Jean-François Lévêque a tout de suite aimé cette terre, à Saint-Damien-de-Brandon, dans Lanaudière, lorsqu'il l'a parcourue pour la première fois, avec deux amis, il y a plus de 10 ans. Petit détail: le réseau d'Hydro-Québec ne s'étendait pas jusque-là... Mais pour Jean-François, qui pratique le métier d'horticulteur, c'était presque un avantage. «Ça a facilité ma décision d'utiliser l'énergie solaire, confie-t-il. J'aspirais à l'autonomie énergétique.» Les trois camarades ont acheté la terre et l'ont partagée en trois lots.

Carole Thibaudeau LA PRESSE

«L'électrification par Hydro-Québec m'aurait peut-être coûté 40 000$», estime Jean-François, qui a, à ce jour, investi environ 80 000$ en équipements énergétiques: huit panneaux thermiques, 12 unités photovoltaïques (PV) et deux génératrices au propane, une pour la maison et une pour chauffer la serre. «J'ai payé, il y a cinq ans, 5,50$ du watt photovoltaïque, alors qu'il est à 2$ maintenant.»

Une première petite maison, construite en 1999, abrite Raymond, le père de Jean-François. En 2006, Jean-François et Guylaine St-Vincent emménagent, avec quatre de leurs six enfants, dans une seconde maison, de 4000 pieds carrés, incluant une chambre froide de 500 pi. ca., maison qui abrite aussi l'entreprise horticole du couple, les Jardins de l'Écoumène. Outre les deux maisons, les PV alimentent la serre, de 1800 pieds carrés, munie d'une soufflerie et d'un ventilateur.

Couper dans les kilowatts

Assisté par son ami électricien Jean-Guy Marchand, Jean-François a passé en revue tous les appareils électriques de sa demeure. «Nous avons éliminé les accessoires avec élément chauffant, comme le grille-pain, la bouilloire, le four et le poêle électriques, relate-t-il. En été, on fait les rôties sur la cuisinière au gaz naturel et en hiver, sur celle au bois.» Le compresseur de l'un des deux réfrigérateurs a été remplacé par un compresseur de 24 volts, compatible avec le système PV. «Pour conserver le compresseur d'origine (110 volts), il aurait fallu un PV supplémentaire, soit 1000$, à l'époque. J'ai préféré placer le même montant dans la transformation du frigo.»

«L'économie d'énergie, on la pratique maintenant sans y penser, commente Guylaine. Pour une brassée de lavage, on attend qu'il fasse beau. Le linge sèche à l'air libre, comme les cheveux.» La coquetterie

ne perd pas pour autant ses droits: les jeunes filles - Frédérique, 16 ans et Sandrine, 15 ans - se lissent les cheveux au fer plat tous les matins. «Heureusement, c'est beaucoup moins énergivore qu'un séchoir, commente Jean-François.»

On écoute la télévision sur un écran plat aux DEL (diodes électroluminescentes), via l'internet et un Mac mini branché au téléviseur. Les quatre enfants, qui ont maintenant 16, 15, bientôt 12 et 10 ans, sont très sportifs, «donc pas toujours devant la télé», font observer leurs parents.

Huit mois par année, les St-Vincent-Lévêque sont autonomes énergétiquement à 95% (pas besoin de génératrice). Les quatre autres mois, ça varie en fonction de la luminosité.