Depuis quelques années, les équipements de jardin à batterie gagnent sans cesse du terrain aux dépens des appareils à essence, qui sont de plus en plus confinés aux gros travaux de longue haleine. C’est désormais aussi vrai pour les souffleuses à neige, l’un des derniers bastions qui étaient jusqu’à tout récemment la chasse gardée des bruyantes et polluantes machines à carburant fossile.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Cette année, on a vendu 80 % de souffleuses à batterie, la transition s’est faite très rapidement », nous confirme Sylvain Cloutier, copropriétaire de Cloutier Pro mini-moteurs, à Sainte-Thérèse. « Il y a de moins en moins de mythes entourant les appareils à batterie. La souffleuse à gaz est encore pertinente pour de très grands stationnements, mais pour 90 % des situations, la souffleuse à batterie est un cadeau qu’on se fait. »

Surtout depuis cet hiver, qui a vu apparaître sur le marché les premières souffleuses à deux phases alimentées par batterie. Ces appareils qui ramassent et expulsent la neige en deux opérations distinctes sont aussi efficaces, sinon plus, que les modèles à essence de gamme semblable. Selon les tests effectués par Cloutier Pro mini-moteurs — qui est aussi détaillant de modèles à essence —, la souffleuse Ego à deux phases peut lancer la neige à plus de 10 mètres et déneiger sur une seule charge jusqu’à 10 emplacements de voiture dans des conditions de neige légère.

Pour une neige lourde ou des congères bien tassées, on peut déneiger au minimum l’équivalent de trois emplacements de stationnement. « Quand on a commencé à vendre de l’équipement à batterie, il y a une douzaine d’années, il faisait 15-20 minutes d’ouvrage et ça prenait 4-5 heures de recharge », rappelle Donald Marquis, directeur général de Théo Turgeon Équipement, une entreprise de distribution d’équipement commercial et résidentiel d’abattage mécanique, de foresterie, de jardin et de pelouse.

Aujourd’hui, l’autonomie des batteries fait en sorte qu’on est capable de faire l’ouvrage. Et pour la recharge, tu récupères l’essentiel de l’énergie en dedans de 10-15 minutes alors que les plus grosses batteries ne prennent pas plus de 40 minutes à se recharger complètement.

Donald Marquis, DG de Théo Turgeon Équipement

Quant aux moteurs, ils sont aussi plus puissants, tout en étant plus légers, si bien qu’une souffleuse à batterie est aujourd’hui beaucoup moins lourde qu’une machine à essence de puissance équivalente. C’est un avantage de plus pour les appareils électriques, qui en plus ne produisent aucune émission polluante.

  • Souffleuse à deux phases Ego, dont le prix de détail est de 1799 $.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Souffleuse à deux phases Ego, dont le prix de détail est de 1799 $.

  • Souffleuse à deux phases Ego, dont le prix de détail est de 1799 $.

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    Souffleuse à deux phases Ego, dont le prix de détail est de 1799 $.

  • L’appareil inclut deux batteries de 7,5 ampères.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    L’appareil inclut deux batteries de 7,5 ampères.

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« Je constate que les gens sont de plus en plus sensibles à l’environnement, mais en général, ils n’achètent pas ça pour le bien de la planète, mais plutôt pour se faciliter la vie, reconnaît Sylvain Cloutier. Ils sont tannés d’avoir des produits qui demandent de l’entretien. L’avantage principal de la batterie, à performance égale ou même supérieure, est qu’elle ne nécessite pas de changement d’huile ou autre type d’entretien. »

« Légèrement plus cher »

Évidemment, il faut mettre le prix. Une souffleuse à deux phases Ego se détaille à 1799 $ avec deux batteries de 7,5 ampères — sa concurrente Snow Joe vend la sienne à 1299 $ avec deux batteries de 5 ampères. « C’est légèrement plus cher, mais quand on nous a d’abord parlé du produit, je croyais qu’il aurait coûté beaucoup plus cher, affirme M. Cloutier. La différence est de 300 $ par rapport à un modèle à essence comparable, mais quand on sait qu’une seule mise au point d’une machine à essence coûte environ le même prix, ça compense amplement. »

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Philippe Cloutier et Sylvain Cloutier, copropriétaires de Cloutier Pro mini-moteurs de Sainte-Thérèse

Les arguments sont donc suffisants pour poursuivre la transformation d’un marché, déjà bien entamée. « Au cours des trois dernières années, nos ventes de produits à batterie ont augmenté de 100 %, et on prévoit la même chose cette année », indique Donald Marquis, qui vend ses appareils et outils à plus de 800 détaillants, du Manitoba jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador. « Le futur de la batterie dans l’équipement jardin pelouse ne fait que commencer. »

Cloutier Pro mini-moteurs a, de son côté, enregistré cet hiver des ventes records — les modèles Ego à deux phases sont en rupture de stock depuis des mois, si bien que le fournisseur GoSansfil, la filiale de Théo Turgeon Équipement spécialisée dans l’équipement à batterie, entend tripler son volume pour satisfaire à la demande. « On voit bien sûr encore plusieurs personnes qui utilisent des souffleuses à essence, mais ce sont des achats faits il y a quelques années, soutient Donald Marquis. Aujourd’hui, à peu près tout le monde soutient que leur prochain achat sera électrique. L’immense majorité de nos détaillants commencent d’ailleurs à se tourner résolument vers les équipements à batterie. »

Souffleuses à une phase

On peut aussi choisir de se rabattre sur des appareils à une phase, moins puissants, mais néanmoins adéquats pour plusieurs types d’usage. « C’est parfait pour un entretien général, comme déneiger une entrée de cour de deux autos, un patio ou des allées pavées, soutient Donald Marquis. On doit être un peu plus patient pour les bancs de neige, mais c’est tout de même surprenant. » Quant aux pelles électriques, nos deux intervenants les déconseillent au profit des plus petites souffleuses à une phase, pas beaucoup plus chères et pas tellement plus lourdes. « Travailler avec une pelle électrique, c’est plus dur qu’avec une pelle manuelle, particulièrement quand on déneige des marches, soutient Sylvain Cloutier. Ce n’est pas très populaire, on est bien mieux avec une petite souffleuse à une phase avec laquelle on peut diriger la neige. »