Les Québécois n’étaient pas très nombreux à Milan pour le Salone del Mobile et toutes les manifestations qui l’entourent, mais ceux qui s’y trouvaient étaient tout en lumière.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Les créateurs Gabriel Scott et Lambert & Fils y ont présenté de nouveaux luminaires fabriqués à Montréal, alors que le designer industriel Philippe Malouin avait des créations électriques dans les stands de clients. L’architecte Jean-François Lemay, lui, a fait à Milan la promotion d’un brillant concept de meuble.

«  C’est une place où tout le monde vient. Il faut être là : nos compétiteurs sont là, nos clients sont là. C’est le cœur de l’action  », a indiqué Gabriel Kakon, la moitié du tandem de beaux-frères qui constitue l’entreprise Gabriel Scott. Les luminaires haut de gamme de l’entreprise sont fabriqués dans le quartier Chabanel et éclairent des bijouteries Cartier ainsi que le magasin de luxe Bergdorf Goodman à New York, entre autres. Ils fabriquent aussi des meubles. «  À Milan, c’est le monde au complet qui se présente. On a des clients des États-Unis qui viennent nous voir ici, de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient.  »

Pendant ces quelques jours, M. Kakon et son associé Scott Richler ont tenté de mettre leur nouveau catalogue entre les mains du plus grand nombre possible d’architectes et de designers afin que ceux-ci aient leurs produits en tête lorsqu’ils concevront une boutique ou un hôtel. « Ils travaillent leurs projets, leurs plans et ils ont des choix à faire. S’ils connaissent notre nom, s’ils ont notre catalogue, ça nous intègre à des projets ; 95 %, presque 100 % de nos ventes se font à travers eux », a-t-il expliqué.

Une approche différente

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Samuel Lambert, propriétaire de Lambert & Fils

C’est ce côté business que Samuel Lambert, propriétaire de Lambert & Fils, appréciait moins. Le concepteur et fabricant de luminaires a décidé de sauter le salon officiel cette année, et de plutôt participer à l’une des nombreuses manifestations organisées en marge de celui-ci. Avec le studio italien DWA, Lambert & fils a mis sur pied un café éphémère dans une ancienne usine de panettones, près de la gare Centrale de Milan, pour montrer son savoir-faire.

À la foire officielle, « il faut crier fort pour se faire remarquer. Les visiteurs veulent voir des catalogues, ils veulent voir des prix. Ça ne nous ressemble pas de seulement parler de chiffres », a expliqué M. Lambert à La Presse.

Au plafond, au-dessus des clients, se trouvent les nouveaux modèles qui viennent de sortir de l’atelier de la rue Hutchison. Ils portent des noms de rues ou de quartiers de Montréal.

« Le but, c’est de faire parler de la marque et de frapper l’imaginaire. Ça fonctionne bien, on a une couverture médiatique formidable, a continué l’artisan, alors qu’un photographe tentait de positionner son trépied au milieu des clients du café. C’est extraordinaire ! »

La lumière est décidément populaire chez les créateurs québécois. Des produits conçus par le designer Philippe Malouin, installé à Londres depuis plusieurs années, étaient présentés dans la section de la foire réservée aux lampes et aux luminaires. Ils sont produits par l’entreprise néo-zélandaise Resident et l’américaine Roll & Hill. « C’est le salon du meuble le plus fréquenté au monde. Il est spécialement important de présenter les nouveautés quand on fait du design industriel et de la production de masse, a-t-il expliqué. Les boutiques du monde entier y viennent choisir les produits pour l’année à venir. »

Des meubles pas comme les autres

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Jean-François Lemay du cabinet d’architectes de Sir Norman Foster

Jean-François Lemay, qui travaille au sein du cabinet d’architectes de Sir Norman Foster à Londres, participait à son premier Salone del Mobile – dans la section réservée aux projets émergents – afin de présenter son dernier-né : des meubles démontables et remontables sans vis, ni clou, ni colle.

« J’ai demandé l’an dernier à travailler quatre jours semaine pour pouvoir développer mon entreprise », a expliqué M. Lemay. Le concept est basé sur la flexibilité du bois (ou d’autres matériaux) qui laisse les pièces du meuble s’emboîter. Le jeune homme monte sur l’une de ses tables à café pour montrer qu’elle est bien solide.

« Il faut que les gens puissent vivre avec leurs meubles d’une façon qui correspond à l’urbanisation d’aujourd’hui », a-t-il dit en démontrant comment fonctionnent ses tables et ses chaises. « Surtout en Europe et en Asie, mais aussi en Amérique du Nord, les gens ont des problèmes d’espace, vivent dans de petits appartements et les meubles IKEA ça ne suffit pas. On les assemble une fois et c’est fini. »

L’idée lui est d’ailleurs venue lorsqu’une colocataire à Londres lui a demandé de monter un meuble à rabais et qu’il s’est vite rendu compte que la qualité des matériaux ne permettrait pas un démontage. « Je me disais que ça n’avait pas de bon sens. Elle ne pourrait jamais le défaire, les vis étaient toutes rongées », s’est-il rappelé.

À Milan, M. Lemay espère pouvoir rencontrer des clients qui lui permettront d’augmenter son volume de production et ainsi faire baisser ses prix.