Acheter un billet de cinéma est un plaisir avec lequel on ne renouera probablement pas bientôt. Et bien malin qui saurait prédire quand les ciné-parcs reprendront du service. Faut-il mettre une croix sur les films sur grand écran pour autant ? Non. Cet été, on découvre le bonheur du cinéma dans le jardin.

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

Chez David Dufresne, on n’a pas attendu qu’un vilain virus se pointe le bout du nez pour comprendre qu’il n’y a rien de tel qu’un grand écran et un bon film à la belle étoile pour épater les enfants.

Quand les amis viennent souper à la maison, que les plus jeunes, repus, commencent à s’ennuyer pendant que leurs parents refont le monde à coups de grandes discussions, David Dufresne ne fait ni une ni deux : il sort un grand drap blanc — « bon, OK, il est un peu gris maintenant à force de servir » —, un projecteur déniché d’occasion sur le web et un petit haut-parleur portable pour métamorphoser sa cour en salle de cinéma à ciel ouvert, probablement l’une des plus jolies du genre à Montréal.

« On a commencé il y a cinq ou six ans par quelques épisodes de Passe-Partout, qu’on mettait aux filles quand les barbecues avec les amis s’étiraient un peu. Avec le temps, on a peaufiné le set-up, mais pas trop, dit David Dufresne. Il faut que ça reste facile à installer, en 10 minutes, parce que si ça prend une demi-heure chaque fois, c’est moins le fun. »

PHOTO FOURNIE PAR DAVID DUFRESNE

Quand les amis viennent souper à la maison et que les plus jeunes commencent à s’ennuyer, on sort le cinéma en plein air.

David Dufresne a notamment découvert qu’un « drap santé » (en polyester), eh bien, ça réfléchit mieux la lumière qu’un drap de coton et que des punaises suffisent pour le fixer sur la clôture de bois. Qu’un vieux matelas de camping gonflable, c’est le nec plus ultra en matière de confort, mais qu’une tente, c’est quand même mieux quand il fait froid. Avec beaucoup de vieilles couvertures et de bols de popcorn au beurre (oui, la machine s’est évidemment imposée avec les années…).

« On le fait une bonne dizaine de fois par été, mais probablement que cette année, ce sera encore plus souvent. S’il peut finir par faire assez chaud », lance-t-il en riant.

S’équiper

Chez Maison Adam, on remarque une hausse des ventes d’ensembles de cinéma maison depuis le début du confinement, et particulièrement depuis la réouverture du commerce, à Québec, le 4 mai dernier, « alors que depuis deux ans, les ventes de projecteurs étaient plutôt en baisse, parce que la taille des écrans [de télévision] avait augmenté », précise José Adam, propriétaire.

Le matériel requis pour un cinéma à l’extérieur n’est pas tout à fait le même que celui pour l’intérieur. Ou plutôt, pas tout à fait de la même qualité. Si on se limite à un usage extérieur, on peut se permettre de payer moins pour un projecteur de qualité moindre, puisque les conditions de visionnement ne seront jamais optimales, explique Richard Desjardins, propriétaire de Québec Acoustique, à Blainville.

C’est sûr que l’image ne sera pas sur la coche, dehors. Ce ne sera pas la grosse affaire, mais on est plus permissif. Comme au ciné-parc, par rapport au cinéma.

Richard Desjardins, de Québec Acoustique

En bref : il fera probablement toujours un peu trop clair pour que la définition des images soit idéale, la faute aux lumières de la ville, à la lune et aux étoiles.

PHOTO FOURNIE PAR DAVID DUFRESNE

Un vieux matelas de camping gonflable, c’est le nec plus ultra en matière de confort.

Pour un usage extérieur, Richard Desjardins conseille ainsi d’opter pour un projecteur le plus lumineux possible, qui compte au moins 3000 lumens — alors qu’un équivalent de 1500 à 2500 lumens, mais offrant plus de contraste, serait préférable pour l’intérieur. Si José Adam conseille les projecteurs 4K (avec une définition de 8 millions de pixels) pour le cinéma dans la maison, il estime que ceux en haute résolution 1080p (avec 2 millions de pixels) peuvent suffire pour l’extérieur. Des modèles du genre coûtent de 650 $ à 1000 $.

Solutions plus modestes

Un projecteur « de bureau » peut convenir. Il sera même probablement plus lumineux que son équivalent pour le cinéma maison — mais attention : l’image sera probablement un peu plus saccadée. « Au lieu de 120 images par seconde, il y en aura peut-être 24 ou 30 », illustre Richard Desjardins. Si le projecteur n’est pas équipé pour diffuser directement les vidéos à partir d’un téléphone, d’une tablette ou d’un ordinateur — s’il n’a pas de « chromecast ou de firestix » —, il est possible d’en acheter un séparément, moyennant 50 $ environ. Les experts déconseillent de sortir le lecteur DVD dehors, pour simplifier les opérations.

PHOTO FOURNIE PAR DAVID DUFRESNE

Le ciné-parc dans le confort de votre cour.

Si on a un budget limité, c’est dans l’écran qu’on coupera. « Le projecteur, c’est lui qui fait l’image. On peut sauver sur la surface de projection, quitte à s’équiper l’année d’après », dit Richard Desjardins. Même si ce n’est pas optimal, une feuille de contreplaqué peinte en blanc, un grand tissu, voire une porte de garage pourront faire l’affaire. Pour un meilleur effet, on peut se procurer un ensemble de peintures conçues exprès pour les cinémas maison (GOO systems, une marque ontarienne), mais ce n’est pas donné : il faut prévoir 250 $ environ. Et surtout, « si on peut, on fait un cadre noir autour de l’écran. Ça change tout ! C’est vraiment mieux », assure Richard Desjardins. N’oubliez pas que plus l’image sera grande, plus elle perdra en définition ; 120 po, c’est bien, mais 60, c’est sûrement mieux pour les images fort détaillées.

Pour les haut-parleurs — et pour éviter de se faire des ennemis chez les voisins —, on optera pour des versions portatives qui peuvent se placer au plus près possible des spectateurs pour garder le son au minimum et éviter les enchevêtrements de fils. « C’est pas dehors qu’on va commencer à se faire un effet Dolby 5.1 avec cinq haut-parleurs ! dit José Adam. Un haut-parleur, en Bluetooth pour ne pas avoir de fils, c’est suffisant. »

Gardez aussi en tête que le son « rebondit » sur les murs, note Richard Desjardins, d’où l’importance de bien positionner le haut-parleur, ni trop près de la maison ni vers les voisins, mais plutôt entre les spectateurs. Ne reste plus qu’à se souhaiter des nuits ni trop fraîches ni trop pluvieuses jusqu’à la réouverture des « vrais » cinémas, quitte à transférer à l’automne l’équipement du cinéma de jardin vers le sous-sol, si le confinement se poursuit encore.