(New York) Avec leurs créations précieuses, brutes ou audacieuses, les designers québécois s’exposaient à la New York Design Week, qui vient de prendre fin. Nous les avons suivis, des jardins suspendus de Brooklyn aux salons feutrés de Manhattan.

Muriel Françoise Muriel Françoise
Collaboration spéciale

New York — Dans l’élégante galerie Roll & Hill, à SoHo, de gigantesques arcs lumineux redessinent l’espace. Les luminaires Pole du designer d’origine montréalaise Philippe Malouin, flexibles grâce à une structure en aluminium et à la technologie LED, se courbent pour mieux habiter les lieux et diffuser la lumière de façon inédite. À quelques pas de là, dans le quartier TriBeCa, Montauk Sofa, qui partage depuis 2018 l’enseigne avec le fabricant de luminaires Lambert & fils, met de l’avant son nouveau lit Jane aux coussins de tête moelleux. Le confort et les lignes des fauteuils fabriqués à Montréal séduisent l’exigeante clientèle new-yorkaise, des lofts industriels de Manhattan aux brownstones de Brooklyn.

Design féminin

Le design québécois, quasiment absent de la scène internationale jusqu’il y a peu, compte aujourd’hui plusieurs talents qui le hissent à la une des magazines de décoration les plus pointus. La marque Gabriel Scott, créée par les architectes Gabriel Kakon et Scott Richler en 2012, autre exemple de réussite montréalaise, a, elle, choisi d’ouvrir un espace d’exposition directement à Manhattan, il y a cinq ans. Ses luminaires raffinés en verre soufflé lui ont permis de percer le juteux marché américain.

Pour la semaine du design new-yorkaise, les designers ont conçu la collection de mobilier Boudoir aux lignes très féminines. Le lit de jour, installé dans leur vitrine, rappelle les méridiennes récamiers des salons littéraires français du début du XIXe siècle. « Cette collection est une façon de marier les références du Vieux Monde et l’esthétique contemporaine », explique Gabriel Kakon. Les pieds sont ainsi en acier peint en noir et en laiton. Cette assise langoureuse, combinable avec des chaises longues, fauteuils, banquettes et ottomans, encourage un ameublement libéré de l’imagerie classique.

PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL SCOTT

La collection Boudoir de Gabriel Scott. Le lit de jour est offert à environ 10 700 $.

Matière première

Dans d’anciens entrepôts proches de l’eau, 10 talents québécois, réunis avec le soutien du gouvernement du Québec, exposaient leurs dernières créations au salon WantedDesign Manhattan. Les designers Nicholas Sangaré et Lambert Rainville ont choisi d’y lancer leur tabouret en frêne massif Biau issu du projet de design d’intérieur du nouveau restaurant montréalais Bibiko. Le siège, dont les courbures mettent en valeur les veines du bois, peut s’installer seul ou côte à côte pour former un banc. Comme pour Appareil atelier, la jeune marque de mobilier de la firme Appareil architecture, qui présentait une table d’appoint Heta en marbre et acier résultant d’un travail subtil d’asymétrie, la matière première détermine l’objet. « Je pense que le design québécois se développe à travers la matérialité », explique la designer Justine Dumas. 

PHOTO FOURNIE PAR RAINVILLE-SANGARÉ

Tabouret Biau de Rainville-Sangaré.

Le design québécois, en pleine émergence ces cinq dernières années, compte parmi ceux que les fondatrices de WantedDesign, Odile Hainaut et Claire Pijoulat, dénicheuses de talents, suivent de près. « Nous avons découvert le design québécois en 2010 au cours d’un voyage au Québec, explique Claire Pijoulat. C’était un peu une révélation, car les Québécois étaient tellement discrets sur la scène du design nord-américaine que je n’avais jamais réalisé à quel point le design imprégnait leur culture », poursuit-elle.

PHOTO FOURNIE PAR APPAREIL ATELIER

Table en marbre Heta d’Appareil atelier, 799 $

Objets métissés

La semaine du design new-yorkaise est aussi le moment où la communauté du design québécoise se rassemble et tisse des liens avec des créateurs d’autres horizons. C’est le cas de Zoë Mowat qui exposait cette année les bols de marbre Quarry de la marque Origin nés d’un atelier au Portugal avec des designers internationaux et des artisans locaux. « J’ai voulu mettre en lumière la production portugaise du marbre et la façon dont celui-ci se forme par strates avec le temps en associant trois nuances », détaille la designer. On la retrouvait par ailleurs à la quatrième exposition Furnishing Utopia, qui sonde le design américain, dans l’espace d’exposition de la légendaire marque Herman Miller. 

PHOTO FOURNIE PAR ORIGIN

Bols Quarry de Zoë Mowat, Origin.

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