Une question pertinente, particulièrement à ce temps-ci. Octobre, novembre et même décembre sont des périodes idéales pour planter des arbres, notamment les spécimens de gros calibre.

Mis à jour le 1er oct. 2007
Pierre Gingras
Pierre Gingras LA PRESSE

Une question pertinente, particulièrement à ce temps-ci. Octobre, novembre et même décembre sont des périodes idéales pour planter des arbres, notamment les spécimens de gros calibre.

 D'ailleurs, au cours d'une entrevue, il y a quelques années déjà, Remigio Cramerstetter, un des proprios de la Pépinière Cramer, à Les Cèdres, près de Dorion - le plus important producteur d'arbres au Québec - affirmait que le moment idéal pour transplanter était l'hiver, quand la surface du sol était gelée. Dans le passé, l'entreprise a planté une foule d'arbres à cette époque de l'année. Le hic, c'est que le travail était long, ardu, et en bonne partie manuel. Voilà pourquoi la transplantation hivernale a été abandonnée.

Mais l'automne, jusqu'au moment où la surface du sol commence à geler, reste un excellent moment pour planter un arbre sur votre terrain. Le temps est frais, le végétal a comblé ses réserves - un processus qui est d'ailleurs complété quand les feuilles changent de couleur -, il est en dormance, ou presque, et n'a plus qu'à attendre le printemps avant de s'éveiller.

 Autre raison qui milite en faveur d'une plantation automnale: les prix. Bon nombre de pépinières et jardineries tentent alors de diminuer leur inventaire en réduisant les prix de 30% et parfois même 40$%, ce qui peut représenter une économie 100 ou 200$ dans le cas d'un arbre de grande taille. J'ai même vu récemment, un rabais de 50% sur des conifères en pot. De quoi sortir sa pelle!

 Mais savez-vous comment planter un arbre?

 Malheureusement, dans plusieurs entreprises, on fournit encore au client des renseignements erronés à ce sujet. Il s'agit parfois d'employés négligents, ignorants ou carrément incompétents. Certaines entreprises plus consciencieuses, vont même jusqu'à remettre au client un dépliant expliquant les règles de plantation. C'est le cas du Centre de Jardin Brossard. Mais encore faut-il que le client, le paysagiste ou l'entrepreneur applique ces règles.

 Car même, si vous disposez d'une garantie assurant le remboursement du coût de votre végétal, six mois ou un an après son achat en cas de mortalité, encore faut-il démontrer que vos soins (ou votre manque de soins) ne sont pas en cause. Et même si l'entreprise accepte de vous le remplacer, il faudra se remettre à la pelle.

 Récemment, un collègue me faisait part que son arbre dépérissait à vue d'oeil même s'il avait suivi à la lettre la méthode de plantation et d'entretien recommandée par le vendeur. Ce dernier lui avait conseillé d'éliminer le jute seulement sur la surface de la motte de racines. L'arbre commençait à jaunir dangereusement quand on lui a dit d'arroser encore plus que prévu. Évidemment, le vendeur avait omis de lui préciser que le jute agit souvent comme un imperméable entre les racines et l'eau, surtout par temps sec.

 Une voisine me racontait pour sa part qu'un vendeur lui avait recommandé de planter son arbre à cinq pouces (12 cm) plus bas que le niveau du sol et de ne pas enlever le jute autour des racines car le tissu pourrirait rapidement.

La semaine dernière sur mon blogue sur le jardinage et les oiseaux (www.montoit.ca/gingras), un lecteur écrivait: «J'ai planté six conifères de 12 à 15 pieds en décembre, il y a deux ans (durant les deux fameuses semaines où il faisait 25 C). Après m'être battu avec les paniers de broche et le jute pour les cinq premiers, j'ai rencontré par hasard mon vendeur qui a éclaté de rire en voyant les balafres causées par la broche sur mes bras. Et sur son conseil, j'ai laissé la broche et le jute sur le dernier. Devinez lequel est mort?»

 L'an passé, au début de l'automne dans mon patelin, deux ou trois frênes de très grande taille gisaient par terre sur le bord d'une rue. Des arbres qui avaient été plantés au printemps précédent et qui avaient sûrement coûté des centaines de dollars chacun. Raides morts! Ils avaient été plantés tel quel, sans enlever, même partiellement, l'enveloppe de broche et de jute entourant leurs racines.

 Un guide pour tous

 Des milliers de feuillus et de conifères sont probablement plantés incorrectement chaque année au Québec. L'arbre n'en meurt pas nécessairement, mais il met souvent du temps à se faire une bonne santé; il végète (c'est le cas de le dire), devient sensible aux maladies, autant de problèmes dont on ignore alors les vraies causes.

 Pourtant, il existe depuis 2001 au Québec un document du Bureau de normalisation du Québec qui indique clairement la bonne façon de planter un arbre. Cette publication a nécessité des mois de travail à un comité de 16 experts, en plus d'avoir été soumis à la consultation de l'industrie horticole. Intitulé Aménagement paysager à l'aide de végétaux, ce guide coûtait 150$ l'exemplaire. Mais le Bureau de normalisation a consenti à l'offrir gratuitement, notamment sur internet, parce que l'équipe qui l'a conçu travaillait bénévolement. Je vous invite à le consulter, notamment les pages 94 à 98. Vous serez probablement étonnés. Si vos arbres n'ont pas été plantés selon les schémas présentés, c'est que le travail n'est pas conforme aux normes actuelles.

 Et que lit-on dans le document?

 - Que la fosse de plantation doit avoir deux fois le diamètre de la motte de racines et que ses parois doivent être inclinés;

 - que le collet de l'arbre doit être au niveau du sol. Attention! Lorsque l'arbre est vendu en pot, le collet (la partie qui affleure le sol) est souvent recouvert de paillis ou de terre. À vous ou à votre entrepreneur de faire l'ajustement qui s'impose;

 - qu'il faut enlever la MOITIÉ supérieure du panier de broche et du tissu de JUTE. Attention! Il ne suffit pas de replier le jute, ou encore d'enlever seulement ce qui recouvre la surface de la motte.

 (Les bons pépiniéristes vous diront habituellement d'enlever le plus de jute possible, jusqu'à la base de la motte, dans la mesure où les racines ne sont pas déstabilisées. Évidemment, tout matériau non biodégradable (revêtement de plastique, cordage, etc.) doit être éliminé. C'est aussi le cas des cordages qui entourent le tronc (s'ils restent en place, votre arbre risque de mourir dans quelques années) ou encore des pots en papier mâché.)

 - qu'il faut tasser le terreau autour de la motte, mais en évitant de trop le compacter. Le compactage empêche un bon drainage.

 - qu'il faut mettre un paillis au pied de l'arbre, mais en dégageant le tronc sur 15 cm de rayon.

 Agronome et professeur à l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe, institution publique qui forme de futurs horticulteurs, Guy Laliberté est parmi ceux qui ont oeuvré à la rédaction de ces normes. Il explique que la rédaction de ce guide visait notamment à uniformiser les pratiques horticoles, d'autant plus que les connaissances scientifiques en matière de botanique ont évolué considérablement au cours des deux dernières décennies.

 «Nous savons par exemple que la grande majorité des racines servant à capter l'eau et les sels minéraux est située à une profondeur de seulement 10 ou 15 cm, notamment parce que celles-ci ont besoin d'air. Il suffit d'observer un arbre renversé par le vent pour constater le phénomène», dit-il. Voilà pourquoi il est recommandé d'éliminer le tissu de jute sur la moitié supérieure de la motte de terre lors d'une transplantation. Cela favorisera une expansion rapide des racines car le jute exige quelques mois avant de se décomposer. Et il est parfois traité pour ralentir sa dégradation, les arbres étant souvent entreposés durant quelques mois en pépinière. L'agronome souligne en outre qu'il faut un taux minimum de 18% d'oxygène dans le sol pour croître, ce qui explique leur préférence à rester en surface. Normalement, elles ne peuvent pousser à grande profondeur ou encore dans l'argile comme certains le prétendent.

 M. Laliberté rappelle aussi que le gazon est à proscrire autour d'un arbre. Il est préférable de recouvrir sa base d'un paillis, ce qui favorisera le développement d'une faune microbienne propice à son développement. En forêt, tous les arbres sont recouverts d'un paillis naturel, fait-il valoir.

 Pour se procurer le document :

 Aménagement paysager à l'aide de végétaux.

 > Aller sur www.bnq.qc.ca

 > cliquez sur «Catalogues et achat de documents»;

 > dans Recherche par numéro, inscrivez dans la case: 0605-100;

 > dans la nouvelle fenêtre, cliquez sur le numéro du document;

 > cliquez ensuite sur la ligne en bleu: «Documents offerts gratuitement»;

 > cliquez ensuite sur la case PDF;

 > inscrivez votre adresse courriel;

 > consultez, imprimez ou enregistrez le document sur votre ordinateur.

 

Photo Armand Trottier, La Presse

En septembre et en octobre, bon nombre de jardineries et de pépinières liquident leurs arbres à prix d'aubaine pour le consommateur.