Les préjugés sont tenaces. Mais le papier peint gagne du terrain. Facile à installer et surtout à enlever, il se taille une place de plus en plus grande dans les intérieurs, un mur à la fois.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Dans les années 80 et 90, les gens tapissaient les quatre murs, se rappelle Anais Tenkerian, directrice des ventes chez Empire papier peint, à Montréal. On remarque depuis quelques années le retour des murales et des grands dessins, sur un mur d’accent dans les pièces. Cela a plus d’impact. »

L’avènement des petits appartements de 500 pi2 fait des merveilles pour l’industrie du papier peint, souligne pour sa part Patrick Pepin, photographe, retoucheur photo et technicien en informatique, qui a fondé l’entreprise NumérArt il y a une dizaine d’années, dans le Vieux-Montréal.

PHOTO FOURNIE PAR NUMÉRART

Le papier peint imitant le béton, créé par NumérArt, réchauffe instantanément l’atmosphère.

« Un mur couvert de faux métal oxydé ou de faux béton, qui ressemble à s’y méprendre à du vrai, met un peu d’âme dans le décor sans que cela coûte cher, dit-il, surpris de l’attrait qu’exerce encore le motif de la brique blanche. Les rouleaux, offerts dans la boutique Espace Pepin Maison — qui appartient à sa sœur Lysanne Pepin — et dans les magasins Simons, s’envolent. Sur le site internet de NumérArt, le volet résidentiel WYNIL (Wall You Need Is Love), pour l’instant uniquement en anglais, prend de l’expansion.

Parallèlement, il note que de plus en plus de consommateurs recherchent du papier plus raffiné que celui standard et désirent des produits sur mesure, sélectionnant la photo et la texture.

Il y a deux clientèles différentes. Ceux qui optent pour une murale originale sur mesure ont des notions de décoration et n’ont pas peur de mettre quelque chose de différent dans une pièce. D’autres préfèrent ne pas prendre de grande décision. Ce qu’ils choisissent ne peut pas être laid et rendra leur intérieur chaleureux.

Patrick Pepin

PHOTO FOURNIE PAR NUMÉRART

Un mur couvert de faux métal oxydé, qui ressemble à s’y méprendre à du vrai, met un peu d’âme dans le décor sans que cela coûte cher, fait remarquer Patrick Pepin, fondateur de NumérArt.

Il y a 10 ans, C&M Textiles ne vendait pas de papier peint. « On a maintenant plus de 500 catalogues, révèle Jonathan Auger, copropriétaire avec ses cousins Mathieu et David Auger des boutiques à Laval, au Quartier DIX30 et à Ottawa. Son père Peter Auger et son oncle Andrew Auger sont tous deux propriétaires du siège social, établi rue Saint-Hubert, à Montréal, depuis 1959.

« Après les tissus et les rideaux, le papier peint est notre troisième catégorie de produits en ordre d’importance, révèle-t-il. Les consommateurs et les designers veulent choisir au même endroit les rideaux et le papier peint. Ils vont être plus conservateurs dans le choix de meubles et de rideaux, à cause du coût, mais ils vont oser davantage avec le papier peint, pour ajouter un peu de punch. Les feuilles, les fleurs, les motifs géométriques et les motifs tropicaux sont populaires. »

Défi créatif

Manon Leblanc s’est intéressée aux papiers peints en faisant des émissions de télé. Le rythme effréné des rénovations l’a amenée à se tourner vers ce type de décoration murale. « J’ai développé des trucs pour créer des effets “wow” instantanés dans des pièces, précise-t-elle. Je n’avais pas le temps d’attendre trois semaines pour une commande. Je regardais dans les inventaires, et cela ne me plaisait pas tant que ça. J’ai décidé de faire mes modèles. J’ai fait mes devoirs. Je suis allée voir des imprimeurs, j’ai découvert les différentes qualités de papier et j’ai pris une décision commerciale, par rapport à ce que je voulais avoir comme qualité. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Après avoir déménagé, Manon Leblanc a personnalisé sa salle de bains en installant du papier peint fleuri, portant le nom d’Aquarelle claire, assorti à ce qui s’y trouvait déjà.

L’artiste peintre, qui a une formation en peinture et en sculpture, a suivi des cours pour tirer profit de la technologie numérique. « J’ai appris à peindre sur un ordinateur, à donner des coups de pinceau avec une souris, explique-t-elle. Je veux pouvoir m’exprimer de plus en plus dans le papier peint et aller de plus en plus loin, pour être originale. Je m’amuse. J’ai trouvé quelque chose qui me plaît. »

Pour elle, il s’agit en quelque sorte d’un retour aux sources. Elle s’est fait remarquer au début de sa carrière en tant qu’artiste décoratrice, pendant l’énorme vague des faux-finis.

C’est la suite logique du passé. Le papier peint est une solution design intéressante pour créer une belle ambiance sans que cela coûte très cher.

Manon Leblanc

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Afin de répondre à la demande pour des papiers peints destinés à une clientèle masculine, Manon Leblanc a conçu le modèle intitulé Nuit de Barbade. Travaillé graphiquement, celui-ci est offert en trois couleurs.

« J’achète une image, je change la couleur, je la traite jusqu’à ce qu’elle devienne quelque chose de différent. Cela devient ma version, ma vision », explique-t-elle.

Les bandes de papier peint mesurent de 30 à 48 pouces de largeur afin d’avoir le moins de joints possible. Plusieurs modèles sont de type intissé, assez épais et rigides pour être retirés aisément. Résistants à l’humidité, ils peuvent être posés dans une salle de bains ou une cuisine.

Habiller autrement

La designer d’intérieur Emilie Cerretti s’immisce à son tour dans l’univers du papier peint. Elle vient de lancer sa propre collection, créée avec une graphiste.

« Les gens se demandent souvent ce qu’ils vont mettre sur tel mur, explique-t-elle. Appliqueront-ils une couleur foncée ou installeront-ils des lattes de bois ? Quand on met une murale, on fait la déco de la pièce au complet. Avec des motifs un peu surdimensionnés, on crée un impact visuel important. On n’a pas besoin d’ajouter autre chose sur les autres murs. »

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Adorant les pivoines, Emilie Cerretti affectionne particulièrement ce modèle de papier peint d’un riche ton d’émeraude, une couleur très actuelle.

Tout est dans le dosage, fait-elle remarquer. « Dans une chambre de bébé, on aime cela, avoir un mur tape-à-l’œil. On a travaillé différentes sortes de fleurs. C’est une question de goût personnel. Le reste du décor peut être assez épuré. »

Il faut oser en mettre dans de petites pièces, comme une salle de lavage ou une salle d’eau, conseille-t-elle.

Consultez le site de Manon Leblanc : https://manonleblancboutique.com

Consultez le site de la boutique Murale : https://emiliecerretti.com/boutique

Consultez le site de WYNIL (en anglais) : https://wynil.com