Samedi matin, Tristan Piché Charron, 15 ans, s’est levé à 5 h 30. Il a enfilé son hoodie Supreme, son sac banane Supreme, sa casquette Supreme pour Lacoste, ses Converse signés Virgil Abloh/Off-White, sa ceinture Off-White. Et hop ! en route pour l’Art Event d’IKEA, où il aurait peut-être la chance d’acheter un tapis de la superstar du design Virgil Abloh.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

À 7 h, à l’IKEA du boulevard Cavendish, un des trois magasins au Canada à tenir l’Art Event 2019, une centaine de personnes faisaient la file. À compter de 7 h 30, on donnait des bracelets numérotés aux lève-tôt. Dès 8 h 30, les numéros étaient tirés, cinq à la fois. Il y avait 133 tapis au total et, à vue d’œil, environ 500 collectionneurs.

IKEA avait préparé deux bracelets. Le premier, porté par 95 % des amateurs de streetwear qui faisaient la file, donnait accès au tapis de Virgil Abloh. Le second permettait d’acheter celui d’un des sept autres artistes participant à la collection ultralimitée. C’est dire à quel point la multinationale du meuble connaissait l’engouement pour le créateur d’Off-White, également directeur artistique de la mode masculine chez Louis Vuitton depuis un an.

Pour maximiser ses chances d’obtenir un des 42 tapis « KEEP OFF », Tristan s’est présenté au magasin avec plusieurs membres de sa famille. Le jeune natif de Saint-Jérôme n’ayant pas 18 ans, il devait s’en remettre à ses parents pour avoir droit aux bracelets. Même grand-maman et grand-papa avaient fait la route pour encourager leur petit-fils passionné de mode urbaine. « Nous aussi, on en a eu des trips de marques dans notre jeunesse ! », se rappelle Mélanie Piché, la maman, quand même un peu dépassée par les goûts de luxe de son fils.

PHOTO FOURNIE PAR IKEA

Le fameux tapis « KEEP OFF », signé Virgil Abloh, était la star de l’Art Show 2019 d’IKEA.

Fascinées et touchées par cette histoire de solidarité familiale, nous nous sommes greffées à la sympathique bande, dans la file d’attente. Et nous avons bien fait ! Lorsque la préposée d’IKEA a pris le micro pour dévoiler les cinq premiers numéros gagnants, la foule s’est tue. La fébrilité était palpable. Le bracelet de Mélanie Piché fut gagnant au tout premier tour ! On aurait dit que c’était arrangé avec le gars des vues.

L’adolescent était visiblement heureux, mais il avait le triomphe pudique. Le pas léger, il s’est dirigé vers les caisses pour récupérer son tapis avec le bracelet de maman et la carte de crédit de papa. Comme si nous suivions la plus palpitante des parties de bingo, nous sommes tous restés jusqu’à la fin des appels de numéros, au cas où la famille Piché-Charron serait doublement, voire triplement chanceuse, en ce splendide samedi matin.

Ce ne fut pas le cas. Mais sur ces entrefaites, quelques requins circulaient déjà dans les rangées, offrant de racheter des tapis signés Abloh pour quelques centaines de dollars de plus que les 575 $ payés à IKEA. Déjà, sur des sites comme eBay et StockX, on voit des revendeurs demander jusqu’à 5000 $ pour l’œuvre du maître des collaborations multidisciplinaires.

En ce qui concerne Tristan, pas question de faire une « passe de cash ». « Ça s’en va dans ma chambre ! », nous a-t-il assurées. Restait à décider s’il l’accrocherait au mur ou s’il l’étendrait au sol.

L’art fonctionnel

PHOTO FOURNIE PAR IKEA

Virgil Abloh, créateur d’Off-White, est également directeur artistique de la mode masculine chez Louis Vuitton depuis un an.

« À une certaine époque et dans certaines cultures, la tapisserie était vraiment considérée comme une forme d’art. On les accrochait au mur », rappelle Eve-Catherine Métras, porte-parole d’IKEA. 

« Le but de cette collection est d’embellir le quotidien de ceux et celles qui auront un tapis à la maison, peu importe où il se trouve. »

Les éditions précédentes de l’Art Event ont été consacrées aux arts de la rue (2015), à la photographie (2016), au dessin (2017) et aux figurines (2018).

Vanessa Sicotte, créatrice de Damask & Dentelle, a été la seule « influenceuse » au Canada à recevoir gratuitement le tapis de Virgil Abloh. IKEA a également envoyé un tapis à La Fabrique Crépue, celui de l’artiste Misaki Kawai. Les six autres ont été offerts à des instagrameurs ailleurs au pays.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

L'experte en déco Vanessa Sicotte

En recevant son tapis, Vanessa Sicotte a été « très étonnée de [sa] qualité », nous a-t-elle raconté, la semaine dernière. En laine ou en coton, ils ont été faits à la main. « Le mien est très confortable. On voit qu’il y a un très grand nombre de fils par pouce. »

L’experte en déco insiste sur l’importance de voir ces tapis comme des œuvres qui peuvent vraiment ajouter du caractère à un décor. 

« Ce sont des tapis très ludiques, pour la plupart, et très novateurs. Ils s’inscrivent un peu dans le mouvement d’art textile qui gagne en popularité par les temps qui courent. »

Vanessa Sicotte possède de nombreux meubles et accessoires IKEA datant des années 60 et 70. « Je me fais souvent offrir beaucoup d’argent pour ces pièces, mais je les garde pour moi ! » Certains grands classiques valent en effet très cher, de nos jours. À titre d’exemple, une paire de Mushroom Chairs de la chaîne aux boulettes suédoises a été vendue en Europe 58 000 euros pièce, en 2015.

Mais, avis à ceux et celles qui seraient tentés de faire une offre à la décoratrice chineuse, elle a également l’intention de garder pour elle son tapis signé Virgil Abloh. Et pour longtemps !

Les sept autres tapis ?

Presque tous ceux et celles qui ont fait la file devant un magasin IKEA pour l’Art Event 2019 n’en avaient que pour le tapis d’inspiration persane signé Virgil Abloh. La collection comptait d’autres très jolis morceaux, tous de grand format. Nous vous les présentons.