Les avantages et vertus du jardinage sont connus depuis longtemps, mais plus que jamais, mettre ses mains à la terre et en récolter ses fruits, légumes et autres petits trésors fait du bien.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Banal et ennuyant, le jardin d’ombre ? Bien au contraire, pour qui sait l’aménager judicieusement. En période de canicule, il pourrait de plus devenir l’endroit le plus recherché de votre jardin. Quelques conseils pour en tirer parti.

Partons du sol…

Le terreau est la base sur laquelle s’érige le jardin. On le veut donc sain. Un jardin d’ombre est à l’abri du soleil et du vent, et l’eau s’y évapore moins rapidement qu’au soleil. Un mauvais drainage du sol rendra la culture difficile. Une eau qui stagne après la pluie, des empreintes de pas qui tardent à disparaître ou des vivaces pourtant adaptées à l’ombre qui ne reviennent jamais l’année suivante sont des signes à surveiller. Il y a fort à parier, dans ce cas, que les racines des végétaux étouffent sous l’effet d’un sol trop compact qui les prive d’oxygène.

La cause pourrait être une inclinaison du sol qui fait en sorte que l’eau s’emmagasine, ou encore un problème de qualité du sol. « Au soleil comme à l’ombre, un bon jardin est fait de 30 cm de terre meuble, affirme l’horticultrice Hélène Drolet, du Centre de jardin Brossard, en conseillant de corriger la dénivellation du terrain ou de faire analyser le sol. Si le terreau n’est pas bon, il faudra faire une excavation et combler avec une bonne terre ou en rajouter, tout simplement. »

Misons sur les bons spécimens

Tout le charme d’un jardin d’ombre repose dans le jeu de textures et les couleurs des feuillages, souligne Hélène Drolet. Depuis cinq ans, l’horticultrice constate que les choix de plantes pour l’ombre sont de plus en plus variés. Des cultivars colorés viennent notamment pimenter les classiques hostas, heuchères et fougères. Certaines variétés de ligulaire, polémonium, géranium, persicaire et cimicifuga sont particulièrement intéressantes.

La bonne plante au bon endroit est un gage de succès, rappelle la spécialiste. « Si la zone est ensoleillée quatre heures ou moins par jour, il faut y mettre des vivaces d’ombre. La mi-ombre, c’est vraiment un cinq à six heures de soleil quotidien. » Si la zone est exposée au soleil en matinée, elle le sera de moins en moins à partir du 24 juin, alors que les journées deviendront graduellement plus courtes, précise-t-elle.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Les hostas font partie des plantes qui poussent à l’ombre les plus répandues.

Parlons aménagement

Une erreur fréquente est de planter trop de végétaux au départ, estime Hélène Drolet. Dans une zone ombragée, et donc sombre, l’effet sera d’autant plus étouffant. « Espacez les plantes pour les mettre en valeur. Il faut prévoir que pendant les deux premières années, elles favoriseront leur système racinaire pour bien s’installer. Après la deuxième saison, elles donneront leur plein rendement. »

Un jardin épuré sera plus lumineux, avance l’horticultrice. Pour rendre cet espace invitant, on peut y dessiner un sentier de galets qui feront ressortir les feuillages, ajouter un ou deux éléments décoratifs comme une fontaine ou une statue, y mettre un banc où l’on pourra se poser sans être incommodé par les rayons du soleil, quelques lumières pour le soir, ou encore un pot d’annuelles d’ombre qui fleuriront durant toute la saison. « On veut égayer cette zone et y mettre de l’ambiance ! »

Et l’entretien, maintenant

Attention avec le paillis, prévient Hélène Drolet. Dans un jardin d’ombre, l’eau se dégorge moins vite et l’erreur serait d’en mettre trop épais. « Il faut s’adapter d’une saison à l’autre. Cette année, le printemps a été froid et assez sec. Dans ce cas, on retire le paillis, on retourne la terre pour faire entrer l’air dans le sol et on fait nos amendements. On peut ensuite le remettre. »

Si le printemps est plutôt pluvieux, mieux vaut enlever le paillis de l’année précédente, tourner la terre et ne remettre le paillis que lorsque les pousses sont sorties et que le sol a eu le temps de se vider de l’excédent d’eau.

Les vedettes de l’ombre

Les heuchères

PHOTO FOURNIE PAR LE NATIONAL GARDEN BUREAU

Les heuchères

Elles se présentent dans un éventail de teintes allant du jaune au pourpre chocolaté, en passant par le lime, le rouge et le bourgogne. Certains cultivars (on en trouve plus de 500 dans cette famille) ont des fleurs aux couleurs plus vives, mais en général, c’est surtout pour leur feuillage coloré qu’on les choisit. Elles ne demandent pas plus qu’un sol bien drainé pour pousser à l’ombre comme au soleil.

Les fougères

PHOTO FOURNIE PAR HORNBEAMS ARTS/FLICKR.COM

La fougère-à-l’autruche

Fines et dentelées, les fougères ajoutent de l’élégance au jardin. La plupart sont très peu touchées par les maladies et les insectes, sinon jamais. Certaines ont des frondes persistantes comme la polystic faux-acrostic (Polystichum acrostichoides), d’autres des feuillages insolites. C’est le cas de la « Crested surf » (Athyrium niponicum), dont le bout des frondes se divise en une pointe échevelée. Particulièrement vigoureuse, la fougère-à-l’autruche (Matteuccia struthiopteris) a un panache luxuriant qui peut atteindre plus de 2 m de hauteur.

Les hostas

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

L’hosta Sun Power

On en trouve des verts, des jaunes, des bleutés et des panachés dans des teintes de blanc, jaune, vert… Les dimensions des feuillages viennent dans une palette tout aussi diversifiée. La géante « Empress Wu » est particulièrement impressionnante : elle atteint jusqu’à 2 m de diamètre, ce qui lui donne un air exotique. Les fleurs en épis du hosta, souvent blanches ou lavande, sont généralement modestes, mais certains cultivars se démarquent sur ce point, comme le « Miracle Lemony » dont la fleur étoilée est d’un jaune éclatant. Plusieurs ont des feuillages dorés, tel le « Sun Power » qui illumine l’ombre à coup sûr.