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Architecture

Au royaume du château

Un des maisons du promoteur Louis XVI, à...

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Un des maisons du promoteur Louis XVI, à Blainville.

Anabelle Nicoud
Collaboration spéciale, La Presse

Fontainebleau, Blois. Le Louvre. Des châteaux. Paris, France? Non: Blainville, Québec. Dans la forêt surplombant cette ville de la banlieue nord, les tourelles, murs de pierre et toits cuivrés ornent les maisons bordant des allées aux noms français. Tourelles, planchers de bois exotiques et petites moulures: «Un style qui ne se démode pas», assure Manon Partenza, directrice des Constructions Louis-XVI, l'un des promoteurs oeuvrant à Blainville. «Les maisons roses et blanches de Montréal ne traversent pas les années. Là, la pierre vieillit bien», estime-t-elle.

les tourelles, murs de pierre et toits cuivrés ornent les maisons bordant des allées aux noms français.

Pour un prix variant de 250 000 $ à un million, les clients des constructions Louis-XVI peuvent s'offrir le «prestige» d'habiter un quartier au «cachet exceptionnel», vante le site Internet de l'entreprise. À Blainville, le centre autour duquel se sont construits les 2500 cottages du Fontainebleau est un golf.

Maisons châteaux ou hôtels châteaux, les constructions néo-féodales ont le vent en poupe au Québec depuis une quinzaine d'années. «Il y a une nostalgie pour une société plus hiérarchisée. Le château projette l'image de la noblesse, comme source de respectabilité», analyse Anne-Marie Broudehoux, professeure d'architecture à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Résidentiel, individuel ou banlieusard, le phénomène des maisons dérivées des châteaux français et construites en série (Repentigny, Blainville, Laval, entre autres) est aussi typiquement montréalais.

«Beaucoup de ces grosses maisons sont construites par des populations immigrantes ou anglophones. Dans l'ouest du pays, les bâtiments achetés par les industriels chinois ont une référence plus directe à la Chine, à l'Inde ou au Pakistan. Ce n'est pas le cas à Montréal, où les gens adhèrent à l'identité française de la ville», fait remarquer Luc Noppen, titulaire de la chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain de l'UQAM.

S'inspirant des grandes maisons bourgeoises américaines, les maisons de style château ont conservé un grand hall avec un escalier, une salle de bal. Dénatalité oblige, on y trouve seulement deux ou trois chambres pour le même nombre de garages. La façade avant ou l'ensemble du bâtiment est recouvert de pierres grises, comme les bâtiments du Vieux-Montréal.

«Souvent, le cube de la maison elle-même est très ordinaire. Alors on travaille sur l'effet monumental en ajoutant des tourelles, des fenêtres arquées, des portes de garage castellisants», décrit M. Noppen.

Autre facteur propice à la propagation des châteaux de banlieue, la bonne santé du marché immobilier. «Certaines personnes se sont rendu compte au début des années 90 que les rendements d'investissements boursiers pouvaient diminuer. Alors, ils se sont rabattus sur un investissement immobilier», explique-t-il.

Et ça marche, dit Manon Partenza. «La valeur des maisons construites quand nous avons débuté, en 1992, a doublé.»

Au tour des hôtels

À l'hôtel Saint-Martin, un quatre étoiles situé à proximité de l'autoroute 15 à Laval, les affaires sont bonnes. Une seconde aile, d'une hauteur de six étages et dotée d'une tour, a ouvert ses portes l'an dernier. Tourelles et pierres sont encore une fois de mise pour donner un cachet authentique à l'hôtel, bâti en 2003 dans une zone commerciale.

Le concept de l'hôtel a été vendu à Bromont et un autre Saint-Martin devrait voir le jour à Pointe-Claire. «Il y a eu trop de grands hôtels impersonnels. Les gens reviennent à un style plus classique», estime Claude Chayer, comptable du Saint-Martin. Peu importe, donc, si la suite a une vue imprenable sur le stationnement du Wal-Mart.

À long terme, le pari est peut-être plus risqué qu'il n'y paraît. «Dans une logique spéculative, il faut que la valeur immobilière soit supérieure à celle du terrain», nuance M. Noppen.

Le legs architectural de ces châteaux inspire également du scepticisme. «Ce ne sont pas des bâtiments faits pour vieillir. Ils ont une vocation économique, c'est tout», croit Luc Noppen. Le paysage urbain pourrait être durablement marqué par ces flamboyantes constructions.

Loin de ralentir le phénomène, les autorités municipales ont souvent tendance à en rajouter une couche. «Ce n'est pas codifié comme étant un style architectural, mais les municipalités participent à sa diffusion» dit Gabriel Rioux, doctorant à l'UQAM.

Volumétrie des bâtiments, types de pentes et de matériaux, des villes telles que Bois-des-Filion ou Blainville adoptent un règlement favorable au style champêtre.

«Il y a une volonté de passer d'un caractère rural à une plus grande notoriété, alors elles cherchent à développer leur image de marque», poursuit-il.

C'est uniforme et concentré sur de petites surfaces? «L'Amérique du Nord a perdu la notion de paysage. Ici, c'est le profit à court terme. Cela ne choque personne; personne ne voit ce paradoxe», se désespère Anne-Marie Broudehoux.




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