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Fléchage de cuisine

France Hervieux fabrique des ceintures fléchées et autres... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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France Hervieux fabrique des ceintures fléchées et autres parures selon la technique ancienne du tressage aux doigts. Les motifs de flèches et d'éclairs sont à l'honneur.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

« La ceinture fléchée ne se fait pas à l'usine, mais dans la cuisine. » Ce sont les mots d'une chanson, se souvient France Hervieux, mais elle n'en connaît pas l'origine et ne peut en dire plus à ce sujet. La chanson, ce n'est pas son rayon. En revanche, cette résidante de L'Assomption peut nous en dire beaucoup sur l'art du fléché.

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France Hervieux s'est initiée au fléché en 1989, dans sa ville natale de L'Assomption, et elle n'a jamais lâché depuis : fabrication, ateliers, expositions, évaluations de ceintures anciennes, elle a tout fait.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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Des ceintures fléchées anciennes avec des motifs de flammes allongées.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Sur la table de cuisine de Mme Hervieux s'étalent des ceintures et autres parures qu'elle a fléchées elle-même. Du tout à la main, fait juste avec les doigts. De longs bouts de laine multicolore qu'on tresse patiemment, fil par fil, motif par motif, selon une technique complexe et ancienne. Et comme si ce n'était pas assez, tous les « deux motifs », il faut démêler tous les brins de laine qui se sont forcément enchevêtrés derrière. « C'est là qu'on perd les gens moins motivés », se désole celle qui a enseigné la technique du fléché.

DES CODES

Il ne faut pas croire qu'on fait une ceinture fléchée comme on tricote un foulard. Le fléché, pour peu qu'on respecte la tradition, est une technique qui a ses codes : la couleur du « coeur », celle des motifs, leur forme dans les « corridors de créativité », la longueur de la ceinture, qui doit faire deux tours de taille, celle des franges qui permettent de terminer le tressage et servent à nouer la ceinture...

La ceinture a tout de même évolué avec le temps, constate Mme Hervieux. « Anciennement, elle était plus courte, n'était tournée qu'une fois autour de la taille. Les hommes s'en servaient pour fermer leur capot. Dans le temps, il y avait moins de boutons sur les vêtements. »

UN ART CANADIEN-FRANÇAIS

La ceinture fléchée est un produit typiquement « canadien-français », et les plus anciennes dateraient de la fin des années 1700. Mais c'est surtout au XIXe siècle que cette pièce d'habillement a connu ses heures de gloire.

Même si on en a fait ailleurs, L'Assomption est considéré comme le berceau de la ceinture fléchée.

Deux marchands de la région, Laurent Leroux et Jacques Lacombe, ont détenu le monopole de la vente de ceintures fléchées avec la Compagnie du Nord-Ouest. En cette époque de traite des fourrures, la ceinture servait aussi à faire du troc avec les Amérindiens. « Ils connaissaient le tressage, mais pas la fabrication de la laine, et ils étaient séduits par les couleurs », indique Mme Hervieux.

Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, la fabrication de la ceinture fléchée a périclité, plombée notamment par la concurrence des ceintures tissées sur métier qui arrivaient d'Angleterre.

DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

La technique artisanale a toutefois survécu, grâce à des artisanes qui l'ont enseignée aux plus jeunes. France Hervieux s'est pour sa part initiée au fléché en 1989, dans sa ville natale de L'Assomption, et elle n'a jamais lâché depuis : fabrication, ateliers, expositions, évaluation de ceintures anciennes, elle a tout fait. Maintenant, à 67 ans, elle affirme avoir ralenti la cadence, mais consacre encore pas mal de temps à sa passion.

Il lui faut 300 heures en moyenne pour faire une ceinture. La ceinture type compte 72 pouces de tressage, et 30 pouces de frange. 

Mme Hervieux fait partie de l'Association des artisans de ceinture fléchée de Lanaudière. Cet organisme regroupe entre 20 et 50 personnes (selon les années), dont la moitié sont des hommes. Mme Hervieux croit que la relève est assurée.

La ceinture fléchée n'est plus guère portée que par le bonhomme Carnaval, les groupes de folklore ou des acteurs dans des films. On la voit plus comme un objet de collection, qu'on expose sur un meuble ou un mur. N'allez surtout pas suggérer à Mme Hervieux que la ceinture fléchée ne sert à rien.

« Et la cravate, à quoi ça sert ? », rétorque la flécheuse.

France Hervieux sait mettre une flèche dans le mille.




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