« J’ai une demande spéciale à faire : je cherche des bas dépareillés pour faire des tawashis. » Publiée dans un groupe de quartier sur Facebook, cette petite annonce était intrigante. Quelqu’un collecte des chaussettes de seconde main (de second pied ?) pour faire quoi ?

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Des tawashis, soit des lavettes tissées d’inspiration japonaise qui remplacent les éponges synthétiques. « Ce n’est vraiment pas compliqué à faire, assure Geneviève Griffin, la jeune femme derrière l’annonce. Ça prend seulement une planche de bois, des gros clous, des vieux bas et des ciseaux. »

Armée de chaussettes trouées, La Presse s’est initiée aux tawashis avec Geneviève Griffin et son amie Camille Robidoux-Daigneault – deux jeunes femmes inspirées par Béa Johnson, Californienne dont la famille produit moins de 1 litre de déchets par année.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le tissage commence ici : on fixe une bandelette à un des clous restant et on la passe au-dessus et au-dessous des bandelettes présentes, jusqu’au clou en face.

Il faut d’abord fabriquer un métier à tisser en bois, puis couper des bandelettes de tissu dans des chaussettes, des manches de chandail ou des jambes de leggings. Il suffit ensuite de tisser les bandelettes pour obtenir, en quelques minutes à peine, un tawashi. « C’est un bon bricolage à faire avec des enfants ou des adolescents », fait valoir Geneviève Griffin.

Plus joli

Le résultat est plus joli quand on utilise deux tissus de couleurs contrastées. « Même si c’est un objet de revalorisation, c’est toujours plus le fun quand c’est mignon », observe Camille Robidoux-Daigneault.

Florence-Léa Siry, du site internet Chic frigo sans fric, a des tawashis un peu partout chez elle. Elle s’en sert pour laver la vaisselle, nettoyer la salle de bains, même comme… sous-verre et sous-plat.« J’ai acheté un métier à tawashi fait par l’artisane Clara Clémentine, mais il est très facile d’en faire un soi-même », assure-t-elle. Dans son livre La consommation dont vous êtes le z’héros – Petit guide pratique pour s’initier au mode de vie zéro déchet, la spécialiste de l’antigaspillage explique en détail l’art du tawashi.

Nid à bactéries

Les tawashis, qu’il faut impérativement faire sécher par suspension entre les utilisations, peuvent être lavés à la machine. Ce n’est toutefois pas miraculeux. Une étude publiée en 2017 dans Scientific Reports a révélé qu’une éponge à vaisselle moyenne pouvait contenir jusqu’à 54 milliards de bactéries par centimètre cube, dont certaines sont des agents infectieux.

IMAGE FOURNIE PAR GROUPE HOMME

La consommation dont vous êtes le z’héros – Petit guide pratique pour s’initier au mode de vie zéro déchet, de Florence-Léa Siry, Les Éditions de l’Homme

Tenter de les assainir en les plongeant dans l’eau bouillante ou en les passant au micro-ondes pourrait empirer la situation. Si 60 % des bactéries sont éliminées, celles qui restent sont plus souvent les pathogènes. La solution proposée par les chercheurs : remplacer l’éponge de la cuisine chaque semaine. Une façon fort peu écolo de jeter l’éponge… Or, l’impact environnemental est moins grand si c’est un tawashi fait de tissu recyclé qu’on remplace régulièrement.

Ça tombe bien : « Quand on découvre les tawashis, dit Florence-Léa Siry, on a tendance à partir en peur et à en faire vraiment beaucoup ! »