Les 25 000 propriétaires d'immeubles locatifs vont lancer au cours des prochains jours une «campagne de sensibilisation», sous forme de cartes postales envoyées aux députés fédéraux du Québec et aux ministres du gouvernement Trudeau, sur l'enjeu du cannabis.

Mis à jour le 5 juin 2018
Yvon Laprade LA PRESSE

«Nous sommes extrêmement préoccupés par l'approche du gouvernement fédéral, qui envoie aux locataires un message de déresponsabilisation, déplore Hans Brouillette, porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). Il y a là un impact sur la santé et les conséquences de cultiver à domicile.» 

Ces envois de cartes postales «en papier», précise-t-il, visent à forcer le gouvernement fédéral à assouplir sa position à l'égard des provinces - le Québec et le Manitoba - «qui ont pris la décision d'interdire la culture du cannabis». «On veut ainsi solliciter l'appui des députés afin qu'ils exercent de la pression sur le gouvernement Trudeau», ajoute-t-il. «Un logement, ce n'est pas un endroit pour cultiver ou fumer du cannabis, point à la ligne!»

Des locataires récalcitrants

Cette prise de position des propriétaires d'immeubles intervient au moment où, à Québec, on s'attend à l'adoption de la loi encadrant le cannabis d'ici à la fin de la session, à la mi-juin. 

«Nous sommes encouragés par la position du gouvernement [Couillard]», souligne Hans Brouillette. Il relève qu'un amendement au projet de loi permettra aux propriétaires d'inclure, dans le bail, l'interdiction de fumer du pot dans un logement. Ainsi, un locateur pourra, dans les 90 jours à partir de l'entrée en vigueur de la loi encadrant le cannabis, modifier les conditions d'un bail en y ajoutant l'interdiction de fumer du cannabis. 

«Cet amendement est essentiel pour les propriétaires, insiste Hans Brouillette. Les choses seront plus claires et tout le monde saura à quoi s'en tenir.» Il ne cache pas que des propriétaires d'immeubles locatifs ont «pris les devants» en modifiant eux-mêmes le bail de certains de leurs locataires pour y inclure l'interdiction de fumer de la marijuana. 

Or, selon lui, de nombreux locataires ont «refusé la modification» en invoquant que le gouvernement fédéral allait leur donner la permission de s'adonner à cette «activité». «C'est à se demander pourquoi le gouvernement fédéral insiste tant pour que les gens puissent cultiver à la maison», soulève le porte-parole de la CORPIQ. 

Il craint, pour l'avenir, que ce «changement de culture» donne lieu à des affrontements entre le fédéral et les provinces qui s'opposent. «Il y a des provinces qui se sentent moins concernées par cette question, concède-t-il. Sans doute parce qu'elles ont un pourcentage moins élevé de locataires. Mais au Québec, n'oublions pas que 40% de la population vit à logement. Comment on va arriver à bien vivre ensemble si on laisse tout le monde fumer à sa guise? Va-t-on accepter de pénaliser cinq ou six locataires qui ne fument pas pour un locataire qui fume et qui cultive son pot plus que pour ses besoins personnels?» 

La question est posée.