Nathalie Morin et Serge Tardif ont choisi de déménager leur atelier d'ébénisterie dans une ancienne caisse populaire de Portneuf. Deux raisons les ont motivés. «Primo, on ne voulait pas déranger les voisins, secundo le fleuve n'est pas loin.»

Lise Fournier LE SOLEIL

Nathalie Morin et Serge Tardif ont choisi de déménager leur atelier d'ébénisterie dans une ancienne caisse populaire de Portneuf. Deux raisons les ont motivés. «Primo, on ne voulait pas déranger les voisins, secundo le fleuve n'est pas loin.»

 Il y a à peine un an, ils habitaient un condo-atelier à Québec. Mais plutôt que de continuer à s'inquiéter du bruit qu'ils faisaient avec la perceuse, la sableuse ou le marteau, ils ont préféré s'éloigner de la ville pour laisser toute la place à leur créativité.

Mais le duo Morin-Tardif n'est pas nouveau venu dans le monde des artisans-ébénistes. Tous deux sont diplômés en design de l'environnement et travaillent ensemble depuis 20 ans. Leurs oeuvres ont été diffusées un peu partout en Amérique du Nord. Et 1996, ils étaient élus designers de l'année à Montréal.

Or, leur union débute dans les années 90. «On s'est connus lors d'un voyage d'études en Europe et on ne s'est plus jamais quittés, raconte Serge Tardif en entrevue. Au début de notre association, nous avons tout de suite opté pour le bois parce que ça allait de soi, dit-il. C'était un matériau que nous aimions tous les deux.»

D'ailleurs, leurs collections d'articles de cuisine et d'objets décoratifs témoignent de cet amour pour le grain et les harmonies que procure le bois. D'allure très contemporaine, les sous-plats, les cuillères à salade, les anneaux pour serviettes de tables, les cache-pots et autres, qu'ils soient d'érable, de cerisier ou de noyer, se démarquent par la fluidité du de-sign, la souplesse, la légèreté.

«Fluides, mais en même temps très résistants», tient à préciser Nathalie, car les couches superposées de laminés une fois moulées par leur soin sont quasi indestructibles. Or, ces sous-plats ouvragés qui ont l'air aériens peuvent facilement supporter une centaine de livres sans aucun problème, avance Nathalie. «Ce qui n'est pas le cas des imitations made in China», dit-elle.

Arrivée des chinois

Pour eux, l'arrivée des Chinois dans le marché au tournant des années 90 a eu un effet dévastateur. «En offrant des copies de créations artisanales à prix réduits, la Chine a fait reculer les acheteurs internationaux qui nous passaient des commandes. Comme beaucoup d'autres, ils ont fini par s'approvisionner d'«objets Dollarama» plutôt que de créations originales», expliquent-ils.

«Toutefois, on sent un retour du balancier, poursuit Nathalie. Les consommateurs prennent conscience du travail des artisans, du temps qu'il faut pour mettre en forme une idée et pour la peaufiner. Plusieurs sont même prêts à payer un peu plus cher pour encourager la création locale.» Et, dans le même temps, on observe une tendance environnementale qui dénonce le fait que des objets fassent le tour de la planète avant d'aboutir sur nos tablettes.

Malgré les hauts et les bas d'être des créateurs, Nathalie et Serge affirment qu'ils n'exerceraient aucun autre métier. «Même si on gagnait le million, dit Nathalie, on continuerait de faire ce qu'on fait». Mais tous deux avouent qu'ils se consacreraient davantage à la sculpture. Une avenue qu'ils gardent en réserve pour le jour où ils auront moins besoin de mettre du beurre sur leur pain.

Par contre, les deux artisans ont l'intention de marquer le 20e anniversaire de leur association par une oeuvre spéciale. «L'idée est là. Il ne reste qu'à la concrétiser», mentionnent-ils. La sortie est prévue à l'automne. Mais entre-temps, on les retrouvera au salon des artisans Plein Art de Québec qui, cette année, se tiendra à la Place du 400e, du 4 au 16 août. Site Internet : www.morintardif.com

 

Photo: Jocelyn Bernier, Le Soleil