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Quand les couteaux deviennent des sculptures

Chantal Gilbert devant L'Ère du Chaos.... (Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil)

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Chantal Gilbert devant L'Ère du Chaos.

Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil

Une Soirée chez Triton, un couteau-sculpture fait d'acier,... (Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil) - image 1.0

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<i>Une Soirée chez Triton</i>, un couteau-sculpture fait d'acier, d'une chaîne, de cuivre «tricoté» et de perles, ces dernières derrière l'oeuvre.

Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil

La joaillière et coutelière d'art Chantal Gilbert présente au Centre Matéria une exposition dont le nom, <i>Points de rupture</i>, révèle un changement majeur dans sa production artistique: elle ne fera plus de petits couteaux. Place aux sculptures maintenant!

Matéria nous offre le privilège d'une rencontre avec cette artiste de Québec dont la dernière exposition solo en ville remontait à l'an 2000, à la Galerie Madeleine Lacerte. D'entrée de jeu, Chantal Gilbert confie que Points de rupture constitue «un tournant» pour elle.

Elle prépare cette exposition depuis trois années, «dont deux intensives». Elle nous gratifie d'une vingtaine d'oeuvres, plus imposantes, certes, que les couteaux auxquels elle nous avait habitués, mais encore imprégnées de ce qui l'habite: l'éveil de la mémoire, l'humain par rapport à la matière.

 Au Centre Matéria, ses créations ont été «mises en espace» par la designer Danièle Lessard, une complice de toujours. «À la maison ou en galerie, le mise en scène d'une oeuvre d'art est primordiale», affirme-t-elle. Ça débute avec un éclairage réfléchi. «Il faut aussi jouer avec les pleins et les vides dans l'espace», poursuit Mme Lessard, qui a déposé quelques sculptures sur des plaques de métal passées à l'acide tannique.

Les couteaux de Chantal Gilbert ont fait place à des faux, des lances, des haches, des flèches, des coupe-gorge, des lames, qu'elle tire du métal, du bois, de la fourrure et de matériaux rares, tels les dents de morse et de loup, l'ivoire de mammouth, les cornes noires de zébu, les plumes de coq de sonerat, les vertèbres de serpent. Brigitte Bardot en ferait une syncope.

Devoir de mémoire

«Ce sont des choses qu'on me donne, précise Chantal Gilbert. Et honnêtement, je me trouve plus utile de les immortaliser sur une oeuvre d'art. C'est pour moi un devoir de mémoire.»

L'homme, l'outil et le contrôle de la matière : voilà ce qui l'anime. Elle qui passe sa vie à explorer les multiples facettes de la matière, n'a de cesse de se tourner vers le passé et de s'émerveiller de ces «gens qui arrivaient à survivre avec rien». Les pratiques ancestrales émergent de chacune de ses oeuvres, mais Chantal Gilbert les enrichit de poésie et de raffinement.

 Ainsi, l'ancre d'acier d'Une Soirée chez Triton, est enveloppée d'un tricot de cuivre. «Trois semaines avant l'exposition, je n'avais pas encore fini mon tricot», raconte-t-elle. À l'arrière de l'oeuvre, des perles témoignent de son passé de joaillière. Toute la dualité de l'artiste s'exprime dans cette ancre piquée d'éléments féminins.

Avec L'Ère du chaos, Chantal Gilbert a créé une «arme sans manche» qui représente «tout le contraire de la fonctionnalité». Il y a «quelque chose de désamorcé», dit-elle, dans cette lame d'acier évanescente dont les fils de bronze en font un objet inutilisable. «En la faisant, je pensais à l'Irak et à l'illogisme du chaos», confie-t-elle.

L'artiste n'a pas tourné le dos à jamais aux couteaux qui lui ont valu sa renommée internationale. «Une collectionneuse américaine m'a commandé 12 couteaux de table, tous différents les uns des autres», glisse-t-elle. Guy Laliberté, le grand patron du Cirque du Soleil, fait aussi partie des privilégiés inscrits à son carnet de commandes.

Bijoux-couteaux

En 2006, au Salon de la coutellerie d'art de Paris, elle a fait écarquiller bien des yeux avec ses bijoux-couteaux. Il s'agit de petites lames et de menues dagues enfermées dans des fourreaux qu'on porte au cou comme des pendentifs. «C'est toujours pratique d'avoir un petit couteau sous la main», mentionne-t-elle.

Chantal Gilbert avait l'habitude de tout faire de A à Z dans son atelier du quartier Saint-Roch. Mais pour cette exposition, elle a atteint ses limites. Elle a donc fait appel à de nombreux artisans. Le forgeron Denis LeBel lui a forgé deux lames pour la pièce Lignes de vie, ainsi qu'une armature de métal pour L'Étranger. Elle a aussi fait couler du bronze à Inverness.

Matéria La Boutique

Plusieurs couteliers d'art exposent et vendent des oeuvres uniques ou de petites séries chez Matéria La Boutique, adjacente à la galerie. Les visiteurs souriront devant les cuillers-couteaux et les ustensiles volants de Bernard-Alexandre Beullac. Ils seront tentés par les couteaux de chasse et de cuisine de Dave Fortin, par les coupe-papier de Michel-Alain Forgues ou de Marie-Christine Frigault, par les canifs de Patrick Beaudry, par les bijoux de Robert Langlois et les couteaux de Chantal Gilbert.

Matéria songe à inviter des chefs de Québec, histoire de les mettre en contact avec ces couteaux pas banals.

____________________L'exposition Points de rupture se terminera le 27 mai. Le Centre Matéria est situé au 395, boulevard Charest Est, à Québec. Il est ouvert du mercredi au dimanche, de 12h à 17h.




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