Parcs de maisons mobiles: bonheur fragile à petit prix

Pour plusieurs, vivre dans un parc de maisons... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Pour plusieurs, vivre dans un parc de maisons mobiles, c'est accéder à la propriété à prix doux.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Yvon Laprade

Collaboration spéciale

La Presse

Vivre dans un parc de maisons mobiles, c'est faire le choix d'avoir un voisin tout près, comme en camping. C'est aussi prendre le risque de se faire évincer par le propriétaire des lieux. Mais certains y voient une occasion d'accéder au bonheur à prix doux.

Partir la mort dans l'âme

Après 10 «belles années» à vivre dans une maison mobile, avec vue sur le fleuve Saint-Laurent, Monica Lagacé s'apprête à déménager dans une «vraie maison». «Mais je vais vous dire la vérité, insiste la femme de 36 ans, mère de quatre enfants. Si je déménage, c'est parce que je me fais évincer par le nouveau propriétaire du parc de maisons mobiles!» 

Elle n'est pas la seule à devoir quitter ce lieu exceptionnel longeant la rue Notre-Dame, à Repentigny. Une vingtaine de propriétaires, surtout des personnes âgées, sont visés par l'avis d'éviction. 

Des Résidences Soleil 

C'est là, sur ces terrains récemment acquis par le Groupe Savoie, que le promoteur immobilier projette de construire ses Résidences Soleil pour retraités autonomes, confirme Eddy Junior Savoie, président exécutif construction au sein de l'entreprise familiale. 

«Oui, nous avons un projet [pour construire une résidence], a-t-il confirmé à La Presse. Oui, nous avons acheté un terrain pour construire à Repentigny.» 

Il précise toutefois que le projet n'a pas «encore été publicisé [et que] ce n'est pas public». À l'hôtel de ville de Repentigny, la directrice adjointe à l'aménagement du territoire, Vivianne Joyal, dit qu'à ce jour, «aucune demande de permis de construction ou de démolition» n'a été acheminée à la Ville par le propriétaire des lieux. 

Reloger et accompagner 

«Le résultat est le même, résume Monica Lagacé, tout en faisant ses boîtes, on se fait mettre dehors. Dans quelques semaines, ils [les nouveaux propriétaires] vont rentrer avec leur bulldozer et raser les maisons.» Le Groupe Savoie parle plutôt d'une «démarche d'accompagnement [des propriétaires] pour leur relocalisation». 

Une des propriétaires a prévu se faire reloger aux frais du promoteur. «On va déménager ma maison mobile à Saint-Esprit et je vais voir si ça me convient, dit-elle. C'est de valeur de partir d'ici. Je me plaisais avec mes voisins. On avait tout ce qu'il fallait...»

«On se fait mettre dehors. Dans quelques semaines,... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse) - image 2.0

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«On se fait mettre dehors. Dans quelques semaines, ils [les nouveaux propriétaires] vont rentrer avec leur bulldozzer et raser les maisons», indique Monica Lagacé, propriétaire d'une maison mobile rue Notre-Dame, à Repentigny.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

La fin d'une époque 

Chose certaine, la «fermeture» de ce parc de maisons mobiles, qui fait partie du paysage de Repentigny depuis un demi-siècle, marque la fin d'une époque. 

«Ça faisait 40 ans, monsieur, que j'y habitais! Ne me demandez pas si je suis en colère!», s'indigne un des propriétaires, âgé de 79 ans. 

«C'était mon petit coin de paradis. Je passais mes journées sur mon terrain, je parlais à mes voisins. On se connaît tous.»

Il s'est relogé aux Résidences Chartwell, à Lachenaie. «Si vous êtes acheteur de ma maison mobile, elle est à vous pour 4000 piastres!», lance-t-il au journaliste de La Presse, avec une pointe de cynisme. 

Parce qu'il faut comprendre que les maisons du «parc» n'ont pas trouvé preneur. «Il y a des curieux, mais personne n'a envie d'acheter. Ça ne vaut plus rien. Et dire qu'il y a cinq ans, j'aurais pu avoir 89 000 $ pour ma maison», se désole-t-il. Dans l'autre rue du «parc», une femme âgée fait prendre l'air à son caniche, sur sa terrasse. Il fait un temps splendide. Au loin, on peut voir un navire chargé de conteneurs glisser lentement sur les eaux calmes du fleuve. 

Elle devra partir d'ici à la fin de juin, pour respecter l'avis d'éviction des nouveaux propriétaires, dont la date limite est fixée au 30 juin, à minuit. «Avec mon mari, on a passé 16 belles années en face du fleuve, laisse-t-elle tomber. Mais là, je viens de frapper le mur.» Le mot est faible. Il y a moins d'un mois, son partenaire de vie est mort d'un cancer. «Tout m'arrive en même temps, j'ai de la misère à réaliser ce qui m'arrive.» 

La propriétaire d'une maison qui ne vaut plus rien ignorait si elle allait faire déménager sa maison ou se trouver un logement. Elle demeure lucide malgré tout. « On voit bien que les villes n'en veulent plus, des maisons mobiles. Ça ne rapporte pas autant que des condos et des maisons pour retraités », dit-elle.

Bon à savoir sur les maisons mobiles 

Il y a deux principes à retenir L'occupant est généralement propriétaire de sa maison, mais pas de son terrain. Il paye un loyer mensuel au propriétaire du terrain et il verse ses taxes foncière et scolaire. 

De 150 à 300 $: Loyer mensuel à verser au propriétaire du parc de maisons mobiles (pour l'égout, l'eau potable, la cueillette des ordures ménagères). 

100 $: Taxes foncière et scolaire à verser à la municipalité. Certaines municipalités interdisent les maisons mobiles sur leur territoire. 

Une maison mobile, son nom le dit, c'est... mobile. Mais il faut prévoir plusieurs milliers de dollars pour la transporter sur une plateforme, de façon sécuritaire. Il vaut mieux faire partie d'une association de propriétaires pour faire valoir ses droits auprès du propriétaire du parc de maisons mobiles. 

Aucune loi ne protège les maisons mobiles Le propriétaire du terrain peut décider de vendre le terrain et d'en changer la vocation.

Sophie Biron a aimé son expérience dans un... (Photo François Roy, La Presse) - image 3.0

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Sophie Biron a aimé son expérience dans un parc de maisons mobiles en plein coeur de Laval. Elle prévoit acheter un «plex» dans les Laurentides pour investir dans l'immobilier.

Photo François Roy, La Presse

Savoir choisir le bon parc

Sophie Biron ne s'en cache pas: c'est avec «un pincement au coeur» qu'elle va bientôt quitter le parc de maisons mobiles Le Duc, dans le secteur Fabreville, à Laval. 

«Ça fait trois ans que j'y habite, résume-t-elle. Je me suis attachée à cet endroit. J'avais de bons voisins, tout le monde se respectait.» La travailleuse autonome âgée de 57 ans vient de vendre sa maison mobile. «J'en demandais 122 000 $ et l'acheteur, une femme, a payé 117 000 $, souligne-t-elle. Je n'ai pas peur de l'affirmer, c'est une clés en main!» 

Elle a mis cinq jours à trouver preneur pour cette propriété «impeccable». Il faut comprendre que Sophie Biron avait effectué des rénovations dans la cuisine et la salle de bains. 

Un marché différent 

Sa réalité à elle ne reflète pas nécessairement le portrait d'ensemble de tous les propriétaires-vendeurs, vous diront les courtiers immobiliers qui représentent leurs clients dans ce marché marginal. 

«En règle générale, c'est assez difficile à vendre, relève Michael Owen, courtier de l'équipe Grandmont, en Estrie. Les acheteurs hésitent à payer plus de 100 000 $ pour acquérir une maison sur un terrain en location.» 

Il tente justement de vendre une maison mobile située dans le parc Bonneville, à Saint-Élie-d'Orford. «Mon client en demandait 125 000 $, note-t-il. Il va sans doute devoir réduire son prix pour susciter de l'intérêt chez les acheteurs potentiels.» 

D'où l'importance, relève pour sa part la courtière immobilière Jocelyne Vachon, de RE/MAX, de choisir le bon parc, le bon emplacement, quand vient le moment d'acheter. 

«Je vends de 10 à 12 maisons mobiles par année à Fabreville [au parc Le Duc] et il y a là une association de propriétaires bien établie, dit-elle. C'est important d'avoir de bons représentants pour négocier et discuter avec le propriétaire du terrain.» 

Depuis une dizaine d'années, Jocelyne Vachon estime avoir vendu près d'une centaine de maisons mobiles à cet endroit «où, dit-elle, les propriétaires sont comme à la campagne tout en vivant en ville, près des services». 

«Je donne l'heure juste, mes clients me font confiance, ajoute-t-elle. Je suis consciente que c'est un marché différent, et je veux aider les acheteurs à devenir propriétaires, à faible coût, avec un terrain, un potager.» 

«J'entends régulièrement des commentaires du genre: "Une maison mobile, c'est cheap", ou encore: "Ceux qui habitent ces parcs risquent de se faire évincer en tout temps si le propriétaire décide de construire des immeubles sur des fondations."»

Une impression de camping 

Chose certaine, Sophie Biron savait ce qu'elle faisait, il y a trois ans, lorsqu'elle s'est installée dans un parc de maisons mobiles. «J'avais expérimenté ce mode de vie en Floride, en vacances, durant l'hiver, dans un parc regroupant de telles propriétés, et j'avais aimé ça», évoque-t-elle. 

Avant d'acheter à Laval, elle affirme avoir «pris le temps» de faire le tour des parcs de maisons mobiles en périphérie de Montréal. «La qualité était inégale, admet-elle. C'est finalement la verdure et les arbres matures [à Vimont] qui ont pesé dans la balance.» 

«Il y a des préjugés à l'égard des maisons mobiles. On se fait dire: "T'es pauvre! Pourquoi tu vas habiter là-dedans?" Personnellement, j'ai beaucoup aimé le feeling qui fait penser à la vie dans un camping, un style de vie un peu bohème.»

Si elle avait un conseil à donner à des acheteurs, elle leur dirait de vérifier si la maison est de niveau. «Il est important de vérifier l'état de la structure, en métal ou en bois, insiste-t-elle. Il y a des propriétaires de maisons mobiles qui ont effectué des agrandissements de qualité moyenne, qui y ont ajouté des rallonges...»

Ces maisons mobiles sont situées dans le parc... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 4.0

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Ces maisons mobiles sont situées dans le parc Wilson, on en compte une centaine.

Photo Bernard Brault, La Presse

84 900 $ pour un chez-soi pas cher

La pancarte «à vendre» a été plantée devant sa maison mobile de L'Île-Bizard il y a quelques semaines à peine. Prix demandé pour cette propriété «bien entretenue»: 84 900 $. «C'est pas cher pour être chez soi», concède Marjolaine Giraldeau, 72 ans, propriétaire des lieux depuis six ans.

Elle souhaite vendre sa propriété pour aller vivre dans une maison de retraités. Visiblement, elle n'a plus l'énergie et la santé pour s'occuper de sa maison, son petit jardin, ses fleurs.

«Ça me fait de la peine de partir. J'ai de bons voisins, je suis bien mieux qu'à logement! Mais il me faut faire un choix.»

Marjolaine Giraldeau a fait visiter sa maison à des acheteurs qui ont manifesté leur intérêt, mais qui n'ont pas encore fait d'offre d'achat. C'est une question de temps avant qu'une vente se concrétise, avance son courtier Marc Forget, chez Royal LePage. Il travaille «fort» pour favoriser un dénouement heureux pour sa cliente, victime d'un AVC qui l'a diminuée. «On va y arriver, dit-il. C'est un beau coin, il y a l'eau, à côté. C'est tranquille.»

La maison mobile est située dans le parc Wilson, où sont installées une centaine de maisons.

Encore du potentiel

Chose certaine, il y a encore des parcs de maisons mobiles «qui présentent du potentiel», relève, de son côté, le courtier immobilier Éric Lachapelle, chez Via Capitale.

À preuve: il vient d'acheter un parc de 43 maisons à Sorel. «C'était mal géré, je vais m'en occuper convenablement», dit-il.

Il croit néanmoins que les parcs situés près de Montréal sont plus vulnérables, en raison de la valeur élevée des terrains. «Si on s'éloigne un peu des grands centres, c'est moins à risque», dit-il.

Cela peut être interprété comme une nouvelle encourageante pour les locataires du parc qu'il vient d'acquérir.




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