Les avantages et vertus du jardinage sont connus depuis longtemps, mais plus que jamais, mettre ses mains à la terre et en récolter ses fruits, légumes et autres petits trésors fait du bien.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Lors d’un déménagement, comment peut-on apporter un peu de la beauté du jardin qu’on a chéri au fil du temps ? C’est simple : en divisant ses vivaces pour les replanter dans leur nouvel habitat.

L’idéal est de procéder tôt au printemps, avant que les feuilles ne se soient déployées, ce qui permet une meilleure reprise des plants. Fort bien, mais on déménage dans deux semaines… Les plantes auront alors pris de l’expansion et plusieurs auront atteint leur grandeur maximale. Il faudra procéder avec soin.

Avant de mettre la pelle en terre et les plants dans la brouette, il faut savoir que si on vend sa maison, le jardin fait partie de l’achat. À moins que les végétaux ne soient précisés dans les exclusions du contrat de vente, ou qu’on se soit entendu par écrit avec les nouveaux propriétaires, le jardin devrait offrir un rendu équivalent lors de la prise de possession des lieux. Les arbres et arbustes sont des pièces maîtresses qui doivent par conséquent demeurer sur place.

Par contre, une partie des vivaces peut être prélevée pour que, d’une pierre, deux coups, le jardin soit aéré tout en fournissant le prochain.

En contenants dès maintenant

Pour s’assurer que ses végétaux se rendent à bon port, en bon état, « plus on s’y prend à l’avance, mieux c’est ! », affirme la biologiste et conseillère horticole Marie-France Larochelle, du Jardin botanique de Montréal. Si on déménage le 1er juillet, ou plus tard en été, il serait donc avisé de commencer à mettre ses vivaces en pots dès maintenant. À moins que le déménagement n’ait lieu à l’automne. Dans ce cas, il est mieux d’attendre plus tard en saison, au moment où la plante ne sera pas « en pleine exubérance ».

La plante vivra deux chocs lors du déménagement : l’un au moment de l’extraction et l’autre lorsqu’elle sera remise en terre. Entre les deux, plus elle aura de temps pour reprendre des forces et plus elle aura de chances de s’acclimater facilement à sa transplantation, explique la spécialiste. Certaines plantes tolèrent davantage la division. C’est le cas des spécimens robustes comme les hostas, les graminées ou les hémérocalles, qui sont peu capricieux.

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Les hémérocalles sont des spécimens robustes, qui sont peu capricieux.

Une extraction soignée

Les racines qui absorbent l’eau — les radicelles — sont fines et fragiles. Autant que possible, on évite de les abîmer. Une coupe franche assurera une meilleure cicatrisation du plant, ce qui peut être fait d’un coup de pelle ronde, exécuté avec assurance en conservant un rayon généreux autour de la plante.

On arrose le terreau la veille ou quelques heures avant de procéder à l’extraction. Il adhérera ainsi plus facilement aux racines, contribuant du même coup à les garder en bon état. Pour ces raisons, on évite aussi de secouer le spécimen. On dépose plutôt la motte avec délicatesse dans un contenant, en comblant ce dernier de terreau du jardin ou d’un terreau d’empotage du commerce.

L’entre-deux

« Même si la plante aime un bon ensoleillement, déposez-la dans un endroit mi-ombragé à l’abri du soleil de midi et d’après-midi [entre 11 h et 15 h] et du vent », conseille Marie-France Larochelle, en ajoutant qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre !

« L’évaporation de l’eau est plus rapide en contenants et lorsque la plante est exposée au soleil et au vent. Si les racines n’arrivent pas à compenser parce qu’elles ont été abîmées, on a automatiquement un flétrissement. On peut alors atteindre le point de non-retour. » Et c’est ce qu’on ne veut surtout pas franchir.

La clé, c’est toujours l’état des racines. Si elles ont été coupées, déchirées, abîmées, la plante doit en refaire, ce qui lui demande de l’énergie. Ça se fera par photosynthèse à travers son feuillage.

Marie-France Larochelle

Après son déracinement, la plante aura mérité un peu de repos. Assurez-vous qu’elle ait la bonne quantité d’eau. Mieux vaut arroser le plant en profondeur pour que ses racines ne se développent pas en surface. Le plant sera ainsi plus solide.

La partie aérienne de la plante sera forcément endommagée lors de l’extraction. On peut retirer les feuilles qui ne sont plus alimentées en eau et qui, par conséquent, dépérissent. On ne procède jamais à une tonte draconienne, toutefois. « Si on coupe tout le feuillage, la photosynthèse ne se fait plus. On vient d’abîmer les racines et on leur coupe ensuite leurs panneaux solaires pour s’alimenter. »

Jour J

Vérifiez que vous ne transportez pas de voyageurs clandestins. Au besoin, traitez les insectes indésirables la veille. Avant le départ, arrosez généreusement vos plantes.

Dans le transport, évitez de trop les brasser, pour que la terre ne se détache pas des radicelles. Idéalement, transportez-les en voiture plutôt que dans un camion. Si ce n’est pas une option, déposez-les en tout dernier pour qu’elles soient les premières à sortir du véhicule à destination.

La remise en terre

Lorsque la plante semble solidement implantée dans son pot, elle peut être mise au jardin. Quand ce n’est pas le cas, il est préférable d’attendre qu’elle se refasse une santé avant de l’implanter dans son nouvel environnement. « Si elle a été récemment déplantée ou qu’il fait très chaud, vous êtes mieux de la garder en pot dans un endroit mi-ombragé, le temps qu’elle produise de nouvelles racines, plutôt que de la planter rapidement dans des conditions difficiles. La reprise sera meilleure », souligne la conseillère en horticulture.

On arrose la plante quelques heures avant de la replanter, puis le fond de la fosse au moment de la remettre en terre. Elle bénéficiera d’un ajout de compost, mais l’engrais est inutile à ce stade. En effet, plus le choc est important au niveau des racines, moins l’engrais sera absorbé. « La plante doit s’établir avant de pouvoir absorber ces nutriments. Personnellement, je n’ajoute pas d’engrais à mes vivaces. Mais si on y tient, j’attendrais à l’année suivante. » La plante sera alors bien implantée et prête à s’épanouir dans sa nouvelle vie.