Depuis le 24 décembre, jusqu’à 700 personnes se pressent chaque jour dans le bureau des ventes du Groupe Lodha pour découvrir ce que réserve la future cité de Palava, en périphérie de Bombay, en Inde. Vingt à la fois, les visiteurs vivent une expérience immersive en 9 D VR, créée dans un studio à Montréal. Le but ? Faire vivre des émotions afin de créer de l’engouement et favoriser les ventes.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Palava, faut-il préciser, est un projet d’une envergure difficile à imaginer, mené par l’un des plus importants promoteurs immobiliers en Inde. D’ici 2025, plus de 500 000 personnes devraient y habiter. Le Groupe Lodha voit grand. Au début de mars, il a annoncé qu’il y construirait un centre commercial, qui s’étendra sur plus de 20 acres. Il comprendra, outre des commerces, un parc d’attractions, un musée pour enfants, des activités aquatiques sur un lac, un complexe sportif et des rues avec des restaurants, notamment.

« Par un concours de circonstances, nous avons réalisé une maquette interactive en 2012, pour la première phase de Palava, qui est maintenant construite et habitée, explique Jacques Larue, concepteur et associé chez Cadabra, dont les bureaux sont situés dans Rosemont. L’expérience immersive 9 D VR a été créée pour le lancement de la deuxième phase. Il y a du mouvement, des effets multisensoriels comme des odeurs, du vent et des gouttes d’eau, de la réalité virtuelle. Il faut que le projet immobilier soit suffisamment important pour justifier l’investissement d’environ 20 millions de dollars. Le budget de notre équipe créative s’est élevé à 1,4 million. »

Au Québec, fait-il remarquer, les espaces verts et les parcs sont monnaie courante. Ce n’est pas le cas à Bombay. « La densité est épouvantable, précise-t-il. Il y a énormément de pollution et de congestion. Cela prend deux heures pour se rendre à Palava, à 50 km de là. L’idée est de faire un développement à l’européenne avec de grands espaces verts, des rivières, pour en faire un lieu où tous peuvent vivre, apprendre, travailler et s’amuser, sans avoir à prendre leur voiture. »

Des expériences ludiques

Entre en jeu l’expérience immersive, pour montrer la ville telle qu’elle sera dans quelques années. Cadabra est la division créative de XYZ Technologie culturelle, qui utilise des technologies audiovisuelles de pointe pour offrir des expériences ludiques (entre autres) dans des musées. Ses membres ont mis leur expérience à profit pour communiquer le message du promoteur de façon à capter l’attention des visiteurs, peu importe leur âge.

PHOTO FOURNIE PAR CADABRA

Le centre commercial que prévoit construire le Groupe Lodha, à Palava, s’étendra sur plus de 20 acres et comprendra un parc d’attractions. Il y aura notamment une grande roue, découvrent les visiteurs au cours de la présentation immersive.

« Il y a un scénario, de la musique, du contenu audiovisuel, des effets spéciaux et de l’interactivité, explique M. Larue. Nous avons travaillé avec les sensations qui créent des émotions assez fortes. Cela cristallise le moment. Le corps l’enregistre pour longtemps. Est-ce que cela a augmenté le niveau des ventes ? La réponse est oui. Jamais seulement en parlant on ne pourrait susciter la même réaction. »

Les visiteurs s’assoient dans un siège D-Box (d’une autre entreprise québécoise) et mettent un casque de réalité virtuelle, prêts pour une aventure qui dure presque sept minutes. Ils sont d’abord dans un bateau, et ressentent le mouvement de l’eau et le vent sur leur visage. Ils « prennent » ensuite une voiturette de golf pour se rendre jusqu’à un drone électrique (un genre d’hélicoptère).

« C’est très réaliste. Les gens ont l’impression de voler au-dessus de la ville. Ils se font éjecter et tombent en parachute sur le sol. À ce moment-là, les gens crient. Mais c’est en douceur. On ne veut pas donner le mal de cœur à personne. Tout le long, il y a un narrateur, qui explique les valeurs du projet, l’importance du développement durable. »

Trois autres entreprises indiennes sont en discussion avec Cadabra pour voir comment elles pourraient à leur tour tirer leur épingle du jeu. Un promoteur immobilier montréalais sonde aussi le terrain, sans opter pour une expérience immersive.

« Il y a plein d’autres moyens de créer une expérience relevée sans avoir recours à la réalité virtuelle, estime M. Larue. On regarde quels outils sont les mieux adaptés au contenu. »

En ajoutant une bonne dose de créativité, la magie opère.

Voyez un aperçu de l’expérience immersive (en anglais) : https://vimeo.com/329166396