Certains recommandent de laisser les feuilles et autres débris végétaux sur le terrain en automne dans le but d’enrichir le sol ou d’améliorer sa texture tout en favorisant la vie d’une foule d’organismes. Si cette pratique a des vertus évidentes, elle est toutefois difficilement applicable intégralement sur nos terrains urbains. Explications.

Pierre Gingras Pierre Gingras
Collaboration spéciale

Une litière essentielle

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Un milieu naturel se renouvelle d’année en année grâce aux feuilles et autres débris végétaux qui s’accumulent et se décomposent sur le sol. Mais ce processus écologique s’applique difficilement en milieu urbain.

En milieu naturel, les feuilles mortes s’accumulent chaque année sur le sol et se décomposent lentement avec les autres débris végétaux. Ils forment la litière, le tapis de matière organique essentiel permettant le développement soutenu des plantes et de la vie animale qui gravite autour, et cela sans apports extérieurs. La situation est différente en agriculture, par exemple, où l’on cueille systématiquement ce que le sol a produit, ce qui oblige à avoir recours aux engrais pour pallier l’appauvrissement progressif du milieu. La dynamique diffère également sur nos petits terrains gazonnés. Les feuilles mortes n’y ont pas vraiment leur place.

Le problème du gazon

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Une accumulation de feuilles peut être fatale pour le gazon. À défaut de toutes les éliminer, mieux vaut les déchiqueter avec la tondeuse. Elles se décomposeront beaucoup plus facilement.

« Feuilles et pelouse ne font habituellement pas bon ménage, indique Claude Gélinas, agronome-conseil de Varennes. Compressées par l’eau, la neige et la glace, elles vont étouffer le gazon au cours de l’hiver. Il vaut donc mieux les éliminer en les compostant ou encore en les confiant à la municipalité. » Pour sa part, Conservation de la nature Canada, organisme voué à la protection des habitats sensibles, estime qu’un manteau équivalant plus ou moins à l’épaisseur de deux feuilles sur le gazon peut être bénéfique. Malheureusement, en raison du vent, la mesure devient bien aléatoire. À défaut de les enlever complètement, l’agronome conseille plutôt de les déchiqueter avec la tondeuse en évitant absolument que le gazon ne disparaisse sous les rognures, sous peine, là encore, de le voir mourir. Les feuilles déchiquetées vont se décomposer plus rapidement, se composteront plus facilement et pourront aussi être intégrées directement au sol du potager.

Le nettoyage des platebandes

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L’élimination des feuilles du jardin permet de réduire l’apparition de maladies
comme l’oïdium (qui s’est attaqué à ce phlox paniculé).

Si, d’un point de vue écologique, laisser les feuilles au sol dans le potager ou dans les platebandes peut se justifier, la réalité horticole nous amène parfois à agir autrement. Certaines feuilles sont très charnues et mettent beaucoup de temps à se décomposer (feuilles d’érable, de chêne, de peuplier, de lilas, etc.). Non seulement leur pouvoir de protection thermique des racines reste marginal par rapport à la couverture de neige, mais elles ralentiront de plusieurs jours le dégel printanier là où elles se seront accumulées. S’il est vrai que les débris végétaux favorisent la vie, ils constituent aussi d’excellents abris pour les indésirables comme les mulots et le ver de l’iris, ou encore pour certains pathogènes provoquant l’oïdium (le blanc), le botrytis (pourriture grise), la tache goudronneuse de l’érable et plusieurs autres maladies. Les propriétaires de rosiers (hybrides de thé) iront même jusqu’à enlever les feuilles qui persistent aux branches de leurs plants. De nombreux jardiniers vont d’ailleurs raser au sol la plupart de leurs vivaces à cette fin, même les grandes graminées, lieu de prédilection, en hiver, des petits rongeurs qui adorent l’écorce des jeunes arbres.

L’automne ou le printemps ?

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De nombreux amateurs de jardinage profitent de l’automne pour faire le grand ménage dans leurs platebandes et rasent au sol une grande partie de leurs plantes à cette fin.

Divers facteurs favorisent aussi l’élimination des feuilles et le nettoyage du terrain l’automne, idéalement au début de novembre quand elles sont toutes tombées. Les feuilles et les plantes sont encore charnues, plus faciles à couper et à ramasser. Le sol est plus sec et plus ferme, alors qu’au printemps, il devient souvent détrempé, sinon boueux, ce qui rend le nettoyage plus délicat. Vous éviterez alors d’écraser les tiges fragiles qui commencent à émerger sous les débris végétaux. Les grands jardins publics procèdent toujours au nettoyage avant les premières neiges. Non seulement votre terrain et votre jardin conserveront une belle apparence avant l’arrivée et après la fonte de la neige, mais vos fleurs printanières seront encore plus spectaculaires si le sol est bien dégagé.

Tâches printanières

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Une platebande bien nettoyée au cours de l’automne mettra davantage en évidence vos fleurs printanières comme ces crocus.

Et si vous devez néanmoins faire un petit nettoyage additionnel des platebandes au printemps, un conseil : passez délicatement le râteau à feuilles en vous installant sur un panneau de contreplaqué disposé par terre. Votre poids sera alors réparti sur une grande surface, ce qui réduira considérablement les dommages sur les plantes en émergence.