En deux ans, la boutique Cœur d’artichaut est devenue l’une des adresses de décoration préférées des Montréalais. Ce succès doit beaucoup aux découvertes, aux rencontres, mais aussi à la vie multiculturelle de sa propriétaire, Elisheva San Nicolas. Son condo, à quelques pas de là, lui sert de terrain d’expérimentation de styles. Rencontre.

Muriel Françoise Muriel Françoise
Collaboration spéciale

Quelle idée vous a amenée à ouvrir la boutique Cœur d’artichaut ?

J’avais envie d’ouvrir une boutique depuis l’âge de 15 ans, mais je ne savais ni quand ni où je le ferais. C’est pendant le congé de maternité à la naissance de ma fille, alors que je travaillais dans les ressources humaines, que j’ai eu l’occasion de réfléchir à ce que je voulais vraiment faire dans la vie. Guillaume, mon mari, m’a rappelé que je lui avais parlé de ce désir d’ouvrir une boutique, de créer un univers qui représenterait mes goûts, ce qui m’a marquée dans ma jeunesse passée dans plusieurs pays, mes multiples voyages, et que je ne trouvais pas à Montréal. J’avais envie d’amener un choix plus personnel dans l’offre d’articles influencée par différentes cultures, rencontres et divers styles, même s’il y a manifestement une inspiration européenne à la boutique.

Justement, vous avez notamment grandi au Mexique et en Grande-Bretagne. En quoi votre parcours international se retrouve-t-il dans la sélection des articles ?

En tout, 98 % des produits de la boutique sont des importations privées. Elles proviennent de mes voyages et de ma visite annuelle au salon Maison et Objet, à Paris, qui regroupe différents fournisseurs européens. Il m’arrive aussi de prendre contact avec des artisans avec lesquels je voudrais travailler directement. On part souvent de très loin. Il faut par exemple adapter une lampe pour qu’elle réponde aux normes électriques d’Amérique du Nord. Et ces importations sont souvent des premières au Canada. La sélection vient de ma veille sur Instagram, Pinterest, de ce qui m’interpelle quand je regarde un magazine, un film… Je suis toujours attentive aux décors. J’essaie de voir comment on pourrait obtenir ces objets ou des objets similaires en boutique.

Quelles sont les tendances que vous avez amenées à Montréal ?

Il y a deux ans, on a ouvert la boutique avec la tendance de l’osier, notamment des lampes, déjà très présente en Europe. On a très vite noté un intérêt de la clientèle qui nous a amenés à lancer une collection maison avec des tressages différents pour répondre à la demande. J’essaie d’anticiper la nouvelle tendance, mais toujours avec un souci d’intemporalité. Je veux que les choses puissent se combiner avec ce que les gens ont déjà chez eux et qu’elles durent longtemps.

Aussi, au début, j’avais des draps en lin à la maison, mais je n’étais pas sûre de les mettre en boutique. Je me demandais s’ils allaient plaire au Québec, alors qu’ils étaient populaires en Europe. Au Québec, on connaissait juste la nappe pour les occasions spéciales, comme Noël. Lors de l’ouverture de la boutique, j’avais quatre couleurs et trois tailles sur une petite table. À la fin de la semaine, je n’avais plus rien.

Ses trois bonnes idées déco

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Une peinture terracotta, en rappel des briques d’origine, a été choisie pour l’un des murs.

Mur terracotta

Le séjour du rez-de-chaussée de la maison où vivent Elisheva, son mari, Guillaume, et leur fille, Scarlett, comptait auparavant un mur rond qui prenait beaucoup de place. Il a été avantageusement remplacé par un mur droit avec un bandeau de fenêtre. Un coin bureau-bibliothèque-salle de jeux a été installé à l’arrière. Une peinture terracotta, en rappel des briques d’origine, a été choisie pour l’un des murs. Cette nuance habille l’espace en estompant le côté « placard » de l’alcôve.

Suspensions de chevet en osier

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les deux élégantes suspensions en osier de la marque Gharyan, dessinées par Elisheva

On retrouve un peu partout meubles, chaises, tapis, coussins, paniers et lampes en fibres naturelles. La petite chambre d’Elisheva et de Guillaume a conservé son mur de briques brutes, ce qui donne un côté industriel à la pièce. Celui-ci est adouci grâce à deux élégantes suspensions en osier de la marque Gharyan, dessinées par Elisheva, ainsi qu’à des tabourets en bois, en métal et en corde de papier, nés d’une collaboration entre Cœur d’artichaut et l’artisan montréalais MDT mobilier, qui servent de tables de nuit.

Palette du sud

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Le rose bonbon a été banni et remplacé par une palette douce aux nuances terracotta, ocre et sauge.

La chambre de Scarlett, 4 ans, a été aménagée dans l’ancien coin cuisine du condo, qui dispose aujourd’hui d’une grande cuisine centrale ouverte. Elisheva a créé pour sa fille un univers pourvu d’espace pour jouer. Le rose bonbon a été banni des lieux, et remplacé par une palette douce aux nuances terracotta, ocre et sauge. Le voilage de fenêtre et le linge de lit en lin, l’une des spécialités de Cœur d’artichaut, contribuent à envelopper la pièce de douceur.