Habituellement le cauchemar commence à la fin de l'automne. Quelques parcelles de gazon se dénudent. Vous savez que la bête est là, qu'elle mange les racines de la pelouse, que votre tapis vert disparaît inexorablement. Mais avec la neige, vient le long sommeil hivernal qui fait tout oublier. Puis soudainement au printemps, le cauchemar se poursuit. Encore plus affreux, il vous mène au bord du désespoir.

Habituellement le cauchemar commence à la fin de l'automne. Quelques parcelles de gazon se dénudent. Vous savez que la bête est là, qu'elle mange les racines de la pelouse, que votre tapis vert disparaît inexorablement. Mais avec la neige, vient le long sommeil hivernal qui fait tout oublier. Puis soudainement au printemps, le cauchemar se poursuit. Encore plus affreux, il vous mène au bord du désespoir.

 Que faire pour sauver mon gazon?

 Chaque printemps, dans la région métropolitaine, pépiniéristes et propriétaires de jardineries se font poser la question par des milliers de propriétaires. Oui! il vous faudra réparer le gazon, car le mal est fait. Oui, vous pouvez traiter le hanneton maléfique pour réduire les futurs dégâts.

 Mais pas tout de suite.

 Je sais, vous êtes pressés, désespérés, prêts à tout pour sauver ce qui vous reste de pelouse et résoudre le problème une bonne fois pour toutes. Et ça, votre pépiniériste le sait et il fera tout pour vous aider. C'est là, évidemment, où les choses se compliquent.

 Les solutions ne sont pas nombreuses. D'abord, les traitements chimiques. On parle ici d'un produit homologué, le Merit : traitement applicable seulement par un professionnel, là où la municipalité le permet, fin juin-début juillet, pas avant. C'est que la bestiole maléfique pond ses oeufs sous la pelouse à cette époque de l'année. Les larves affamées entreront en contact avec le produit qui persiste dans le sol durant un certain temps. Exit les hannetons. Du moins jusqu'à l'année prochaine... Car bien sûr, vous n'avez pas encore modifié vos méthodes culturales. Et puis, il y a les hannetons du voisinage. Suffira donc de recommencer le traitement. Faut bien faire rouler l'économie!

 Les méthodes naturelles maintenant. Nous y voilà. Que de confusion et de malentendus.

 On vous proposera donc la lutte biologique au moyen de nématodes, de microscopiques bestioles qui parasitent les grosses larves du vilain hanneton européen, le ver blanc (ou gris, si vous voulez). Attention! À ne pas confondre avec le nématode doré, responsable de la destruction des cultures de pommes de terre à Saint-Amable. Il existe des milliers d'espèces de nématodes.

 Le hic, c'est que la lutte biologique est soumise justement à des contraintes...biologiques. Le traitement n'agit pas instantanément comme un cachet d'aspirine pour soulager une migraine. Les nématodes atteignent leur efficacité maximale lorsque la température du sol se situe entre 20 et 25º C, disent les scientifiques, comme Louis Simard, d'Agriculture Canada, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui travaille sur le sujet depuis des années, notamment avec les propriétaires de terrains de golf. Le traitement est donc recommandé à partir de la mi-août et en septembre, lorsque le sol est chaud et que les larves sont encore relativement petites et vulnérables à leur ennemi.

 Un mois de mai trop froid

 Et puis l'application des nématodes ne se fait pas comme si on vaporisait un pesticide quelconque ou un engrais liquide sur le gazon. Il faut respecter la procédure, sinon vous dépenserez temps, énergie et argent inutilement. Et ce n'est pas simple : on ne doit pas traiter par temps ensoleillé; le sol doit être détrempé avant et après le traitement en plus d'être maintenu humide durant plusieurs jours; la solution doit être brassée régulièrement la solution, etc.

 Mais nous sommes en mai. Vous êtes désemparé, à la recherche d'une solution immédiate et efficace. Que fera alors votre pépiniériste? Un bon nombre d'entre eux vous offriront des nématodes à utiliser sur votre gazon dans les jours qui viennent. Il se vend des milliers de cultures de nématodes à cette époque de l'année, à quelques dizaines de dollars la boîte. On peut comprendre que les producteurs de nématodes, distributeurs et détaillants feront tout pour soulager vos angoisses. Mais votre professionnel de l'horticulture aura-t-il l'honnêteté vous dire qu'en mai, justement, la température du sol est souvent trop froide pour que votre armée biologique soit vraiment efficace? Voilà où le bât blesse.

 Des relevés de température de sol menés quotidiennement par l'équipe du biologiste-agronome Louis Simard, en 2005 et 2006, sous les racines du gazon exposé au plein soleil, sur des terrains de golf, indiquent, par exemple, qu'autour du 15 mai, la température du sol se situe entre 13 et 15º C dans la région métropolitaine. Toujours d'après ces tests, elle monte d'à peine un ou deux degrés jusqu'à la fin du mois. L'an dernier d'ailleurs, la température du sol a même chuté à 12º C à la fin mai. C'est donc dire que l'efficacité des nématodes à cette période de l'année est extrêmement réduite.

 Mais, diront certains, vaut mieux tuer quelques larves que de se croiser les bras. C'est à voir! Car il y a un autre obstacle à cette époque de l'année. À la fin mai, de nombreuses larves sont déjà enveloppées d'une carapace protectrice, la pupe, en vue de leur transformation à l'état adulte. Or, non seulement les larves très âgées sont-elles peu affectées par les nématodes, mais les pupes, elles, sont à toutes fins utiles invulnérables.

DES NÉMATODES DÉCEVANTS

 La lutte biologique pour contrer les larves du hanneton européen dans le gazon s'avère plutôt décevante, indiquent les résultats de recherches menées par l'équipe du biologiste Claude Legault, coordonnateur du Projet de lutte intégré à la Ville de Montréal qui vise à trouver des solutions de rechange aux pest icides chimiques.

 Ces données sont similaires d'ailleurs à d'autres divulguées à La Presse, l'an dernier, par le chercheur Louis Simard, d'Agriculture Canada et par l'agronome-conseil Claude Gélinas, de Phyto Ressources, une petite entreprise de Varennes.

 M. Legault a donc testé deux produits commerciaux à base de nématodes vendus au Québec, de même qu'une substance naturelle, l'huile de neem.

 Les tests furent menés avec toute la rigueur scientifique, explique-t-il, soit en procédant à des traitements sur des parcelles expérimentales de gazon, en validant les résultats sur des parcelles témoins (sans traitement). Les expériences se sont déroulées à Pointe-Claire, en 2005 et à Pierrefonds, en 2006, à partir de la fin août. (Le biologiste estimait qu'il était inutile de faire ces tests au printemps.) Le nombre de larves variait considérablement d'une parcelle à l'autre, soit de 14 à 100 bestioles au pied carré, une situation qui empêche de donner des résultats formels mais qui dégage plutôt une tendance, insiste-t-il. Dans un cas, le produit commercial mettait deux espèces de nématodes à contribution.

 «Non seulement nous avons fait ces traitements au moment opportun, mais nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour assurer que nos nématodes seraient le plus efficaces possible. Par exemple, les solutions était composées d'eau à la température ambiante pour éviter tout choc thermique et en s'assurant que le chlore était évaporé en grande partie pour limiter toute intoxication éventuelle de nos microorganismes.»

 Résultat : à la suite des trois prélèvements menés en octobre, le taux moyen de mortalité dans les parcelles traitées était de 34 %. Dans les parcelles non traitées, il atteignait 10 %. Les résultats des tests menés dans les laboratoires du Jardin botanique, avec lesmêmes produits, ont donné des résultats supérieurs, précise le biologiste, mais l'environnement n'était pas soumis à toutes les perturbations dumilieu naturel. Soulignons au passage que la larve de hanneton meurt très rapidement après le contact avec le parasite.

 M. Legault estime toutefois que même si leur efficacité n'est pas extraordinaire, les nématodes peuvent jouer un rôle non négligeable si les propriétaires ont de bonnes méthodes culturales de leur gazon. Il va sans dire par, exemple, qu'un gazon fertilisé correctement va résister beaucoup mieux aux ravages du hanneton, notamment en raison de sa croissance rapide et de la régénération de ses racines. D'ailleurs dans une pelouse bien traitée qui pousse sur un sol propice, l'invasion du hanneton passe souvent inaperçue même si les larves sont nombreuses. À la condition évidemment qu'une moufette ou un raton laveur ne vienne pas se mettre à table.

 Attention! La publicité au sujet des nématodes cite parfois en exemple Westmount, où, dit-on, plus de 90% des larves de hannetons ont été détruites à la suite d'un traitement avec des nématodes, un résultat étonnant. Si étonnant d'ailleurs qu'un responsables des espaces verts de la Ville a expliqué que de nombreux autres facteurs ont pu êtr e en cause dans ces résultats qui n'ont pas été validés par des parcelles témoins. Il est d'ailleurs possible que les larves aient pu disparaître même sans l'intervention des nématodes.

 Une huile prometteuse

 Par ailleurs, les expériences de contrôle avec l'huile de neem ont donné des résultats étonnants, souligne Claude Legault. Dans les parcelles de gazon arrosées avec ce produit en solution, le taux de mortalité des larves a atteint 50 %, ce qui est considérable.

 Considéré comme un insecticide aux États-Unis, ce composé naturel n'a pas encore acquis ses lettres de noblesse au Canada, où il est considéré comme un lustrant à feuilles. Il n'en reste pas moins qu'une foule de jardiniers amateurs s'en servent déjà pour lutter contre de nombreux insectes nuisibles. Certains l'utilisent aussi avec succès comme fongicide.

 Inoffensive pour l'homme et autres animaux à sang chaud, cette huile provient du fruit du margousier, un arbre répandu en Inde et dans plusieurs pays d'Afrique. L'huile de neem est habituellement offerte en pépinière.

 

Photo fournie par Claude Gélinas

Le hanneton européen adulte ne cause pas de dommages à la végétation.