-Franc, dans Saint-Laurent, tous nos immeubles sont certifiés LEED, parce que la réglementation municipale l’exige. »

Autres priorités

Pour les acheteurs, acquérir un logement dans une tour certifiée LEED, c’est bien, mais ce n’est pas essentiel, constate Ilan Gewurz, vice-président exécutif de Proment, qui ne construit qu’à L’Île-des-Sœurs. « Ils recherchent avant tout un quartier, un prix, une superficie », note-t-il.

Ce sont donc les promoteurs qui décident de viser une certification. Proment a ainsi commencé par construire le Vistal, la première tour d’habitation au Québec à obtenir la certification LEED Or, en 2011. Puis elle a persévéré. Sous l’impulsion de son président, Samuel Gewurz, Pointe-Nord a pris vie en visant la certification LEED-AQ (aménagement des quartiers). « Pour nous, c’est un coût qu’on doit débourser, au même titre que celui du béton, pour être capable de construire, précise Ilan Gewurz. On pense que c’est la manière dont les immeubles doivent être bâtis. On ne la questionne pas. »

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Pointe-Nord, dans L’Île-des-Sœurs, a obtenu la certification LEED-AQ (aménagement des quartiers) Niveau Or. Presque toutes les tours, construites par Proment, y visent la certification LEED.

Le grand défi est d’allier l’économie et l’écologie, indique Marco Fontaine, vice-président développement résidentiel et marketing chez Devimco. « On pousse l’analyse pour voir jusqu’où on peut aller pour que cela demeure économiquement viable, dit-il. On peut faire de plus en plus de choses. C’est de bon augure. »

L’entreprise a entamé une réflexion lors de la planification de Solar Uniquartier, à Brossard. Un immeuble de bureaux y est bâti en visant la certification LEED. Dans le Quartier des spectacles, les deux tours résidentielles du complexe Maestria la rechercheront aussi. La première tour comportera 438 condos et 388 appartements locatifs, tandis que la seconde comptera 528 condos et 320 appartements locatifs. Pour un total de 1674 logements.

« J’ai fait un petit sondage rapide et les plus jeunes, les milléniaux, sont ceux qui sont prêts à payer environ 3000 $ de plus pour habiter dans un immeuble écologique. »

« Ils sont prêts aussi à payer plus cher pour de la nourriture bio. Ils sont très conscients de la qualité. Pour un projet aussi important, le plus gros au centre-ville de Montréal, on voulait absolument qu’il soit LEED. C’est une question de conscience sociale », indique M. Fontaine.

Pas toujours hors de prix

ILLUSTRATION FOURNIE PAR DEVIMCO

Dans le Quartier des spectacles, les deux tours résidentielles 
du complexe Maestria viseront la certification écologique LEED. Une première pour Devimco, à Montréal.

« La certification LEED vient endosser une partie de ce que l’on fait, souligne Simon Gervais Boyer, président fondateur et directeur du développement chez KnightsBridge. Elle aide à développer un lien de confiance avec les clients puisque des inspections sont faites par des tiers indépendants. »

Certaines constructions de l’entreprise ne sont pas très chères, fait remarquer l’entrepreneur de 35 ans. Dans Hochelaga-Maisonneuve, le complexe Le Jardinier a obtenu la certification LEED Platine tout en proposant des unités à des prix accessibles. « Une prise de conscience est en train de se faire, note-t-il. Les gens commencent à réaliser que tous les pieds carrés n’ont pas la même valeur. »

Des agents de changement

Comment se dessine l’avenir ? Les villes, les organismes gouvernementaux et les grands investisseurs, comme le Fonds immobilier de solidarité FTQ, qui trouvent logique de mieux construire, seront de grands agents de changement, prédit Emmanuel Cosgrove. « Beaucoup de promoteurs, pour des projets d’envergure, ont besoin de l’appui des fonds d’investissement, dit-il. Les astres s’alignent pour l’amélioration de la performance des bâtiments. Dans 10 ans, ce ne seront plus juste les convaincus qui construiront LEED. Tous les gros joueurs le feront. Si dame Nature en profite, tant mieux ! »

LEED : Leadership in Energy and Environmental Design

Ce système d’évaluation encourage l’adoption de pratiques écologiques. Il permet d’accumuler des points dans diverses catégories lors de la conception, de la construction et de l’exploitation des bâtiments. Entrent notamment en ligne de compte : l’emplacement et l’accès aux transports en commun, la gestion efficace de l’eau, l’efficacité énergétique, le choix des matériaux, la qualité de l’air intérieur (en utilisant des produits sans ou à faible émission de COV), l’aménagement écologique du lieu et l’innovation. Selon les points accumulés, la certification atteindra le niveau Argent, Or ou Platine.