L’an dernier, une petite maison de style shoebox, construite en 1923 dans Rosemont, a attiré l’attention de Karine Paquet. L’habitation de 25 x 30 pi avait trois atouts majeurs : un prix alléchant, un emplacement de choix et un jardin paisible. Elle l’a visitée avec son conjoint à la fin de juin et deux jours plus tard, ils déposaient une offre d’achat.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Lors de la visite, une balançoire, au bout de la terrasse, a attiré son attention. « Cela m’en prenait une à moi aussi », a-t-elle décidé. Les anciens propriétaires ayant emporté la leur, elle a d’abord tenté d’en dénicher une sur des sites de revente, sans succès. Une petite entreprise de Mont-Saint-Grégoire, Cedtek, offrait exactement ce qu’elle cherchait. Elle l’a commandée de la couleur de son choix.

« Ma grand-mère en avait une, révèle-t-elle. Quand j’allais chez elle, on se balançait. Il y avait une petite table au milieu pour manger. Ma belle-mère aussi en avait une avant d’aller en condo. Elle l’a donnée à sa sœur. Les balançoires se passent de famille en famille. »

Sa collègue et amie Charlotte Antonini n’y comprenait rien. « J’avais des préjugés, reconnaît la jeune femme, qui s’est installée à Montréal avec sa famille il y a trois ans, en provenance de la France.

« Je voyais des balançoires dans des maisons pour retraités. Je lui [Karine Paquet] ai dit que ce n’était pas de son âge. Je me suis moquée d’elle jusqu’à ce que je l’essaie. »

Charlotte Antonini, amie de Karine Paquet

Il faisait beau, se rappelle-t-elle. Elle a eu du mal à partir.

« Méfiez-vous, met-elle en garde. On commence à se balancer, puis on vous propose un verre de vin. Vous êtes là pour la soirée ! »

Jardinière pour la Ville de Montréal, c’était important pour Karine Paquet d’avoir une belle cour fleurie. « La maison n’est pas grande, explique-t-elle. Nous avons notre chambre et notre fils a la sienne. Nous avons aussi un demi-sous-sol. La cour est une pièce supplémentaire l’été. Si elle avait été bétonnée et à refaire, cela aurait été décourageant. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Cette année, Karine Paquet observe ce qui pousse et fait 
un recensement des diverses plantes. Les pavots en fleur ont été une belle surprise.

Cette année, elle observe ce qui pousse et fait un recensement des diverses plantes. « Il y en a qui ont des maisons clés en main, moi j’ai eu un jardin clés en main, dit-elle. J’ai plein de surprises. Je verrai ensuite ce que je voudrai déplacer. »

Le calme qui l’entoure ne cesse de la surprendre. « Cela fait du bien, révèle-t-elle. Je travaille toute la journée à côté d’une pelle mécanique, plantant des arbres et des annuelles. On est dans le trafic, on se fait klaxonner. On n’est jamais à la bonne place. Ici, c’est tranquille. Très peu d’autos passent dans la ruelle. »

Sa balançoire lui donne le goût de profiter de sa cour. « On ne mange pas là, précise-t-elle. On va juste s’asseoir pour relaxer, prendre un café ou un verre. J’aime mieux cela qu’un grand sofa extérieur. Je n’ai besoin de rien faire. Je regarde le ciel. »

Le bonheur est dans la cour, résume-t-elle. Il se trouve aussi vraisemblablement dans Rosemont. Ce printemps, après avoir visité la maison de son amie (et s’être assise dans sa balançoire), Charlotte Antonini a été charmée par la tranquillité ambiante. Deux jours plus tard, elle achetait avec son mari une maison de style shoebox à quelques rues.

« Nous faisons du covoiturage, c’est merveilleux, révèle la nouvelle propriétaire, elle aussi jardinière pour la Ville. On a une cour, plus petite, et un sous-sol, qui fait le bonheur de nos deux enfants. Je n’ai pas de balançoire. Mais je ne suis pas loin. Un coup de bicyclette et je peux en profiter ici. »

Gare aux soirées qui s’éternisent. Les deux femmes se donnent rendez-vous à 5 h 40 le matin pour aller travailler…