Un nouvel enfant sans déménagement? On pourrait croire le contraire, mais bien des parents qui font le choix s'en accommodent fort bien. Portrait de deux familles qui vivent ensemble dans pas très grand, tout en gardant des maisons «d'adultes» où les enfants vivent sans souci.

Mis à jour le 13 nov. 2013
Marie-Ève Morasse LA PRESSE

Un chalet en ville

La petite Elie n'avait pas encore 2 ans lorsque Nicole Carmen Godbout et Eric Villeneuve ont appris la nouvelle. Ce n'était pas un, mais bien deux bébés qui allaient bientôt se pointer le bout du nez. De trois, la famille allait passer à cinq membres.

Leur appartement de 1000 pi2 avec une seule chambre fermée allait-il pouvoir héberger tout ce beau monde? «On a peut-être eu une conversation de cinq minutes à ce sujet, se souvient Nicole Carmen Godbout. On s'est dit qu'on allait s'endurer les fesses collées!»

Bien qu'elle ait grandi «dans un champ de patates» du nord du Nouveau-Brunswick, Nicole Carmen Godbout ne rêvait pas de campagne pour ses enfants. «J'ai aimé ma jeunesse, mais je voulais rester en ville. Je voulais que mes enfants voient c'est quoi, avoir des voisins proches, vivre en communauté», dit la mère.

Dans cette maison où la lumière entre à flots et où règne le bois, on se sent davantage en campagne qu'en ville. On comprend alors mieux pourquoi ses propriétaires ne ressentent pas le besoin de s'exiler dans un chalet la fin de semaine. «Éric m'a dit: «Je te fais un chalet à Montréal!» », dit en riant Nicole Carmen Godbout.

Dehors, la ruelle fait office de terrain de jeux pour les enfants. C'est un endroit où les voisins organisent des fêtes de quartier, socialisent pendant que les enfants jouent. Une véritable communauté s'y est tissée.

«Il y a plein de personnes âgées dans la ruelle qui nous disent qu'ils étaient sept ou huit dans leur appartement quand ils ont élevé leurs enfants. De toute manière, les enfants, ils sont souvent collés sur nous...», philosophe la mère. Une inéluctable réalité dont peuvent témoigner bien des parents...

S'organiser... une nécessité

Le haut de duplex, acquis avec des amis, est rangé d'une manière qui ferait rougir les spécialistes de la question dans les émissions de décoration. On n'est pourtant pas chez des maniaques du rangement: c'est l'espace réduit qui a forcé les parents à s'organiser.

Les cinq membres de la famille partagent les deux garde-robes de la maison. Les petites Elie, Eva et June dorment dans la même chambre. Quant aux parents, leur lit est situé en porte-à-faux au-dessus de l'escalier qui mène au rez-de-chaussée. Ainsi placé, il fait également office de bibliothèque. Sous les lits des jumelles, fabriqués par Éric, qui manie avec brio le bois, se cachent également des espaces de rangement.

L'illusion est réussie: lorsque les amis des enfants viennent jouer, il leur arrive de demander où sont les jouets, raconte en riant Nicole Carmen Godbout. «On veut que notre maison reste un endroit d'adultes», dit-elle. Quand les parents sont en désavantage numérique, réussir cela relève de l'exploit!



PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

La plupart des meubles ont été faits sur mesure par le père de la famille, Éric Villeneuve.

Loft story

Lorsqu'on entre chez France Gosselin et Jérôme Thériault, il faut y regarder à deux fois pour deviner la présence d'un enfant. Dans ce loft immaculé vit pourtant la petite Alicia, 2 ans, pour laquelle ses parents ont aménagé un espace sans sacrifier le décor de leur «coup de coeur» trouvé au hasard d'une promenade.

Le loft avait été acheté avant l'arrivée de leur enfant, mais la présence du bébé n'a rien changé au désir des parents de vivre au coeur du Vieux-Montréal, dans un espace ouvert d'environ 900 pi2.

«Des gens nous on dit: "À quoi vous pensez?» On aimait le côté industriel du loft. On ne voyait pas pourquoi on ne pourrait pas avoir d'enfant ici», dit France Gosselin.

Réorganiser un espace pensé pour des célibataires ou des couples a été un défi pour la jeune famille. Au départ, la couchette de la petite était séparée du reste du loft par des boîtes - une solution temporaire -, puis une idée a émergé. Des murs de verre ont été installés pour créer une chambre sans briser la continuité du loft.

En entrant dans la maison le jour, on croirait presque qu'il n'y a pas de séparation. Le soir, des rideaux s'abaissent sur les murs vitrés pour qu'Alicia puisse trouver facilement le sommeil, sans être dérangée par l'activité de ses parents.

Si la petite a son espace privé, les parents dorment sur un lit escamotable. Lorsqu'il est remonté, il découvre un tapis sur lequel Alicia peut jouer pendant la journée.

Au final, la famille partage une grande pièce où chacun peut voir les autres. Cette promiscuité ne dérange pas les habitants. «On cohabite bien tous les trois. On ne ressent pas le besoin d'être dans un autre espace», dit France Gosselin. «Je n'ai pas besoin d'avoir ma pièce isolée, mon men's room», ajoute son conjoint.

Vivre dans une seule pièce comporte des avantages. «Quand ma fille était plus petite, je savais toujours où elle était. Si on fait la cuisine, elle joue dans sa chambre et peut nous voir», dit France Gosselin.

Un loft d'adultes

Pour bien des parents, le tapis en mousse multicolore, les jouets en plastique et la table à langer sont des essentiels quand on a un jeune enfant. Chez France et Jérôme, le tapis de la salle de bains sert aussi à changer des couches et les jouets sont camouflés dans des armoires ou encore s'harmonisent parfaitement au décor. En entrant, on n'a pas l'impression d'être dans une garderie.

L'homme de la famille tient particulièrement à ce que le loft ne s'encombre pas inutilement. «Je veux que ça reste "clean" », dit Jérome Thériault, avant de montrer une petite table de jeu pour Alicia posée dans un coin du salon, au sujet de laquelle sa femme et lui «s'obstinent». «Il veut la mettre dans la chambre d'Alicia», dit France Gosselin.

«Je trouve ça important de rester un couple avec un enfant: l'enfant a son espace, on a notre espace», renchérit son mari. Aux dernières nouvelles, la table trônait toujours dans le salon...



Photo David Boily, La Presse

Les parents dorment sur un lit escamotable qui, lorsqu'il est remonté, découvre un tapis sur lequel Alicia peut jouer pendant la journée.

Consommer moins



Les Godbout-Villeneuve et les Gosselin-Thériault ont une chose en commun: les objets qui entrent dans leur maison sont peu nombreux.

«On ne peut pas accumuler», dit Nicole Carmen Godbout, en précisant que lorsqu'une chose entre dans la maison, une autre doit en sortir.

Le mode de vie de la famille, qui va de concert avec l'esprit communautaire du quartier, facilite cette frugalité. Dans la ruelle, les vélos des enfants s'échangent, tout comme les vêtements, qui ont vécu plus d'une vie. «C'est facile de vivre en ville sans trop dépenser», estime Nicole Carmen Godbout, qui s'imagine mal habiter dans une «grosse cabane» où les travaux ménagers et les objets seraient multipliés d'autant.

Habitués de s'installer hors du pays pour de courtes périodes («On arrive avec deux valises, deux ans plus tard, on repart avec deux valises»), France Gosselin et Jérôme Thériault n'ont pas eu trop de difficulté à s'installer dans leur loft. «Le truc, c'est d'acheter peu de choses. Quelques jouets bien choisis valent mieux que plusieurs mal choisis», souligne Jérôme Thériault.

Les Godbout-Villeneuve et les Gosselin-Thériault ont une chose en commun: les objets qui entrent dans leur maison sont peu nombreux. «On ne peut pas accumuler», dit Nicole Carmen Godbout, en précisant que lorsqu'une chose entre dans la maison, une autre doit en sortir. Le mode de vie de la famille, qui va de concert avec l'esprit communautaire du quartier, facilite cette frugalité. Dans la ruelle, les vélos des enfants s'échangent, tout comme les vêtements, qui ont vécu plus d'une vie. «C'est facile de vivre en ville sans trop dépenser», estime Nicole Carmen Godbout, qui s'imagine mal habiter dans une «grosse cabane» où les travaux ménagers et les objets seraient multipliés d'autant. Habitués de s'installer hors du pays pour de courtes périodes («On arrive avec deux valises, deux ans plus tard, on repart avec deux valises»), France Gosselin et Jérôme Thériault n'ont pas eu trop de difficulté à s'installer dans leur loft. «Le truc, c'est d'acheter peu de choses. Quelques jouets bien choisis valent mieux que plusieurs mal choisis», souligne Jérôme Thériault.