Follement folklorique, la babiche redevient hip. Elle est d'ailleurs «la» vedette de l'exposition Babiche nouvelle, qui se prolonge jusqu'à la mi-avril, chez Commissaires, une boutique-galerie montréalaise vouée au design d'avant-garde.

Mis à jour le 4 avr. 2008
Lucie Lavigne
Lucie Lavigne LA PRESSE

Follement folklorique, la babiche redevient hip. Elle est d'ailleurs «la» vedette de l'exposition Babiche nouvelle, qui se prolonge jusqu'à la mi-avril, chez Commissaires, une boutique-galerie montréalaise vouée au design d'avant-garde.

L'engouement pour ce matériau employé à l'origine par les Amérindiens a été initié par le collectif de designers québécois Samare. Les quatre concepteurs du groupe ont fait sensation en présentant leur première collection chez Commissaires. Leurs meubles sont composés de babiche (partie supérieure de la peau de vache) tressée de façon ancestrale et de métal aux formes épurées.

Le contraste est saisissant. Cette collection vient de quitter la galerie du boulevard Saint-Laurent, car elle sera dévoilée au Salon Satellite, à la foire du meuble de Milan, dès le 16 avril.

Mais il y a d'autres créations en babiche nouveau genre dans la galerie. Sept designers et artistes québécois ont réinterprété chacun à leur façon la chaise en babiche, l'icône avec un grand I du mobilier québécois. Résultat ébouriffant.

«La collection de meubles de Samare m'a donné le goût de poursuivre le travail sur la babiche», explique Pierre Laramée, cofondateur de Commissaires.

Le spécialiste a contacté des designers et des artistes pour, ensuite, leur offrir une chaise dénichée chez un antiquaire. Ils avaient trois semaines pour la réactualiser. L'objectif de Pierre Laramée? «Pousser les limites du design, animer le milieu et susciter des collaborations», résume-t-il. «Ils se sont approprié la chaise en babiche, certains ont même neutralisé son évocation historique, pour mieux l'intégrer à leur démarche créative», dit-il. Les sept pièces uniques s'imposent comme des oeuvres inspirées et farouchement décalées.

«Au départ, ça ne me disait pas grand-chose, mais lorsque j'ai aperçu la chaise, je l'ai trouvée émouvante, car elle était toute petite», confie Sylvie Laliberté. L'artiste montréalaise s'est alors creusé les méninges pour la remodeler.

«Je m'étais déjà questionné sur la fonctionnalité de cette pièce de mobilier, car j'ai déjà réalisé une série de chaises pour une installation au Musée d'art contemporain de Montréal», rappelle l'artiste.

 Cette fois, elle s'est concentrée sur les pattes du meuble traditionnel. «J'avais en tête une photo de mon grand-père en raquettes se rendant au travail», avoue-t-elle.

Par un pur hasard, lors d'une promenade dans le Vieux-Montréal, Sylvie Laliberté s'est arrêtée à la boutique du Musée Pointe-à-Callière. «Avez-vous des raquettes miniatures?» demanda-t-elle.

Réponse: «Bien sûr. Nous en avons plusieurs et toutes sont en vraie babiche», lui répond-on. Parfait! La chaise de Sylvie Laliberté a été vite chaussée de quatre raquettes aux dimensions parfaites! «J'ai ensuite posé la chaise sur la neige pour la photographier», révèle l'artiste en rigolant.

Deux autres chaises revisitées (!) sont signées par des artistes. Il y a celle de François Morelli (dotée d'un rangement en treillis métallique) et celle de Guy Pellerin. Ce maestro de la couleur a peint sa chaise de la couleur du mur. Elle se fond complètement au décor. Sans compter que la connotation folklorique du siège est neutralisée. Quant à l'assise en babiche, elle a été collée au mur, comme un cadre.

Enfin, quatre designers incluant l'atelier Rita, ont participé au projet. Étienne Hotte a remplacé la babiche par de la corde de nylon jaune tissée de manière anarchique. Guillaume Sasseville a minutieusement coupé sa chaise selon la géométrie d'un prisme. Il l'a ensuite couverte de plusieurs couches d'époxy. De son côté, Michel Parent a remplacé la babiche par un enchevêtrement de fils de toutes sortes (électriques, élastiques, etc.).

Les designers de l'atelier Rita (spécialisés en design graphique et d'objets) se sont amusés à «recoudre» un siège de babiche (qu'ils ont eux-mêmes défoncé) avec un ruban adhésif à motifs... de babiche! «L'idée était de créer un ruban qui permettait d'intervenir sous forme de trompe-l'oeil», explique Stéphane Halmaï-Voisard. Avis aux intéressés: ce ruban façon «babiche» sera bientôt mis en vente.

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Commissaires: 5226, boul. Saint-Laurent, (514) 274-4888



 

Photo fournie par Volume2

Sylvie Laliberté a «chaussé» une ancienne chaise en babiche de petites raquettes qu'elle a trouvées à la boutique du Musée Pointe-à-Callière.