Au lieu de se demander ce qu’on veut avoir POUR sa maison, on devrait plutôt se questionner sur ce qu’on attend DE sa maison, estime l’organisateur professionnel Peter Walsh. Entrevue avec le « gourou du désencombrement », qui partage sa vision de l’organisation et offre ses deux grands conseils.

Publié le 16 mars
Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

L’histoire contemporaine de l’organisation a commencé vers la fin des années 1970. Les premières organisatrices étaient des femmes bien nanties, avec du temps libre, qui se sont mises à aider leurs amies à organiser leurs choses (toujours plus nombreuses) dans leurs maisons (toujours plus grandes). Au milieu des années 1980, à Los Angeles, ces femmes ont formé une association, faisant de l’organisation une profession.

Peter Walsh est arrivé dans le portrait au début des années 2000, « par accident ». Des amis produisaient pour le réseau TLC une nouvelle émission de télévision intitulée Clean Sweep. Le concept : un organisateur, un designer et un charpentier se présentent chez un participant pour organiser une ou deux pièces de la maison, souvent dans un fouillis total.

L’Australo-Américain n’avait rien à voir avec l’organisation. Il venait de liquider une corporation qui aidait les entreprises à opérer des changements structurels et culturels. « Des amis m’ont dit : “Tu as un accent, et les Américains aiment les accents parce que ça donne 10 points de QI de plus” », raconte Peter Walsh dans une entrevue en visioconférence avec La Presse.

Peter Walsh a obtenu le poste. Et celui qui a des études en psychologie de l’enfance a décidé de faire les choses autrement. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas la mécanique de l’organisation, mais plutôt le côté psychologique.

Au tout premier épisode, il y avait une femme et son mari qui avaient deux adolescents. Dans la chambre principale, la femme conservait chaque vêtement de bébé que ses enfants avaient portés. Et nous devions construire un mur d’étagères et de tiroirs dans le garage pour entreposer tout ça… Je trouvais ça ridicule.

Peter Walsh

Alors que le charpentier commençait son travail, Peter Walsh a posé une question à la femme. « Pensez-vous que vos meilleurs souvenirs avec vos enfants sont devant ou derrière vous ? » En larmes, elle lui a confié qu’elle ne s’était jamais sentie aussi utile que lorsque ses enfants étaient petits. Après avoir mis le doigt sur le bobo, elle a été en mesure d’offrir les vêtements à une voisine et à un hôpital pour enfants (et à donner un bon spectacle aux téléspectateurs !).

« La plupart des gens se concentrent sur la question : que veux-tu POUR ta maison ? Un divan, une nouvelle couleur sur les murs, un nouveau plancher, relate Peter Walsh. Moi, je pense qu’on devrait plutôt se demander ceci : qu’attends-tu DE ta maison ? » Si on rêve d’une chambre à coucher intime, relaxante, sexy, des vêtements de bébé, des jouets des enfants ou un bureau n’y ont pas leur place, point final.

Et oui, convient-il, cela implique une réduction du matériel.

« Nous vivons dans des espaces que nous n’honorons pas et que nous ne respectons pas. On remplit nos garde-robes, nos bibliothèques. Nous surchargeons la capacité physique de nos pièces », déplore Peter Walsh, qui a écrit plusieurs ouvrages sur l’organisation (dont It’s All Too Much, Lose the Clutter, Lose the Weight et Let It Go) et qui a aussi animé une émission sur l’accumulation compulsive au début des années 2010 sur le Oprah Winfrey Network.

Selon lui, l’organisation se doit de contribuer à la décroissance. « Si on aide les gens à organiser joliment du matériel d’art qu’ils n’utiliseront jamais dans des boîtes de plastique, nous faisons partie du problème », plaide-t-il.

Rangez-le… maintenant

Peter Walsh a deux conseils à offrir pour ceux qui veulent rester organisés. « Le premier, c’est d’arrêter de dire les mots “plus tard”. Je vais le ranger plus tard. Je vais remplir le lave-vaisselle plus tard, illustre-t-il. Et la deuxième chose, c’est : “ne le déposez pas ; rangez-le”. »

Où puiser ce contrôle interne ? Souvent, les choses redeviennent en désordre au fil des jours, fait valoir l’auteure de ces lignes, partageant ses propres difficultés en matière d’organisation.

Vous arrêtez d’être paresseuse. Si vous ne créez pas la maison que vous voulez, qui va le faire ?

Peter Walsh

Est-ce possible que ce ne soit pas important, pour quelqu’un, de vivre dans une maison organisée ? Peter Walsh signale à l’auteure de ces lignes la présence d’un tableau de liège surchargé de papiers et de factures, qu’il peut entrevoir à l’écran. « Si vous êtes heureuse avec ça, je ne vous jugerai pas. Je ne juge jamais personne. Ce n’est pas à moi de vous dire comment vivre. »

« Vous savez, poursuit-il, quand je vous ai dit d’arrêter d’être paresseuse, ou de ranger les choses plutôt que de les déposer, je ne suis pas contre vous : je suis de votre côté. Je plaide votre cause. Et si vous voulez changer, vous devez vous battre pour ce changement. Pourquoi votre vie ne vaudrait-elle pas cet effort ? N’êtes-vous pas assez importante ? »

« Avec les enfants, lui fait-on valoir comme dernière échappatoire, ce n’est pas toujours évident… Non ? » « On trouve le temps pour ce qu’on trouve important », conclut Peter Walsh, sourire en coin, l’air d’un gars qui en a vu d’autres.

Une question de motivation

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Kim Lavoie, psychologue

Certaines personnes sont des maniaques de rangement, d’autres vivent dans des endroits bordéliques. Selon la psychologue Kim Lavoie, qui étudie les changements de comportement en santé, tout dépend de l’importance qu’on accorde au fait de vivre dans un environnement organisé. Quelqu’un qui se sent inconfortable avec le désordre aura la motivation de ranger. Les autres ne l’auront pas. « Il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises postures », dit-elle.

Il arrive cependant qu’une personne désorganisée frappe un mur et décide de changer. Auquel cas il ne suffit pas de ranger, estime Kim Lavoie : il faut développer un système d’organisation pour faciliter le maintien de l’ordre à long terme. « Et quand vous êtes sur le bord de laisser traîner quelque chose par terre, prenez le réflexe de vous demander comment vous êtes en train de vous parler. Votre petite voix intérieure va dire : “ce n’est pas grave”, ou “je n’ai pas le temps”. » Pour renforcer la motivation, dit-elle, on peut identifier comment sa vie serait meilleure en changeant.

L’autre solution, poursuit Kim Lavoie, c’est de changer la façon de s’évaluer. « Si ça ne vous dérange pas tant que ça et que ça ne dérange pas votre conjoint non plus, pouvez-vous lâcher prise et l’accepter ? »